Report Inferno Metal Festival : Jour 4 par Denis Lagrange
Dimanche, nous sommes au quatrième et dernier jour du festival Inferno à Oslo. Nous nous sommes couchés tard hier soir et, par conséquent, la nuit a été courte. Une fois le petit déjeuner tardif ingurgité, on remonte dans la chambre où on se permet une petite prolongation de nuit, histoire de tenir le coup pour cette dernière journée.
Ceci fait, il est près de 15h et on prend juste le temps de s’habiller et de passer prendre un café avant de rejoindre le Rockefeller. Car une nouvelle fois les mots clés nous parlent : blackened-death symphonique et messe de minuit, forcément ça donne envie. Je parle bien sûr de Lamentari, un groupe danois formé en 2019 et qui semble conquérir un public grandissant. On découvre une scénographie de qualité, toute en bougies et chandeliers en fer forgé. Le groupe arrive sur scène sur les accords d'orgue joués par Max Uldahl Pedersen, masqués et encapuchonnés. Les costumes ne sont pas sans rappeler ceux des icônes du genre liturgique, comme Batushka, avec un peu plus de liberté individuelle.
Dès les premières mesures, on se prend de plein fouet la puissance des arrangements, mais le groupe ne s'en tient pas là. La puissance déployée semble aller crescendo, alors que je pensais qu’on était déjà sur une belle débauche d’énergie. Très vite, les six membres du groupe se découvrent et retirent leurs masques révélant un corpse paint simple mais efficace. Ça ne réinvente pas le genre, mais ça fonctionne très bien et il y a vraiment un petit je-ne-sais-quoi qui leur confère une réelle identité musicale propre.
Le temps passe vite et on se retrouve à regretter qu'ils n'aient pas plus de temps de set. En conclusion, leur succès n'est pas usurpé et on leur souhaite que ça continue. C'est de bon augure pour le reste de la journée où je vais découvrir (ou redécouvrir) Schammasch et Tsjuder en live.
En parlant de Schammasch, on reste dans le costume de scène très cérémonieux. Ça fait très longtemps que je n'ai pas vu un concert du groupe. Pour tout vous dire, je ne me souviens même pas du dernier de leur concert auquel j'ai assisté. J'ai donc hâte de voir ce que ça donnera. Nous restons sur place, avec tout de même une petite translation vers le premier balcon dans le but de poser nos fesses, car il faut se ménager pour tenir jusqu'au bout. Contrairement à la plupart des groupes, les Suisses font leurs balances avec le rideau levé. Ça donne un côté artisanal qui n’est pas déplaisant, mais ça casse un peu l'immersion dans l'ambiance ésotérique (Schammasch était le dieu du soleil à l'époque de l'empire d'Akkad puis du royaume de Babylone).
Lorsque le set commence, toutefois, on oublie très vite ce détail et on peut se plonger pleinement dans cette vague de post-black atmosphérique (le groupe est en général décrit comme appartenant à l'avant-garde black metal, mais je trouve qu'il verse également beaucoup dans le post). Petit détail que j’ai trouvé amusant : les lumières de la scène dessinent des motifs en croissant de lune. Cocasse dans le cadre d’un univers dédié au dieu du soleil. Bon, ça n’empêche pas d’apprécier le set à sa juste valeur et on ressort pleinement satisfait.
C’est l’heure de manger, ou presque et on commence à fatiguer des options burger ou burger du festival. On décide donc de sortir et de se rendre… dans le restaurant de burger juste à côté, Bastard Burgers qui semble être une chaîne scandinave. C’est bon, même si c’est un peu cher. Une heure et quelques plus tard, on n’a plus faim et on est prêt à reprendre les concerts.
Toujours dans la lignée des tentatives de découvertes, on se dirige vers la John Dee où se produit Bythos. On nous décrit un groupe de black metal finlandais, qui sévit depuis 2020, mais qui ne joue que rarement en live. Il ne faudrait pas louper ça et bien qu'on n’en ait jamais entendu le moindre morceau, on n’hésite pas à s'y pointer, la fleur au fusil. Dès les premières notes, il est évident que c'est du bon black de qualité. Rien de révolutionnaire, mais le son est bon, le chant très audible et cohérent avec le style. Je ne trouve rien à redire et je n'accroche pas pour autant. Je peux objectivement dire que c'est bien mais je n'arrive pas à trouver l'étincelle. C'est donc sans trop de scrupules qu'on amorce un déplacement un quart d'heure avant la fin de set pour aller se placer devant Tsjuder.
On choisit de préférer le premier balcon, d'où on pense pouvoir mieux profiter du show. On se trouve effectivement un petit coin pas trop loin du bord d'où on voit correctement la scène.
Le trio n'est pas né de la dernière pluie, on est là sur un bon gros pilier du genre. Le set débute très légèrement en avance et on se félicite d'avoir fait le déplacement plus tôt. Aujourd'hui, on nous promet un set en deux parties. La première sera consacrée à l'œuvre du groupe, tandis que dans la seconde, ils seront rejoints par Frederick Melander pour un hommage à Bathory. Il est difficile de nier que dès les premiers instants, ça dépote ! Après l'intro toute en douceur, Tsjuder nous plonge immédiatement dans son univers un tantinet violent, sans autre forme d'échauffement. Je n'ai pas grand-chose à dire de plus, on en prend plein les oreilles, mais dans le bon sens du terme.
L'arrivée du guest au bout de trois quarts d'heure marque un changement de back drop pour le bouc du logo de Bathory. Même pour un semi-néophyte comme moi, on apprécie de reconnaître des classiques. L'ancien bassiste du groupe nous gratifie d'un petit mot sur Quorthon et sur le fait qu'il ne voit pas de meilleur hommage que de jouer sa musique lors d'un dimanche de Pâques. C’est assez drôle de voir Frederick nous parler comme ça, tandis que le reste du groupe semble comme suspendu, en attendant que la musique reprenne. Finalement, je pense que Frederick aura été plus communicant sur la demi-heure où il était sur scène que les trois membres de Tsjuder réunis sur l’ensemble de leur set. Le seul bémol que je mentionnerai est la présence d'effets larsen récurrents durant cette seconde partie de set. On parvient à en faire abstraction et c’est globalement un très bon concert qui s’achève.
On surveille alors l'évolution des mouvements du public, pour décider de la marche à suivre à partir de là. Rapidement, une partie des festivaliers proches de la rambarde du balcon se lèvent, libérant au passage quelques places de choix. On n'hésite pas longtemps et on parvient à trouver une chaise pour deux. C'est spartiate, mais on se relèvera de toute façon pour Behemoth. Car c'est bien pour les Polonais que l'on fait ça, en faisant l'impasse sur nos compatriotes de Céleste qui jouent dans l'interlude sur la John Dee.
De notre nouvel emplacement de choix, on voit la sécurité du festival vider totalement la fosse de son public, une première en quatre jours. Mais on en comprend vite la raison. En effet, tous les sets de Behemoth commencent avec un voile qui cache la scène, pour tomber lors des premières mesures. Pour hisser le support qui tient ce voile blanc, il faut déplacer le support lumière au-dessus de la fosse. On se doute bien que pour des raisons de sécurité, ils ne peuvent pas le faire avec des festivaliers en dessous. L'équipe travaille également à agrandir le pit photo, (ce qui, à ma connaissance constitue une autre première depuis le début du festival, mais vu la dose de pyrotechnie déployée pour le show, on peut comprendre qu’éloigner le public peut être un peu plus sécurisant). Une fois les modifications apportées et les équipements sécurisés, le public est autorisé à rejoindre la fosse, ce qui ne se fait pas dans la plus grande discipline. On s'estime heureux qu'il n'y ait pas l'air d'y avoir eu de blessés. Puis le drap blanc nous cache la scène et il ne reste plus qu'à attendre.
Behemoth, c’est le troisième groupe du festival qu’on a déjà vu il y a à peine une semaine. On ne s’attend donc pas à être totalement surpris. D’un autre côté, on sait qu’on va avoir droit à un sacré show, avec notamment la nouvelle scénographie du dernier album « the Shit ov God » et Seth qui arbore un nouveau plastron doré du plus bel effet. Même en sachant à quoi s’attendre, c’est excellent. Nergal nous parle notamment des 35 ans de Behemoth, de Jan-Martin Jensen (à qui il rend hommage à son tour), de son souvenir de la première fois qu’il a joué ici. Il nous explique qu’à l’époque, il avait été intimidé par la taille de la salle, alors qu’aujourd’hui, il la considère comme minuscule (à grand renfort de « fucking »). En effet, il s’agit apparemment de la plus petite salle du tour et on note effectivement que la taille de la scène ne permettait pas d’y installer les grandes structures sur les côtés, pourtant présentes sur les autres dates. Les dimensions de la salle n’empêchent pas les Polonais de se donner à fond, même si le set nous paraît un peu court (ils finiront de jouer environ un quart d’heure plus tôt que Satyricon la veille). On ne va pas cracher dans la soupe pour autant, car en toute bonne foi, Behemoth était un très bon choix pour clôturer ce festival.
En conclusion, on peut se demander ce qu’on a pensé de ce festival dans son ensemble, ou bien si on retenterait l’aventure à la prochaine édition. À la première question, on pourrait répondre beaucoup de choses, mais je me contenterai de saluer un modèle qui fonctionne avec une programmation phénoménale. Ça fonctionne notamment grâce à son échelle réduite, mais dans la mesure où le festival existe depuis longtemps et ne semble pas vouloir enfler plus que ça, c’est très satisfaisant. J’ajouterai que dans le confort qui permet de passer un bon festival, il y a les toilettes. Ça parait évident, mais nombreux sont les évènements où ce paramètre est mal dimensionné ou bien mal géré. Ce n’est pas le cas ici, avec de petites, mais nombreuses toilettes omniprésentes. On n’est pas sur un modèle de propreté, mais ça n’est pas immonde non plus et j’ai toujours eu du savon pour me laver les mains. À la seconde question, je dirais que ça dépendra de l’affiche. Si elle est aussi bonne que cette année, je reviendrai avec grand plaisir, mais si elle me parle moins, il faudra faire des calculs. Car la réalité des festivals en Norvège, c’est que ça représente un sacré budget. En dehors du billet 4 jours, il faut compter l’hôtel (environ 100€/nuit pour deux personnes dans une chambre double avec la réduction liée au billet), plus la nourriture, les boissons (particulièrement l’alcool, très cher en Norvège), le transport… Au total, il est difficile de conserver un budget en dessous de 1000€ par personne. Il est possible de ruser en profitant de l’occasion pour passer quelques jours de vacances à Oslo, car la réduction de l’hôtel est étendue sur quelques jours avant et après le festival.
J’espère que ce report vous aura plu et si vous envisagez de participer au festival à l’avenir qu’il aura permis d’aider à la prise de décision. J’ai adoré ce festival et pourtant, il y a de nombreux aspects dont je n’ai pas profité. Si je reviens l’an prochain, il faudra notamment que je m’intéresse aux nombreuses conférences proposées et aux concerts dans les petites salles, pour ne citer que ça.