Report Inferno Festival : Jour 3 by Denis Lagrange
Samedi, troisième jour du festival Inferno à Oslo. On se permet de se lever un peu plus tard car les horaires du petit-déjeuner sont étendus le week-end dans notre hôtel (encore un point en faveur du Clarion, car il semblerait qu’ils bénéficient des horaires week-end durant toute la durée du festival). Au programme, aujourd’hui, Rotting Christ et Satyricon, qu’on ne louperait pour rien au monde et on espère une ou deux belles découvertes. Mais d’abord, pour reprendre les mots du festival (traduit par mes soins, vous excuserez l’à-peu-près, j’espère) : « Préparez-vous pour le truc que personne n’a demandé, mais qu’on vous donne quand même… Le premier défilé de mode metal annuel du festival Inferno ! Présenté par la gagnante du RuPaul’s Drag Race en suède, Admira Thunderpussy, il est temps de mettre le feu des projecteurs sur VOUS, les fans ».
Direction le Goldie, où on arrive un peu avant 14h, pour un début de show à 14h30. Le principe est simple : Tous les festivaliers qui avaient envie d’exhiber leur plus beau style étaient libres de contacter l’organisation du festival via les réseaux sociaux, ou de s’inscrire physiquement au stand dédié au niveau de l’exposition d’art metal au rez-de-chaussée du Clarion. À partir de là, ils étaient assistés par des stylistes de l’équipe du festival pour effectuer un défilé de mode subtilement décalé pour coller à l’ambiance metal. Le moins que l’on puisse dire, c’est que ça détonne dans un festival plutôt axé black, mais on ne va pas s’en plaindre.
La salle du Goldie est en sous-sol, avec des airs de strip-club. Au milieu, un catwalk coupe la salle en deux, avec une scène à une extrémité. De chaque côté du strip, des tables dans un style cabaret, où l’on prend place en attendant le début. On décide de grever encore un peu le budget en prenant des cocktails (146NOK, soit environ 12€ pièce). Et au diable (jeu de mot volontaire) les normes de genre, ce sera un blue satan pour madame et un bloody witch pour moi. Quasiment vide à notre arrivée, le lieu se remplit peu à peu, au fil de l’arrivée des festivaliers. À l’heure prévue, on n’est pas tout à fait sur une salle comble, mais la participation est assez impressionnante. Le show débute avec quelques minutes de retard et durant environ une demi-heure, les participants défilent, présentés par une Admira toute en punchlines acérées dans sa petite robe en cotte de maille (achetée chez H&M, on a demandé). La variété de style est très appréciable, allant du pyjos de festival au look très pointu qui nous force à nous demander « mais c’est pas inconfortable au bout d’une dizaine de secondes ce truc ? ». De même, on a de toutes les morphologies et l’accueil par le public rassure sur le niveau de tolérance du blackeux norvégien.
À la fin du show, Admira reste dans le coin pour permettre aux festivaliers de prendre des photos avec elles. Tout ça se déroule dans une ambiance très décontractée et bon enfant. On quitte le lieu vers 15h20 en se demandant quoi faire. On se décide à aller prendre un café/chocolat chaud dans un espresso house non loin, même si on aurait pu aller voir la fin de Aasar (death metal), ARV (Post metal) ou IHXHI (post-black) dans une des petites salles. Pour ma défense, je ne m’en suis aperçu qu’une demi-heure plus tard avec mon café glacé en main. La pluie est revenue, avec une chute significative de température (un peu moins de 10° au moment où on sort du café).
La suite du programme, c’est Coven au Rockefeller à 16h30. Le groupe de rock occulte américain, même si on peine à le ranger dans le black metal a été une telle influence pour le genre dans son ensemble qu’on peut lui accorder une carte de membre honoraire. En effet, c’est le premier cas documenté d’utilisation du signe des cornes du diable dans la musique rock metal, ainsi qu’un des principaux moteurs dans l’amalgame entre satanisme et metal dans l’imaginaire populaire dans les années 70. Le groupe est fondé par Jinx Dawson et un certain Oz Osborne en 1967 et sera actif jusqu’en 1975. Sorti d’une longue hibernation en 2007 par Jinx Dawson, ce n’est qu’en 2017 que cette dernière recrute un nouveau line-up pour reprendre les tournées. On ne va pas se mentir, on voit tout de suite qu’il y a une différence d’âge entre la chanteuse et ses musiciens, tous relativement jeunes (pour autant qu’on puisse en juger sur scène). Mais c’est une vraie surprise quand je m’aperçois de l’âge de celle-ci, 75 ans ! Elle ne les fait pas du tout et dégage une belle énergie sur scène, c’est limite si elle ne nous laisse pas sur le carreau. Pas de rappel pour le groupe car, comme nous l’explique Jinx, il s’agit là d’un rituel et non d’un concert ou d’un show.
Un petit tour au niveau du merchandising nous permet de repérer un beau LP signé de Satyricon à un prix raisonnable, ce serait dommage de se priver. On rentre immédiatement le poser à l’hôtel et comme il nous reste un peu de temps avant les prochains groupes qui nous intéressent, on en profite pour une petite pause sieste. Une demi-heure plus tard, en ouvrant les yeux, je me demande si ce n’était pas une erreur stratégique. J’ai plus que jamais la tête dans le pâté et il me faudra bien quelques minutes avant d’être en état de redescendre pour la suite des hostilités.
Je parle d’hostilité, parce qu’à notre retour, c’est Angist qui joue sur la John Dee. À l’origine du groupe, ce sont deux Islandaises, Gytha Hrund Thorvaldsdottir et Edda Tegeder Oskarsdottir. Avec leurs deux complices qui complètent le line-up, elles nous servent un son brut, lourd, viscéral et sombre, qui respire la souffrance. Il faut bien reconnaître que c’est bien composé et que l’exécution est sans faille, mais je trouve l’écoute un peu répétitive après quelques morceaux. On quitte donc la salle pour aller donner de notre personne pour satisfaire la curiosité que vous ignoriez avoir.
Eh oui, nous avons décidé d’aller tester cette histoire de gaufre qui voulait être un hot-dog. Nous voici donc bientôt avec cette gaufre surplombée d’une saucisse, à nous demander si on doit bien rajouter de la moutarde et des oignons frits dessus. Ne vous moquez pas, il faut avoir vécu la situation pour comprendre le moment de confusion émotionnelle qui en découle (PS : afin de vivre l’expérience dans son intégralité, on a fini par aussi recouvrir le tout de confiture). Le verdict : c’est comestible mais ça n’a rien d’exceptionnel. Je ne suis pas naturellement un grand fan de sucré-salé, mais même madame qui aime ça n’a pas trouvé de grand intérêt à cette curiosité culinaire.
En lisant la description des groupes, posés sur notre canapé, on tombe sur Abyssic. Pour ce qui est de faire des découvertes en festival, on fonctionne beaucoup sur une base de mots clés. Ici, on a funeral, death, doom, black metal et arrangements orchestraux. Et pour ne rien gâcher, on nous parle d'une contrebasse, ce qui achève de nous convaincre. On a prévu d'aller se placer pour Rotting Christ juste après, donc on ne pourra pas rester jusqu'au bout, mais rien ne nous empêche d'écouter les premiers titres.
On se fait une idée très rapidement et clairement, on a bien fait de venir prendre la température. En revanche, on se retrouve vite entre le marteau et l'enclume. D'un côté, Abyssic nous assène une claque en bonne et due forme, une leçon sans équivoque et de l'autre l'échéance de Rotting Christ s'approche. Pour donner une idée de la qualité de la baffe que l'on prend de la part des Norvégiens, on se retrouvera à ne partir qu'à un quart d'heure du début du set des Grecs, ce qui va sévèrement impacter notre placement. Bon, au final on ne regrette rien, mais on en veut un peu à la programmation du fest, qui aurait pu nous coller Abyssic à un moment où on s'ennuyait.
Rotting Christ, nous les avons vu la semaine dernière, à l’occasion de la triplette diabolique (notre traduction maison et sans la moindre once de respect du nom de la tournée : the Unholy Trinity), avec Satyricon et Behemoth. Cependant, la semaine dernière, à cause d’une communication en dessous de tout, la plupart des spectateurs ont raté au moins un bout de la première partie. En effet, Rotting Christ a commencé à jouer à 18h40, alors que l’horaire indiqué sur l’évènement était 19h. Sur un set de 45 minutes, ça fait sérieusement tâche. On espère se rattraper ce soir, où ils devraient jouer une heure et quart.
Comme prévu, nous ne sommes pas idéalement placés. Nous sommes loin du premier rang, mais au moins on a une vue à peu près dégagée sur la scène. L’accueil réservé par le public est unanime, la salle est bondée et dès les premiers titres, ça commence à s’agiter dans le pit. Au point que même là où nous sommes, tout à gauche, une ou deux vagues nous atteignent faisant tituber voire tomber un certain nombre de spectateurs. Pour un public majoritairement composé de Norvégiens, ça en dit beaucoup. Il est immédiatement apparent que le concert va être nettement au-dessus de celui auquel on a eu droit la semaine dernière. Sakis semble sur le point de verser une larme en remerciant le public, j’ai beau connaître, la sympathie de ce groupe parvient toujours à me surprendre. Je pense pouvoir affirmer qu’à 22h30, lorsque la dernière note a retenti et que le groupe quitte la scène après avoir copieusement salué et remercié l’audience, je tiens mon meilleur concert du festival.
J’ai tout de même un petit pincement au cœur, car sur la petite scène, c’est Seth qui commence à jouer. Outre les jeux de mots douteux que j’aurais adoré faire au sujet du set de Seth, les Français sont vraiment un des groupes que j’aurais aimé voir. Mais si on veut être bien placés pour Satyricon, c’est dès maintenant qu’il faut se mobiliser. Notre théorie se confirme vite, car même sans perdre de temps, notre petit emplacement entre le deuxième et le troisième rang est vite entouré d’autres ayant les mêmes ambitions que nous.
Tout comme Rotting Christ, ça fait à peine une semaine qu’on les a vus à Paris, mais dans le cas de Satyricon, il y a un petit quelque chose en plus. En effet, tout a commencé lorsqu’on s’est retrouvés à voir Behemoth à Gdansk, il y a deux ans, à l’occasion du Mystic Festival. Depuis, on a pris la décision qu’il fallait que l’on arrive à voir nos groupes préférés, en concert chez eux, dans leur ville d’origine. La liste est encore courte, mais on a déjà Behemoth à Gdansk, bien sûr, Primordial à Dublin et Septicflesh à Athènes. Madame a également vu Watain à Uppsala, mais j’étais malheureusement indisponible. Ce soir, si tout se passe bien, on devrait ajouter Satyricon à Oslo. Et tant qu’à faire, autant passer le meilleur concert possible, pour cimenter un bon souvenir.
Je ne vais pas y aller par quatre chemins, la position de meilleur concert du festival occupée depuis environ une heure par Rotting Christ vient de sauter magistralement. Ne le dites pas à madame, elle a déjà du mal à être objective lorsqu’il s’agit de Satyricon. Nous avons eu droit à une heure et demie de pépite sur pépite, avec notamment la venue de Sivert Hoyem (avec un o barré), qui chante sur le titre Phoenix. Satyr dédie un moment à Jan-Martin Jensen, le fondateur du festival qui est décédé en février cette année et qu’il décrit comme l’une des personnes les plus exemptes de chichis ou de drama qu’il ait rencontré dans sa vie. Puis, il loue à plusieurs reprise notre endurance car je cite (en paraphrasant) : « c’est une chose de se donner à fond pour un concert qui commence à 19h et qui finit à 22h mais c’en est une autre de tenir jusqu’à une heure du matin avec presque trois jours complets de festival dans les pattes ». Petit point appréciable, alors qu’il n’avait quasiment pas décroché un mot en anglais l’an dernier à Bergen, cette fois il a demandé (en anglais) à ceux qui ne comprennent pas le norvégien de lever la main. J’ai été surpris par la proportion, presqu’une personne sur trois au jugé. Mais Satyr, qui a une meilleure vue d’ensemble du public, estime environ 20%. Suffisamment à son goût pour nous parler principalement en anglais, ce qui m’a permis de comprendre tout ce dont je viens de vous parler. Je ne pouvais pas espérer une meilleure manière de conclure cette troisième et avant-dernière journée de festival.