Depuis ''The Great Heathen Army'' en 2022, le line-up n'a pas bougé d'un iota, les tournées se sont faites plus grandes encore, et c'est plutôt dans la méthode que les Suédois ont choisi de changer les choses. Composé en partie sur la route, enregistré en deux sessions espacées de plusieurs mois chez Jacob Hansen au Danemark, ''The Allfather Awakens'' a été construit pièce par pièce, chaque titre bouclé de la batterie au chant avant d'attaquer le suivant. "On a travaillé sur une chanson à la fois, pour la rendre aussi bonne que possible", résume Olavi Mikkonen.
Au passage, les guitaristes ont troqué leurs amplis modernes contre des Marshall.
Cette discipline se ressent dès les premières minutes. Dix titres, quarante-six minutes, et presque pas de gras : là où le disque précédent s'enlisait parfois dans des mid-tempos interchangeables et comptait sur la présence de Biff Byford pour créer l'événement, celui-ci va droit au but. 'Gjallarhorn' ouvre en sonnant la charge, guitares mélodiques lancées au galop et refrain dessiné pour être repris par une plaine entière de festivaliers.
'Eight Legs of Thunder' prend le relais avec une cavalcade qui doit beaucoup à Iron Maiden, rythme de sabots tout trouvé pour évoquer Sleipnir, et un solo qui vaut le détour. Rien de neuf sous le soleil scandinave, mais c'est exécuté avec une assurance de vétérans.
Le vrai sommet arrive juste après, et il met presque tout le monde d'accord. 'Kvasir's Blood' est le morceau le plus lourd et le plus menaçant du lot : il s'installe sur un groove écrasant avant d'accélérer peu à peu, et pousse Johan Hegg dans ce registre caverneux et rageur qu'on lui connaissait à l'époque de ''Twilight of the Thunder God'' ou de ''Jomsviking''. Dans la même veine physique, 'Die With a War Cry' et 'Oden's Hunt' reposent sur une section rythmique bien mise en avant, la basse de Ted Lundström qui gronde sous la double pédale martelée de Jocke Wallgren. Le second, rapide, rugueux et redoutablement accrocheur, a tout du futur pilier de setlist.
L'autre versant du disque est plus prévisible. 'We Rule the Waves' possède sans doute le refrain le plus fédérateur de l'album, ce qui en faisait un single évident. 'Raven God' démarre par une introduction mélodique soignée et à des solos qui flirtent avec un heavy plus technique.
Reste le pari, placé en plein milieu du disque. Mise en musique d'une strophe de la Völuspá, 'Upphaf' remplace les riffs par des guitares acoustiques mélancoliques et des chœurs amples, tandis que Hegg se fait conteur et retient son growl. Le morceau divise, et c'est logique : certains y verront la meilleure raison de découvrir l'album, d'autres un corps étranger qui casse l'élan. Il a surtout le mérite de faire respirer l'ensemble et de prouver que cette voix-là peut porter autre chose que des cris de guerre.
Le final 'Ascending Like an Eagle', suite revendiquée de 'Serpent's Trail', est l'autre grande réussite : près de sept minutes d'harmonies jumelles triomphantes, à la fois cinématographiques et d'une puissance rare, qui referment le disque plus haut qu'il ne l'avait ouvert.
La production de Jacob Hansen, ample et nette, donne à l'ensemble une carrure imposante sans écraser les mélodies, et chaque instrument trouve sa place dans ce mur de son.
Amon Amarth ne s'est donc pas réinventé, mais il a réappris à écrire serré. ''The Allfather Awakens'' est plus cohérent, plus nerveux et mieux armé en chansons que ''The Great Heathen Army'', avec trois ou quatre titres capables de rejoindre le répertoire classique du groupe. L'unique incursion acoustique laisse deviner un territoire que les Suédois auraient pu explorer plus franchement.
Lignes de guitare limpides, chœurs multipistes, double grosse caisse : cette recette, le groupe la maîtrise depuis vingt ans, et c'est précisément pour cela que l'on aime Amon Amarth.