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Marrow Deep

CARMZIOFA
Rédacteur en Chef

Mastodon

Frappé par le deuil et refondu en quintette, Mastodon signe un neuvième album plus rapide et plus varié qu'attendu, bouleversant par endroits
12 titres
Progressive/Sludge Metal (early), Progressive Metal/Rock (later)
Durée : 65 minutes
Sorti le 28/08/2026
29 vues
Sept jours. C'est le délai qui sépare la mort de Brent Hinds, le 20 août 2025 sur une route d'Atlanta, du premier jour de studio de ''Marrow Deep''. Le guitariste fondateur avait été écarté du groupe cinq mois plus tôt, dans des circonstances que personne n'a cherché à enjoliver depuis. Ajoutez le décès de la mère de Brann Dailor en février de la même année et la maison de Troy Sanders ravagée par l'ouragan Helene, et l'on devine que ce neuvième album ne pouvait pas ressembler aux précédents.

''Le perdre nous a imposé une forme de chagrin à laquelle nous ne nous attendions pas'', ont résumé les musiciens. Cinq ans après ''Hushed And Grim'', Mastodon se présente pour la première fois en quintette : le Canadien Nick Johnston tient la seconde guitare, Joao Nogueira installe des claviers à demeure. Patrik Berger et Kurt Ballou à la production, Andrew Scheps au mixage : jusqu'à l'équipe technique, tout a changé.

On attendait un disque de veillée funèbre, lent et gris. C'est presque le contraire qui sort des enceintes. Là où ''Hushed And Grim'' ruminait pendant près d'une heure et demie, ''Marrow Deep'' avance. Les tempos sont plus vifs, les riffs plus frontaux, la matière plus physique, alors même que le propos est autrement plus douloureux. Le sludge progressif maison est toujours là, mais il a pris du champ : jamais le groupe n'avait laissé autant de place aux claviers, au psychédélisme et à des textures qui doivent davantage aux années soixante-dix qu'au métal contemporain.

Les morceaux les plus rageurs tiennent la première moitié. 'Barbarians Blood' ouvre le bal en enchaînant les changements de mesure, Sanders et Dailor s'y relaient au chant avec une hargne qui ne sonne jamais forcée, et Nogueira y glisse un solo de clavier aux couleurs orientales inattendues.

'Snakes For Dinner' fonce, lourd et braillard, avec un riff d'ouverture presque thrash et des harmonies vocales qui adoucissent la casse, Josh Homme y posant des chœurs qu'il faut chercher pour les entendre. 'A Vampire's Demeanor' est le point d'ébullition du disque : chant hurlé, riffs en rafale, une fureur cathartique que seuls quelques passages plus calmes viennent tempérer. 'They're Coming For You' joue une carte plus sournoise, métriques mouvantes et refrain accrocheur sur un socle basse-batterie remarquablement serré, tandis que 'Golden Spires' empile roulements de toms et lignes de guitare partagées entre dissonance et mélodie.

Le cœur émotionnel, lui, est ailleurs. 'Your Ghost Again', premier extrait dévoilé en juin, reste le sommet : mélodique et urgent, écrasant et fragile à la fois, avec ces retenues bien placées qui laissent respirer la peine. 'In The Ruins' part de guitares claires et d'un chant éraillé pour monter vers quelque chose de beaucoup plus dur, et c'est là que Nogueira surprend le plus, en amenant un phrasé presque jazz dans un répertoire inattendu. 'Poisonous Weapons' fait le même trajet à l'envers, du grondement sourd vers une envolée euphorique, avec un pont dont le détachement apparent en dit plus long que bien des cris.

'Out Like A Lamb' abandonne les structures prévisibles au profit d'une basse très mobile, 'Moth And Bone' - probablement notre titre préféré - ose la vulnérabilité, voix brumeuses et nappes cosmiques avant le retour de la charge, et 'The Vanishing' s'ouvre sur une basse signée Geezer Butler qui ramène droit au premier Black Sabbath avant de se liquéfier en psychédélisme.

Les sept minutes et demie de 'The Three Fates' referment l'album comme un long voyage, ponctué d'un passage parlé à la Neil Fallon, entre prêche de campagne et menace souriante. C'est sur ces titres-là que Johnston se montre le plus convaincant : ses solos ont de l'élégance et ne cherchent jamais à imiter son prédécesseur.

''Marrow Deep'' 'est sans doute l'album le plus varié du catalogue de Mastodon. Ce n'est ni le plus resserré ni le plus immédiat, et il faudra plusieurs écoutes pour que ses replis livrent ce qu'ils contiennent. Il en dit long, en attendant, sur ce qu'un groupe peut faire de son chagrin quand il refuse de le mettre en scène.