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Report Nailed To Obscurity / Dark Tranquility / Amorphis / Eluveitie @ L'Olympia le 19/11/2022

« Après une ouverture magistrale assurée par Nailed To Obscurity et Dark Tranquility, Amorphis a pris possession de la scène pour un set énergique suivi d'Eluveitie qui a offert à l'Olympia une performance en demi-teinte. »
Enora
Journaliste
Folk/Melodic Death Metal
22/11/2022
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En ce samedi soir, le monde se presse devant L’Olympia pour un concert organisé par Live Nation à l’affiche très intéressante ! L’événement rassemble en effet Nailed To Obscurity (Melodic Doom/Death Metal, Allemagne), Dark Tranquility (Melodic Death Metal, Suède), Amorphis (Progressive/Death/Doom Metal, Finlande) et Eluveitie (Folk Metal, Suisse).

NAILED TO OBSCURITY

Devant un Olympia bien rempli, les musiciens de Nailed To Obscurity font leur entrée. L’accueil est chaleureux alors que le groupe débute par le morceau éponyme de son dernier album en date, « Black Frost » (2019, via Nuclear Blast). Il ne faut pas beaucoup de temps au public pour se mettre dans l’ambiance et les amateurs de la musique du groupe se mettent rapidement à agiter la tête. Arrive ensuite ‘Protean’, tiré de l’album « King Delusion » (2017, via Apostasy Records) dont est également issue la chanson ‘Desolate Ruin’ qui conclut le set de la formation allemande ; mais n’allons pas trop vite en besogne ! Après ‘Protean’, Nailed To Obscurity nous propose l’un de ses singles les plus récents, à savoir ‘Liquid Mourning’, sorti en janvier 2022.

Les musiciens occupent bien l’espace scénique mais c’est surtout Raimund Ennenga, le frontman, qui marque les esprits par son engagement physique et le grand sourire qui ne quitte pas son visage. A la fin du titre, il lance un « Merci beaucoup ! And there’s so much more to come: Dark Tranquility (acclamations)! Amorphis (acclamations)! Eluveitie (acclamations)! » Sur ‘Clouded Frame’, un single sorti quelques jours avant, le 9 novembre 2022, le groupe invite la fosse et le balcon à taper des mains en rythme et tout le monde se prête au jeu. Comme évoqué un peu plus tôt, le chanteur annonce ensuite « Merci, vous êtes fantastiques ! Voici ‘Desolate Ruin’ ! » Durant tout le set, le son aura été bon, équilibré et propre. Nailed To Obscurity sort de scène sous des applaudissements nourris et mérités tant le travail de chauffe a été bien mené !

Setlist de Nailed To Obscurity :
1. Black Frost
2. Protean
3. Liquid Mourning
4. Clouded Frame
5. Desolate Ruin

DARK TRANQUILITY

Après une interruption d’une quinzaine de minutes, les lumières s’éteignent et le public fait un triomphe à Dark Tranquility dont les musiciens ne sont même pas encore sur scène. Un écran est suspendu au-dessus de la scène et servira de supports de projection à de nombreuses vidéos au cours de la performance du groupe qui commence avec ‘Identical to None’. Le son se révèle encore meilleur que pour le groupe précédent puisqu’on peut même profiter distinctement de la basse de Christian Jansson sans qu'elle bourdonne en fond. La fosse est réceptive, signe que le Melodeath de Dark Tranquility était effectivement très attendu ce soir. Le groupe enchaîne avec ‘Terminus (Where Death Is Most Alive)’ puis Mikael Stanne prend la parole : « Good evening Paris! How are you guys doing? Thank you so much, it’s such a pleasure to be here! We’re going to play some older songs now. » et c’est ‘What Only You Know’ qui démarre, portée par des touches de chant clair. Le frontman nous propose une performance très engagée et en adéquation avec l’énergie déployée par Christopher Amott et Johan Reinholdz aux guitares et Christian Jansson à la basse qui changent de place et agitent la tête. Voici alors ‘Atoma’ de l’album du même nom (2016, via Century Media Records) pour laquelle les guitaristes invitent le public à taper des mains en rythme.

La ferveur de l’Olympia semble beaucoup plaire au chanteur qui place sa main sur son chœur en parcourant la salle du regard. Il déclare ensuite avec émotions : « We f*****g love you guys, do you know that? How about we play a special song for you? A song we never played in front of a Parisian audience before, let’s see if you recognize this one! » Cette introduction annonce ‘Cathode Ray Sunshine’ suivi de ‘The Dark Unbroken’. Avant de se lancer dans ‘Hours Passed in Exile’, une chanson accompagnée de la projection d’une horloge tournoyante sur l’écran surplombant la scène, il rappelle que le groupe est déjà venu à Paris mais que jouer dans cette salle est un rêve qui devient réalité. Les applaudissements sont chaleureux et témoignent de l’amour entre Dark Tranquility et son public français. Après ‘Phantom Days’, le chanteur poursuit le travail de chauffe : « Keep it up for Amorphis and Eluveitie. You guys are great! Can’t wait to see you soon again, and hopefully we’ll see some of you during the summer festivals! Thank you so much! I think we give you one more, how about that? » Le son perd brusquement en qualité sur ce titre, la rythmique écrase totalement le reste et la voix en chant clair peine à se faire entendre. Cela ne gâche cependant pas les adieux, Mikael Stanne quitte la scène en dernier et n'arrête pas de se retourner pour saluer et sourire à la salle.

Setlist de Dark Tranquility :
1. Identical to None
2. Terminus (Where Death Is Most Alive)
3. What Only You Know
4. Atoma
5. Cathode Ray Sunshine
6. The Dark Unbroken
7. Hours Passed in Exile
8. Phantom Days
9. Misery's Crown

AMORPHIS

Après une petite attente dans le noir, la salle s’éclaire de rouge puis de bleu et le groupe entre en scène dans une atmosphère solennelle mais néanmoins agrémentée des acclamations du public. La mise en scène s’improvise au dernier moment puisque le bassiste Olli-Pekka Laine et le chanteur Tomi Joutsen restent dos au public jusqu’au dernier moment alors que le guitariste Tomi Koivusaari est déjà devant son pied de micro. Une fois ‘Northwards’ lancé, tout est en place. Dès ‘On the Dark Waters’, les guitaristes et le bassiste se relaient à l'arrière, sur les plateformes surélevées de part et d'autre du batteur Jan Rechberger et du claviériste. C’est le grand n’importe quoi du côté des lights puisqu’on passe du bleu au rouge au violet au turquoise au jaune au fuschia sur le même morceau... Pour ‘Death of a King’, le chanteur invite le public à taper des mains puis à scander le refrain avec lui avant de déclarer : « Merci beaucoup Paris! Greetings from Finland, we are Amorphis! It’s good to be back here in the beautiful city of Paris! Are you guys ready for the next one? It is ‘Silver Bride’! » Nouveau jeu de lumière douteux : cette fois on reste sur du monochrome (du bleu pour ‘Silver Bride’, du violet pour ‘Into Hiding’ et du orange pour ‘Wrong Direction’) mais ça clignote de manière épileptique. On en arrive à se demander si cela n’a pas pour but d’essayer de compenser pour l'écran qu’avait Dark Tranquility...

En dehors de cette créativité lumineuse, les musiciens sont à fond du claviériste Santeri Kallio au guitariste Esa Holopainen. Olli-Pekka Laine se place au centre de la scène sous un projecteur pour un petit solo avant que Tomi Joutsen reprenne la parole : « Paris, we love you! Thank you for showing up and thank you for the wonderful, wonderful, wonderful work you’ve done for us all these years. Your support means everything to us! » Après ces déclarations d’amour, voici ‘The Moon’, un morceau plus complexe rythmiquement, ce qui implique de perdre instantanément une partie du public qui s’arrête de headbanguer. Au fil des chansons, la fosse se lance dans quelques mosh pits qui gagnent en puissance sans pour autant franchement s’imposer. ‘Seven Roads Come Together’ est un morceau entêtant mais le public semble étrangement moins démonstratif que pour Nailed To Obscurity et Dark Tranquility. Est-ce qu’il se réserve pour Eluveitie ou est-ce qu’il est déjà à court d’énergie ? Amorphis continue son set avec ‘Black Winter Day’ de « Tales from the Thousand Lakes » (1994, via Relapse Records), ‘My Kantele’ de l’EP du même nom (1997, via Victor Entertainment) et la plus récente ‘The Bee’ de « Queen of Time » (2018, via Nuclear Blast) après laquelle le public de l’Olympia crie le nom du groupe en boucle.

Pour sa dernière prise de parole de la soirée, Tomi Joutsen remercie les groupes d’ouverture et annonce Eluveitie en ces termes alors que le public continue à hurler et applaudir : « I don’t know what to say, I’m speechless… Thank you so much! Alright, did you like Nailed To Obscurity? (acclamations) How about Dark Tranquility? (acclamations) And I’m sure you’re already waiting for Eluveitie! (acclamations) Before that, we have one more song for you! Let’s sing this with passion! » Et c’est sur ‘House of Sleep’ que la performance d’Amorphis s’achève après avoir fait chanter la fosse sur certains passages du refrain. Après avoir donné rendez-vous prochainement à son public, le groupe sort de scène.

Setlist d'Amorphis :
1. Northwards
2. On the Dark Waters
3. Death of a King
4. Silver Bride
5. Into Hiding
6. Wrong Direction
7. The Moon
8. Seven Roads Come Together
9. Black Winter Day
10. My Kantele
11. The Bee
12. House of Sleep

ELUVEITIE

Après une pause d’une trentaine de minutes qui a permis au public de se dégourdir les jambes et de se ravitailler en boissons, les lumières s'éteignent. Le public reste silencieux alors qu’une voix enregistrée résonne jusqu'à l'entrée en scène des musiciens. C’est avec le morceau ‘Exile Of The Gods’, sorti le 14 octobre via Nuclear Blast, que le groupe débute sa performance. Avec neuf musiciens, la taille de l'espace scénique se justifie mais ne sera pas exploité à son maximum, comme on s’en rendra vite compte. Du côté du son, on comprend le défi de sonoriser autant d'instruments différents mais l’ensemble est vraiment assourdi, comme étouffé, même le chant clair de Fabienne Erni. Le frontman lance rapidement : « Merci et bonsoir Paris! How are you guys doing so far? That is wonderful to hear, and so do we. I think you really can’t imagine how amazing it feels to finally be able to tour again, to be here again… So Paris, thank you so very much! » ‘Nil’ confirme la tendance qu’on remarquait déjà sur le premier morceau, à savoir que le public est assez passif et semble peu réceptif. Est-ce dû au son trop étouffé ou au show trop codifié et manquant de spontanéité ? A moins que ce ne soit simplement la fatigue puisque le concert a commencé à 18h30 et qu'il est déjà 22h20.

On évoquait le manque de spontanéité du show et ‘Deathwalker’ le confirme. Lorsqu’elles ne jouent pas, la violoniste Carmen Busch et la vielliste Michalina Malisz restent étrangement statiques à l'arrière de la scène, comme déconnectées du concert. Cette observation concerne en fait la quasi-totalité des musiciens qui semblent concentrés en permanence sur leurs actions et déplacements à venir : à tel moment, il faut se placer ici ou là, à tel autre moment, il faut faire ci ou ça, etc. Cela résulte en une performance propre mais vide, désincarnée, sans cohésion au sein du groupe. Les guitaristes Jonas Wolf et Rafael Salzmann et le bassiste Kay Brem sont les seuls à se lancer des regards et à sourire. Sur des morceaux fédérateurs comme ‘Epona’, le public se réveille et se fait entendre. À cette occasion, Fabienne Erni descend de la plateforme où elle joue de la harpe et arpente l'avant-scène en tapant des mains. Quel plaisir de voir une autre musicienne du groupe s’amuser, cela donne un résultat tellement plus sympathique et engageant ! On en arrive à un point où on préférerait qu'Eluveitie soit moins propre musicalement mais plus humain.

La chanteuse reste ensuite seule sur scène pour le nouveau morceau ‘Anu’ et livre une prestation touchante qui plonge la salle dans un silence religieux. La moitié du set approche quand Eluveitie se lance dans ‘A Rose For Epona’, un titre sur lequel certains musiciens comme la violoniste s’autorisent enfin à bouger et à sourire ! C'est timide mais c'est déjà moins gênant à regarder, et le son s'est aussi amélioré entre-temps. A partir de là, la performance scénique se fluidifie et le public se donne davantage alors que le groupe enchaîne ‘Thousandfold’ précédé par un solo de guitare de Rafael Salzmann, ‘Ambiramus’, ‘King’ précédé d’un solo du batteur Alain Ackermann, et ‘Breathe’. Chrigel Glanzmann prend alors la parole : « Before we go on, we really need to say thank you one last time. We’d like to tell you something: this tour would not have been possible without the three amazing bands with us. Make some noise for Nailed To Obscurity! Give it up for a band I listened to when I was only a teenager, Dark Tranquility! And last but not least, the glorious Amorphis! You guys are the reason why we are here so Paris, from all our hearts, thank you so much! » Avant le rappel, le groupe nous offer ‘Helvetios’ puis la classique ‘The Call of the Mountains’ en français.

Heureusement qu’Eluveitie a fini par s’activer à mi-chemin parce que le début n’était pas encourageant, ce qui est d’autant plus dommage que le groupe aurait pu capitaliser sans trop d’effort sur l’excellent travail de chauffe de Nailed To Obscurity et Dark Tranquility et sur l’énergie d’Amorphis. Pendant le rappel, les mosh pits se poursuivent au rythme de ‘Kingdom Come Undone’, ‘Ategnatos’ et ‘Inis Mona’. Ce morceau est d’ailleurs la seule occasion qu’on aura de voir le multi-instrumentiste Matteo Sisti descendre de sa plateforme à l’arrière de la scène pour s’avancer vers le public. Après les remerciements d’usage, les musiciens d’Eluveitie quittent la scène de l’Olympia.

Setlist d'Eluveitie :
1. Exile of the Gods
2. Nil
3. Deathwalker
4. Epona
5. Anu
6. A Rose For Epona
7. Thousandfold
8. Ambiramus
9. King
10. Breathe
11. Helvetios
12. The Call of the Mountains
RAPPEL
13. Kingdom Come Undone
14. Ategnatos
15. Inis Mona

Si on devait résumer cette soirée, il faut souligner le très bon travail réalisé par Nailed To Obscurity qui a réussi à séduire le public de l’Olympia grâce à son univers musical et à l’engagement de son chanteur. Dark Tranquility a pris le relais d’une main experte et ne s’est épargné aucune peine pour le plus grand plaisir du public dont une bonne partie semblait n’être venue que pour eux. Dans la continuité, Amorphis nous a proposé un aperçu de la richesse de ses compositions à coup de titres iconiques. En revanche, Eluveitie a détonné (dans le mauvais sens du terme) en s’enfermant dans un spectacle codifié à l’extrême et qui ne laissait aucune place à la libre expression de ses musiciens. Il leur aura fallu du temps mais la fin du set était finalement assez sympathique car beaucoup plus simple et humaine.

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