Ecclesia Diabolica Evropa 2019 | Toulouse
Anibal BERITH
Journaliste

«Une affiche improbable pour un succès évident !»

Créé 21/01/2019
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Enfin nous y sommes ! Cela commence à faire quelques mois que cette affiche sublime nous est promise et nous voilà le 21 janvier 2019 devant l'une des plus belles salles d'Europe, le Bikini, pour accueillir le "Ecclesia Diabolica Evropa 2019" mettant en scène l'incontournable groupe de black/death metal polonais Behemoth en pleine tournée promotionnelle pour leur 11ème album paru en octobre dernier via Nuclear Blast, "I Loved You at Your Darkest".
Pour ce faire, le quartet, mené par le célèbre Nergal, c'est accompagné des américains Wolves In The Throne Room et des suédois At The Gates dont le 6ème album "To Drink from the Night Itself" tourne à plein régime sur les platines des fans depuis mai 2018.

Comme il était prévisible, beaucoup de monde devant la salle toulousaine même si la date n'est pas sold out. Rapidement à l'intérieur grâce à un service d'ordre très efficace, WITTR foule la scène du Bikini à 19H30 précises pour un show de 30 minutes et 3 titres seulement compte tenu de la durée des compositions des américains.

A la tête de 6 albums, le quartet pioche sa setlist dans le dernier en date, "Thrice Woven", paru en 2017 via Century Media Records. Délivrant un Black Metal ambiant, c'est 'Angrboda' qui est choisi pour captiver l'attention des spectateurs fort nombreux malgré l'heure et c'est tant mieux. Jouant dans une obscurité légèrement teintée de rouge, c'est parti pour 10 minutes de musique aérienne aux riffs lancinants et pénétrants. Le tempo est psychédélique, le jeu des musiciens énergique et le chant agressif mais pas violent.
Pas facile d'entrer dans l'univers particulier des américains, cependant il se passe quelque chose qui donne envie d'en savoir davantage. On se laisse donc transporter vers 'The Old Ones Are with Us' qui sur plus de 8 minutes délivre une ambiance plus mélancolique. La communion ne se fait pas pour tout le monde et il est difficile d'accrocher jusqu' à ce que l'énorme 'Born from the Serpent's Eye' fasse le job et mette tout le monde d'accord ! La magie opère, l'ambiance transporte le public, la claviériste est plus présente et distille une harmonie planante se mariant parfaitement aux plans parfois violents des guitares et du tempo.
Tout juste 10 minutes et la magie s'arrête, hélas, brutalement alors que le voyage prenait enfin son envol....dommage...la musique des américains est complexe et un temps certain est nécessaire pour se laisse emporter. Plus qu'à patienter pour assister au show pour lequel le groupe sera tête d'affiche et se délecter de cette ambiance sombre et enivrante !



Peu de temps mort entre les groupes, le quintet suédois mené par "Tompa" qui pointe le bout de sa casquette TRVE sur le devant de la scène du Bikini, attaque énergiquement son set de 50 minutes par le titre éponyme de "To Drink from the Night Itself" dont le riff ne peut que faire penser à "Slaughter of the Soul" dont l'album du même nom les a portés au rang de "star" du death mélo et avec lequel la setlist de la tournée enchaine !
C'est un vrai plaisir à regarder, grand professionnalisme des suédois qui jouent juste et bien, même si du côté droit de la scène, basse et batterie l'emportent sur les guitares; un léger déséquilibre donc qui ne doit pas se ressentir face à la scène comme j'ai pu le constater sur des vidéos du show parisien.
Le frontman, casquette vissée sur la tête parle peu et chante beaucoup tout en faisant participer le public. Il met bien le groupe en valeur en faisant chanter les musiciens, la batteur redoublant d'énergie, les chansons semblant être jouées plus rapidement qu'en version studio, ce qui n'est pas pour déplaire au public.
Trois albums sont ainsi passés en revue avec 12 titres sans compter l'intro ("At War with Reality", "Slaughter of the Soul" et "To Drink from the Night Itself"). Le coup de coeur de la soirée !



21H40, changement de registre, rideau noir cachant la scène, 'Solve', l'intro du dernier album "I Loved You at Your Darkest" en boucle tout le temps des préparatifs du décorum des polonais, la lumière s'éteint, la silhouette des protagonistes se devine comme des ombres chinoises, la carte de l'hexagone apparaît sur le rideau (hommage à la tournée française), puis le rideau tombe et la rage des polonais se fait sentir par l'interprétation de 'Wolves ov Siberia'. Le début du show est dantesque, ça bouge beaucoup, Nergal et sa troupe foulent la scène de façon dynamique et guerrière arborant des masques skull noirs et terrifiants. La chanson est délivrée violemment, les masques tombent pour la tenue à laquelle nous a habitué le groupe polonais et fait place à 'Daimonos' d'"Evangelion". Ayant tourné plus de deux ans en interprétant l'intégralité du cultissime "The Satanist", le quartet offre à son public une toute nouvelle setlist depuis les festivals de l'été 2018.
Sans pour autant réussir un show aussi grandiose de ceux de l'été par manque de pyrotechnie pour cause de sécurité, le jeu des lights et les quelques étincelles animant le milieu de la scène offrent une prestation plaisante à regarder et font l'effet d'une bombe dans une salle comme le bikini pouvant contenir jusqu'à 1500 personnes.
Le show est essentiellement axé sur le dernier album même si les galettes phares citées plus haut ne sont pas oubliées et c'est à l'interprétation de 'Ecclesia Diabolica Catholica' que le show se gâte et que le cérémonial prend le dessus sur la musique.
Le show perd de sa prestance, les musiciens de leur énergie, il faut dire que le dernier album ne fait pas l'unanimité et ça se sent sur scène.
Ça manque de profondeur, de noirceur, et bien que Nergal assure son rôle de frontman extravagant avec sa coiffe papale noire, le visuel prend trop le dessus sur le musical et donne moins d'attrait à la setlist qui devient vite ennuyeuse.
C'est donc avec impatience que j'attends la fin du show qui n'en finit plus, nous n'assistons à rien de plus quant au jeu scénique si ce n'est du remplissage musical. Bien sûr les fans auront eu droit, comme d'habitude, à leur faciale ensanglantée et c'est de façon statique que le quartet termine son show avec la mention spéciale mauvais goût qui revient à Orion pour sa coiffe ridicule.
Pas convaincu par la prestation de cette tournée surtout après le show grandiose du Motocultor 2018, il n'empêche que Behemoth offre un show de qualité, avec un décorum dantesque, un jeu de scène hors norme et une interprétation de leurs titres phares sans fausses notes. Peut-être faudrait-il penser à se renouveler, l'avenir nous le dira, Nergal est plein d'ambition !



Très belle affiche que cette tournée européenne que nous avons eu la chance d'avoir à Toulouse. Trois groupes aux univers différents réussissant à faire l'unanimité avec pour la date toulousaine, mention très bien à At The Gates.