1. Tout d’abord, comment s’est passé l’enregistrement de l’album pendant la pandémie ?
Je dois avouer que nous étions un peu perturbés à certains moments, à la fin de la pré-production, quand Jaime Gomez, le producteur, était ici, au Portugal, parce que c’est exactement à ce moment que le Royaume-Uni a mis le Portugal sur liste noire, imposant quatorze jours de quarantaine à quiconque arrivait de notre pays chéri. Mais rapidement, après s’être renseignés auprès de l’ambassade, on s’est aperçu que ce n’était pas si problématique que ça. Avant d’arriver au Royaume-Uni, on a tous rempli les formulaires nécessaires et déclaré qu’on effectuerait notre quarantaine ensemble, au Royaume-Uni, chez Jaime et au studio (oui, on peut choisir plusieurs endroits) et, comme on était quasiment à la campagne, ça a été facile d’enregistrer un album tout en respectant les règles sanitaires.
L’inconvénient, c’est qu’on n’a pas pu aller au pub avant le quatorzième jour ! Certains d’entre nous, Hugo, le batteur ou Aires, le bassiste ne sont pas restés assez longtemps pour profiter du meilleur de ce que l’Angleterre a à offrir ! Comme je le disais, le studio se trouvait plus ou moins au milieu de nulle part, donc c’était un lieu parfait pour un album intitulé« ermitage ». En général, on ne croisait jamais personne.
2. Moonspell est une institution. Chaque album a un style propre. Vous continuez à nous surprendre. Votre musique évolue vers des paysages plus progressifs sur certaines chansons. D’où vous est venue cette idée ?
Ricardo et moi (les compositeurs) avons les mêmes racines musicales. Cette fois-ci, on avait simplement envie de se sentir parfaitement libres quand on s’est mis à écrire les chansons pour le nouvel album. J’ai rencontré Ricardo à l’âge de 15 ans à peu près, et on écoutait de la musique ensemble, comme beaucoup de jeunes de cet âge. Lui, c’était un metalhead et moi, j’étais plus attiré par le style wave, mais on avait des points communs : les Doors, Pink Floyd, Marillion, etc. Le hasard a fait qu’on joue dans le même groupe depuis 1995 et pendant toute notre carrière, on a continué à écouter de la musique ensemble et à élargir nos goûts communs. En 2018/19,on s’est dit : « faisons la musique qu’on écoute. Libérons-nous de ce qu’on pense qu’est Moonspell et faisons la musique qu’on a envie de faire. On verra bien. On l’utilisera ou pas. Pas de chaînes, pas de limites, approfondissons nos racines. »
Comme toujours, il y a un moment où l’album se met à prendre le pas sur les chansons et la composition évolue : initialement, c’est la cause et au final c’est la conséquence. On a fait notre possible pour adapter les chansons au style typique d’un album de Moonspell (si tant est que ça existe) et ça n’a pas fonctionné. On était déjà en 2020 quand j’ai décidé qu’on ne ferait pas de compromis. Il fallait qu’on prenne les chansons telles qu’elles étaient au départ. Les idées sont revenues, on s’est concentré sur les aspects les plus intéressants de chaque chanson, et au final, ça collait mieux avec le concept de l’album !
3. Parmi les nouveautés de ce nouvel album, il y a la présence remarquable de Ricardo Amorimau chant, en particulier sur« All or Nothing ». Ce changement est-il arrivé naturellement grâce au côté plus mélodique de la chanson ?
Ricardo, en plus d’être un grand guitariste, sait très bien chanter, il chante très juste. Il sait aussi livrer de très belles harmonies vocales. Il est évident que quand un album est composé essentiellement de growls, les opportunités d’utiliser cet atout sont moindres. C’est ce qui c’était passé sur le précédent album, 1755, alors que sur Hermitage, tu as raison, il y a davantage de parties vocales mélodiques et donc plus d’occasions d’utiliser des chœurs, en particulier sur nos incursions« progressives », et de faire des arrangements d’harmonies.
On avait aussi envie d’aborder la production d’une manière qui se rapproche le plus possible d’une performance en tant que groupe, il était donc normal pour Ricardo et moi de reproduire plusieurs parties vocales simultanément. Il faut comprendre que depuis notre troisième album, Sin Pecado, nous enregistrons tous les trois les chœurs. La différence ,c’est la musique qu’on fait maintenant, plus le fait que Ricardo est à l’aise sur une octave plus haute, en comparaison avec la tonalité de Fernando, et il y a des moments où une chanson a besoin d’un résultat plus clair, qu’une octave plus basse ne peut fournir. En fait, j’adore la tonalité de Fernando, à la fois en chant clair et en growl, et on a de la chance d’avoir d’autres outils pour atteindre un résultat vocal plus large pour notre musique.
4. Pouvez-vous nous parler de la signification du titre de l’album, Hermitage, qui évoque l’introspection ?
Je vois plus cela comme une libération. Nous libérer de toutes les attentes et les projections que l’on fait sur nous. Partir et chercher. Il y a comme base l’introspection, c’est sûr. Ça évoque également un espoir perdu. Concernant la musique, Hermitage l’a amenée à un niveau différent, car on a intentionnellement mis de côté nos références. On veut être unique et sincère quand on présente notre créativité. Notre message est notre musique et quand j’essaie de la décrire ou de l’expliquer, je pense que le mieux, c’est de l’écouter. On interprète tous la musique à notre manière, de toute façon.
5. Le clip de« The Greater Good »a-t-il été créé dans l’idée d’une conscience collective de l’égoïsme que les êtres humains montrent envers leurs contemporains ?
L’idée vient de Fernando, qui a beaucoup travaillé sur ce clip. C’est drôle, parce que souvent, on pense que les paroles disent une chose alors qu’en réalité, elles veulent dire autre chose. C’est sur « All or Nothing »que ce contraste m’a le plus frappé.
On a commencé « Greater Good »avec des suggestions pour le bien collectif :« Et si on faisait ceci, ou cela »,ce genre de chose. Cependant, la fin de la chanson affirme : Le Bien Collectif, ce n’est pas assez bien pour nous tous. C’est presque un paradoxe désespéré. En fait, cette chanson et ce clip nous montrent que le monde, les humains, plus qu’être égoïstes, se retrouvent souvent dans des situations paradoxales, et parfois, c’est complètement absurde !
Et oui, l’égoïsme accompagne souvent les sociétés oppressives qui vous laisse choisir le moins pire des cas où, dans le monde prétendument développé, nous sommes tellement éloignés des grands problèmes. On ne fait qu’examiner les détails en négligeant les grandes discussions qu’on devrait avoir. Mais encore une fois, le message se trouve dans la musique et les paroles. Et dans le cas présent, dans le clip, aussi.
6. Comment s’est passée l’intégration du nouveau batteur, Hugo Ribeiro ?
Super facilement. Hugo était un fan de Moonspell et ses objectifs musicaux sont cohérents avec les besoins de notre projet. J’ai rencontré Hugo il y a onze ans, quand j’étais juré lors d’un concours de musique, et j’ai été très impressionné par son jeu de batterie. On avait échangé nos coordonnées et on est toujours resté en contact. Quand on s’est dit qu’on avait besoin d’un batteur, j’ai immédiatement pensé à lui. On a testé sa technique, et sans surprise, ça n’a posé aucun problème. Ce qui est vraiment bien avec lui, c’est que sa personnalité est totalement celle d’un membre de groupe. On a accroché immédiatement quand on s’est mis à travailler sur de nouvelles chansons. La simplicité même.
7. Vous avez récemment réédité deux anciens albums, Sin Pecado et The Butterfly Effect. Avez-vous prévu d’autres rééditions ?
Oh oui, mais ça ne sera pas pour tout de suite, avec la sortie du nouvel album, mais je suis presque sûr qu’il y aura Darkness and Hope et The Antidote.
8. Avez-vous déjà considéré retourner sur scène en 2021 ou allez-vous proposer des live streams ?
Je pense qu’on va faire les deux. Vu les circonstances, on doit tout faire pour que le groupe reste actif. Si les concerts reprennent cette année, on sera là, c’est là-dessus qu’on travaille, actuellement. Si on est limité aux Portugal, alors on mettra les concerts en streaming, ainsi que des répétitions et bien d’autres choses. Si on joue dans d’autres pays, on pourra, comme on le fait déjà, enregistrer l’audio et la vidéo de manière professionnelle et s’en servir pour nos fans du Wolfpack sur Patreon. On ne baissera pas les bras sans se battre !
9. Pourrais-tu me citer un album ou un groupe que tu écoutes en ce moment ?
Soen, Imperial. Martin Lopez, le batteur de Soen, est un ami à moi depuis un petit moment et ça m’a vraiment fait plaisir de le voir évoluer sur la scène métal. Le deuxième concert de Soen que j’ai pu voir était excellent et depuis, je suis fan. La dernière fois que j’ai eu Martin au téléphone, l’été dernier, il me semble, je lui ai dit qu’Hermitage serait un album plus progressif, à quoi il a répondu que le nouvel album de Soen serait plus métal. C’est intéressant de voir que les deux groupes recherchent en permanence de nouvelles sensations et de nouveaux messages !
Ensuite, je citerais Rotting Christ, The Heretics. Pas parce qu’ils sont Grecs, ni parce que ce sont des frères pour nous, juste parce que leur musique est géniale !