Dans trois jours, le quatuor Lorrain Hell Gate sortira son second et nouvel album intitulé « Vagues d’Amertume ». Après un premier opus sorti en 2020, « Par-Delà l’Existence », qui portait sur les thèmes de la vie après la mort, « Vagues d’Amertume » abordera le cheminement de la dépression, saupoudré de thèmes engagés tels que l’écologie marine et la surconsommation.
Formé en 2012, le groupe se compose actuellement de Hell Max au chant, Hell Tiche à la guitare, Hell Ben à la basse et Hell Coxys à la batterie. Il a évolué, passant d’un métal proche du Death pour se diriger aujourd’hui vers du Post-black hybride assumé qui prend le temps de poser une ambiance et de narrer un récit.
À travers huit morceaux longs d’une durée moyenne de six minutes, Hell Gate nous offre un périple maritime dans les eaux les plus sombres. Avant même de commencer l’écoute, la couverture en triptyque vertical brillamment dessinée par Cold Mind, nous avertit d’ores-et-déjà des trépas qui nous y attendent. N’ayons cependant point peur et commençons dès maintenant le voyage en suivant un à un les morceaux de la tracklist du CD.
L’album démarre avec « Au plus loin de la Terre ». Alternant entre des couplets aux rythmes calmes ou modérés, et des refrains plus incisifs, le quatuor nous offre l’opportunité de bouger la tête à de nombreuses reprises. Le refrain, composé avec brio, reste en mémoire.
Que dire du chant si ce n’est qu’il est puissant et évocateur ? Quelques moments chuchotés, plus intimistes, créent une symbiose musicien-auditeur qui nous plonge d’autant plus dans l’ambiance et le récit qui est conté. En somme, ce premier morceau est efficace, immersif et mémorable.
« Par le fond » est tout aussi captivant. La mer se fait entendre très brièvement puis nous sommes tirés au fond l’eau alors que le chanteur clame « Entraîné vers le fond » et que l’instru démarre pleine de force et d’énergie.
L’invitation à se défouler est claire. La composition du titre est impeccable et le refrain mémorable. Le morceau se clôt sur un moment très calme, trop calme, une tempête est en approche !
Le troisième titre s’intitule « L’Océan Aux Mille Tempêtes » et c’est bel et bien une tempête qui attendait de s’abattre sur nous. Hell Coxys nous démontre une fois de plus son talent alors qu’une pluie de coups habiles heurte sa batterie. La présence d’un synthé allège de temps en temps la composition, mais le morceau reste violent. Il s’agit d’un défouloir qui en ravira plus d’un !
« Les Naufragés » nous offre également un jeu lourd, très lourd. Après une introduction timide, un rythme très efficace et ô combien addictif se met en place. Semblable à la tempête, un synthé aux notes cristallines allège l’ambiance très pesante.
Hell Tiche, à la guitare, et Hell Ben, à la basse, sont mis à l’honneur avec une mélodie puissante et expressive.
La fin, se jouant des auditeurs, offre un jeu saccadé propice au headbang juste avant de se clore. C’est audacieux !
« Errance » est un bref interlude de trois minutes. Le chant est absent, laissant sa place à la basse, la guitare et la batterie. Sur un fond de bruits de mer et de mouettes, la musique est posée, pleine d’une solitude palpable. La batterie accentue ce moment de répit avec quelques coups brefs et légers, tels des remous dans l’eau. La musique disparaît, la mer et les mouettes aussi, le silence s’installe. Nous sommes prêts pour « Épave ».
Hell Ben, Hell Tiche et Hell Coxys démarrent un jeu au rythme effréné. Des frissons et une furieuse envie de bouger se font ressentir tandis que Hell Max met toute son énergie au chant. Il nous offre des moments de pure violence, mais aussi des moments plus calmes, plus intimistes qui font ressortir tout le désespoir porté dans ses paroles. Le ressenti est viscéral. « Épave » est l’exemple parfait des prouesses textuelles et musicales dont les membres de Hell Gate sont capables.
« Phare » se positionne à l’avant-dernière position de la tracklist. Il démarre de but en blanc. Le jeu et le chant y sont déchaînés, lourds, brutaux, alors que le témoignage d’un homme échoué et désespéré est crié à qui veut l’entendre. La composition est efficace : les musiciens débitent et nous bougeons. C’est un véritable régal !
Enfin, « Grève » , clôt cet album. Il s’agit du titre le plus long avec une durée de dix minutes. C’est une sorte de synthèse de ce qui a été entendu jusqu’ici. Des moments violents sont jouxtés à d’autres plus calmes, plus aériens. Les paroles d’un homme qui soupèse la vie et la mort sont tantôt criées, tantôt chuchotées.
« Dis-moi, c’est vraiment ce que tu veux ? Vivre dans ce monde malade, putride. ». Cet appel de la vie, aussi bref que puissant, invite le groupe à tout donner une dernière fois. Nous sommes alors emportés dans un tourbillon ultime d’énergie, de violence, mais surtout de passion.
Le bruit paisible des remous clôture modestement le récit de cet homme torturé. Il est enfin libéré de son fardeau. Nous, nous pouvons enfin sortir de l’eau, regarder vers le ciel, respirer et regarder vers l’avenir, ou bien retourner sous l’eau, plonger, et rejoindre l’abîme qui nous tend encore les bras.
Il s’agit d’un album immersif maîtrisé du début à la fin. Les titres se suivent sans se répéter et ils ont tous quelque chose d’unique à proposer. Les mélodies sont variées et évocatrices. Le rythme y est bien dosé, nous offrant la possibilité de se poser et de se défouler sans jamais ni se lasser, ni s’ennuyer.
Je tiens tout particulièrement à souligner la qualité des textes écris par Hell Max qui narre avec brio ces sombres récits ô combien fascinants.
Cet album est une réussite du début à la fin ! Que vous soyez amateurs de Post-black ou non, je suis persuadée que « Vagues d’Amertume » vous attirera, vous aussi, au plus profond de l’abîme.
En attendant la sortie officielle de l’album le 17 Novembre, vous pouvez découvrir « Les Naufragés » juste ici. Bonne écoute !