Après son quatrième album de reprises de groupes phares de heavy metal sorti l'an passé ''Graveyard Classics IV: The Number of the Priest'' et qui fut une catastrophe, Six Feet Under revient sur le devant de la scène extrême avec un 16ème album qui, je ne vous le cache pas, ne m'inspirait pas plus que çà lorsque je l'ai reçu il y a quelques semaines.
Formé en 1993 par l'ancien vocaliste culte de Cannibal Corpse, Chris Barnes, et l'ancien guitariste d'Obituary Allen West, le groupe avait marqué l'univers death avec un excellent premier album ''Haunted'' qui avait su réunir le gros son des riffs bien gras d'Obituary avec l'esprit plus brutal de Cannibal Corpse.
Un album malheureusement jamais égalé par le combo qui a connu une carrière en dents de scie et quelques instabilités de line-up. Seul rescapé de la formation d'origine, Chris Barnes ne s'avoue jamais vaincu et a su s'entourer de musiciens capables de délivrer un death metal qui lui ressemble notamment auprès de la dernière recrue Ray Suhy (Cannabis Corpse) qui a composé l'essentiel de l'album avec des parties de basse et de guitare très techniques admirablement mises en valeur à la production sur chacun des 12 titres de la galette.
A cela vous ajoutez des plans de batterie carrés, le chant typique de Barnes quoique quelque peu essoufflé (à voir en live) et l'ambiance très groovy qui caractérise le groupe et vous arrivez un album très plaisant à écouter et à réécouter.
Point de plans novateurs mais du bon Six Feet Under et tout ce que l'on demande à ces vétérans du death après leur quart de siècle de carrière.
L'album se décompose en deux parties avec en première moitié, les cinq premiers titres assez agressifs et puissants et clairement death et pour la seconde, les autres titres plus lourds, plus sombres aux touches inspirées stoner et/ou sludge.
Un point commun à chacun des titres, les riffs de la basse sont la ligne directrice des compositions autour de laquelle s'axent les autres instruments, ce qui permet de délivrer une musique avec de la niaque et du groove.
On notera une touche ''cannibalcorpsienne'' dans la mélodie sur 'Sacrificial Kill' avec ce son très ''The Bleeding'', le titre suivant 'Exploratory Homicide' étant quant à lui plus dissonant et laisse apparaître le groove du combo sur lequel on se surprendra à headbanguer.
C'est à partir de l'angoissant 'The Separation of Flesh from Bone' que l'on sent que la basse est très importante et que nous la ressentons le plus. Elle ne lâchera plus les compositions des américains et la rythmique se calera dessus même si elle reste en léger retrait sur le direct et efficace 'Schizomaniac' aux blasts soutenus dont le final est plutôt lourd et sombre. S'ensuit le martial et cadencé 'Skeleton' qui marquera la ''fin'' de cette première partie pour laisser place au groovy 'Knife Through the Skull' et ses riffs dont le rendu sonore est emprunté au stoner.
'Slaughtered as They Slept' offre quelque chose de pesant dans sa rythmique accompagné de blasts bien écrasés, le son est gras, tronçonné pour dériver sur un plan sludge au second tiers du titre et un final dynamique qui sert de transition aux dégoulinants 'In the Process of Decomposing' et ses passages volumineux à la double caisse et l'écrasant 'Funeral Mask'.
Une légère transition s'opère avec 'Obsidian' et 'Bloody Underwear' qui tout en restant dans le même esprit délivrent un rock US bien couillu et laisseront place au plus heavy 'Roots of Evil' qui n'a de death que le timbre du vocaliste.
Un nouvel album bien produit techniquement qui offre un death old school varié et typiquement dans l'esprit des premiers Six Feet Under, la touche moderne en plus apportée par le guitariste de Cannabis Corpse Ray Suhy. Intégrant des plans sludge et stoner dans ses compositions, le combo américain conserve son groove qui a fait sa réputation en axant sa musique sur la basse maniée de main de maître par Jeff Hughell acompagné du tempo sans faille de Marco Pitruzzella. Bien que controversé par son irrégularité et ses reprises catastrophiques de groupes de légende, Six Feet Under montre qu'il est toujours bien présent sur la scène death avec cet album qui s'écoute avec plaisir.