Mark Deutrom est l'un de ceux que l'on connaît sans connaître : bassiste des Melvins, fondateur de Alchemy Records (qui publie le premier album de Neurosis !), collaborateur de SUNN O))) (carrément), l'homme est chanteur, compositeur, musicien, producteur ... en 2001 (voilà qui ne nous rajeunit pas), Mark publie un album solo, \'\'The Silent Treatment\'\', un disque apparemment oublié puisqu'il m'a fallu deux lignes de bio pour vous recaser le bonhomme. Devant cette injustice, Season of Mist a décidé de ressortir le CD, avec aux manettes Joe Barresi (Kyuss, Monster Magnet, Tool, QOTSA ... un homme délicat et qui apprécie les sons cristallins !). Alors, que trouve-t'on dans cette pépite enfouie dans le ventre mou de notre passé musical ?
Et bien, on y trouve beaucoup de choses. Trop, peut-être. Avec ses cinquante-cinq minutes divisées entre dix-sept morceaux, \'\'The Silent Treatment\'\' foisonne. Conséquence de la nouveauté du compact disc, qui permettait de s'étaler autant que l'on en avait envie ? Peut-être plutôt victime collatérale de la créativité débordante du sieur Deutrom, qui en a clairement sous la pédale. L'homme rappelle un peu un Adrian Belew, dans le genre touche-à-tout caméléon expérimental amoureux de la forme courte. Car les morceaux sont courts : le planant \'\'Candlelight and Wisteria\'\' est le plus long de la galette, avec ses 5:41. La moyenne des morceaux tourne autour des trois minutes. L'ethos punk transpire des compositions : souvent orientées autour d'une ou deux idées, avec des solos qui tiennent plus de la jam conceptuelle et de l'improvisation crue que des plans méticuleusement travaillés et retravaillés. Les amateurs de sueur et de bile dans leur blues-rock seront ravis : \'\'The Silent Treatment\'\' regorge de brûlots groovy comme \'\'The Hobnail Paisley\'\', \'\'El Morocco\'\' ou \'\'Chihuahua\'\'. On entend même des dissonances que Fripp n'aurait pas renié sur THRAK, comme dans \'\'Fat Hamlet\'\', où la guitare solo a ce son si caractéristique de poêle à frire.
Mais on trouve également de la ballade un peu floydienne (\'\'The Hottentot Venus\'\', \'\'Your Necklace\'\'), du doom rock industriel comme Coffinmakers Complaint (qui tire un peu en longueur), et même une sorte de brit pop à l'ancienne qui fleure bon les rues de Londres et les sucettes (\'\'Gateau d'Amour\'\'). Globalement, le disque sonne comme du classic rock passé à la moulinette du punk mais aussi de l'angoisse des années 90 - on sent l'empreinte que des gens comme NIN ou les Melvins ont laissé sur cette décennie, cette liberté d'être crade, visqueux et sombre. Le disque sonnerait presque comme une annonce de la popularité du sludge/stoner, vague qui arrivera progressivement dix ans après cet album. \'\'The Silent Treatment\'\' est un curieux objet sonore, recommandé aux aventuriers musicaux, à ceux qui aiment leur punk croûteux et un poil schizophrène, mais aussi aux fans de hard rock curieux qui voudraient plonger dans la psyché musicale d'un compositeur/performeur unique. Merci SOM !