C'est dans le milieu des années 80 que Mark Deutrom fonde Alchemy Records à San Francisco. Ce faisant, il a pu produire son combo Clown Alley mais aussi plusieurs disques de Sacrilege, Neurosis et Melvins (Ozma,…). D'ailleurs, de 1993 à 1998, il devient même le bassiste du groupe de Buzz ‘King Buzzo' Osborne (on le retrouve sur Prick, Stoner Witch, Honky, Stag, … entre autres). Il les quittera pour mieux retourner à ses propres affaires musicales. Dès lors, depuis 2000, il a enregistré plusieurs galettes sous son nom (cinq au compteur) et quelques trucs avec son projet Bellringer (dont Jettison en 2016). Et puis courant 2017, Deutrom signe avec le label français Season of Mist (Cocorico !) pour rééditer une grande partie de sa discographie (en solo mais pas que) déjà parue et bien sur ses futures productions à venir. Donc, après son premier opus The Silent Treatment ressorti en début de cette année, c'est au tour de Brief Sensuality & Western Violence, son cinquième skeud paru en 2013, d'avoir la joie d'une seconde vie.
Hormis les baguettes et autres percussions (steelpan, bongo, …), notre texan s'est chargé de tout le reste. On n'est jamais mieux servi que par soi-même (ou presque), parait-il. N'y allons pas par quatre chemins, cet effort est un OSNI (Objet Sonore Non Identifié). Pas de codes, pas de règles. Preuve en est dès l'entame ''Dick Cheney'' (du nom de l'ancien Vice-président des États-Unis période George W. Bush). Ce titre est un paveton de plus de vingt minutes. Oui vous avez bien lu. Après des bruits de nature durant de très très très longues secondes, des grandes orgues font leurs apparitions pour finalement laisser la place à des sons de guitares drones totalement distordus. C'est sombre, c'est lourd. Le chant et les effets de voix n'apparaissent que passé le premier tiers de ce noise rock. Le morceau s'installe entre saturations fuzz et moments psychédéliques avant de se finir sur une caisse claire façon tambour/marche militaire et des notes de piano jouet.
Contre pied direct à ce parpaing, ''Miniskirt'' déboule littéralement pour à peine deux minutes d'énergie pure. Pas de conventions on vous dit. Trois morceaux 100% instrumentaux parsèment la rondelle. Ici aussi les ambiances sont variées. Alors que ''Winter Haystacks At Twilight'' combine guitare acoustique et parties psychées, que ''Temple Smasher'' renvoi aux sonorités 70s, ''Venerate The Relic'' fait dans le MAOUSSE riff bien doom. Ce mélange seventies, grattes lourdes et bourdons drones (rien d'étonnant à ce que notre cowboy se soit encanaillé avec SunnO))) en 2006 pour plusieurs concerts) est tout autant présent sur ''Sky Full Of Witches''.
Passé l'hypnotisant ''Other Gods'' et ses synthés accompagnateurs de vocaux mélodiques, c'est ''A Shaky Rabbit'' qui nous fait vagabonder vers d'obscurs contrées dans une fusion percus/guitares/trompette jazz minimalistes presque démoniaques sur fond là encore de bizarreries psychédéliques. Finalement, l'aérien ''Turn Toward The Sun'' clôt l'album dans un dernier croisement de metal et d'anomalies étrangement sonores.
Mark Deutrom, avec sa musique des plus EXPERIMENTALE pour public averti et ses textes/thèmes métaphysiques et existentialistes, délivre avec ce Brief Sensuality and Western Violence une oeuvre protéiforme mélodique, mélancolique et exigeante qui ne laisse clairement pas indemne. Avis aux amateurs du genre.