Au grand dam de certains fans, cela fait maintenant quelques années que Jeff Waters délaisse son Annihilator pour se consacrer à son projet parallèle Amerikan Kaos (sur lequel il travaille depuis 2019). Ainsi, après un « Armageddon Boogie » (2024) et un « All That Jive » (2025), voilà « The Sheeple Swing », conclusion de la trilogie annoncée.
Une fois encore, le meneur canadien s’est chargé de tout ou presque : grattes, basse, batterie programmée, compositions, arrangements, mixage, production et mastering. Seuls les claviers ont été reconfiés à Bob Katsionis. Au chant, déjà à l’œuvre sur le précédent chapitre, Stu Block est de retour, épaulé aux chœurs par Jeff et sa belle-fille Ruby Ward pour quelques voix placées ici et là. Selon les dires du leader multi-instrumentiste, même s’il a tout composé, il a laissé beaucoup de marge de manœuvre à l’ex-vocaliste de Iced Earth sur ce qu'il voulait en faire.
Musicalement, à l’instar de ces deux aînés, cet ultime volet mêle aussi différents styles et influences en s’éloignant du thrash habituel exécuté par le guitariste. Le virtuose de la six-cordes souhaitant « faire quelque chose d'un peu plus cru », l’opus se veut plus direct et spontané dans sa production. Se croisent ici le rock, le punk, un peu de pop et même un rien de funk. Cette diversité confère à ce skeud une fraîcheur et une imprévisibilité intéressante. Le revers de cette (grande) diversité des morceaux donne un album fragmenté entre titres marquants et d’autres plus dispensables, créant un déséquilibre dans l’écoute globale.
Sur le fond, les sujets abordés sont eux aussi variés. Certaines chansons abordent des thèmes politiques de manière frontale, tandis que d'autres s'inspirent d'expériences plus personnelles ('Traitor In The Family', 'Take Back' évoquant avec une certaine nostalgie le temps où les gens se parlaient beaucoup plus avant que les écrans n’envahissent leurs quotidiens). En complément, on trouve également un hommage à une scène Keuponne longtemps ignorée ('The Punk Rockers Were Right') ainsi que du matériel plus léger ('(I Won) The Hottie Lottery' sur lequel le musicien sexagénaire s’amuse à propos son épouse).
« The Sheeple Swing » est un final logique et des plus correct pour le triptyque de Amerikan Kaos. Même si le disque n’est pas exempt de défauts, notamment dans sa cohérence globale, saluons la démarche et cette volonté de la tête pensante d’avoir voulu explorer/sortir des territoires hors de son registre thrash coutumier. Avec cet exutoire parallèle, Jeff Waters voulait s’affranchir de certains codes pour plus de liberté artistique. Le pari est dans l’ensemble réussi.