The Great Adventure
Baptman
Journaliste

THE NEAL MORSE BAND

«Une grande et belle aventure musicale et émotionnelle qui prouve une fois de plus l'extraordinaire don de Neal Morse et de ses musiciens à produire des chefs d'oeuvre : progressif, pop, folk, gospel et métal, c'est un beau voyage qui vous attend»

22 titres
Metal Progressif
Durée: 104 mn
Sortie le 25/01/2019
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''Let the great adventure now begin''.

Ainsi s'achevait dans l'intimité de sa voix et d'un piano, ''The Similitude of a Dream'' (2016), l'un des albums les plus ambitieux de la carrière de Neal Morse.

Au terme d'un voyage musical de plus d'1h45 au compteur parsemé d'envolées lyriques, de détours instrumentaux d'une virtuosité vertigineuse et de poignants moments d'émotion, après l'ultime retour d'un des thèmes centraux de l'album, magnifié par des choeurs et habillé d'une orchestration descendus du Ciel, ce double concept album acclamé par les fans et par la critique avait laissé une impression durable...et donné lieu pour son successeur à des attentes aussi élevées que les sommets musicaux et artistiques qu'il avait atteint. Mike Portnoy qui accompagne Neal à la batterie depuis près de 20 ans, disait à l'époque considérer TSOAD comme le plus grand album de sa carrière, au même niveau que les monstres sacrés ''Scenes From a Memory'' ou ''Six Degrees of Inner Turbulence'' de Dream Theater. Chaque soir, rapportait-il, il voyait des gens pleurer dans le public et lui-même avait souvent des poussières dans l'oeil...Ceux qui ont pu assister aux performances live de l'album dans son intégralité n'en sont pas sortis indemnes. Restent comme témoins de ces grands moments de musique et d'émotion deux captations : un live à Tilburg et le live du MorseFest 2017.

Telle une prophétie auto-réalisatrice, voici venir enfin cette année ''The Great Adventure'', la suite directe de TSOAD, dont l'''Overture'' reprend ses mêmes lignes de fin. Comme le dit Mike Portnoy : ''que faire après un double concept-album épique? Et bien, créer un AUTRE double concept-album épique ! ''

Epique il l'est : 22 titres et près d'1h45…. On se délecte déjà rien qu'à lire la liste des titres et de voir, excités comme jamais toutes ces minutes de musique qui nous attendent. Partons à l'aventure !

Mais avant de rentrer dans le vif du sujet, et puisque de toute façon, nous avons affaire à un album de rock progressif, et du meilleur cru qui plus est, une introduction s'impose. La nature de ''The Great Adventure'' et de l'oeuvre de Neal Morse en général méritent bien un détour et une mise en contexte dignes de ce nom.

Neal Morse est un musicien multi-instrumentiste de rock progressif américain, originaire de Californie. Il est avant tout connu pour sa carrière au sein de Spock's Beard, co-fondé avec son frère Alan. Les Spocks deviennent dès leur premier album, ''The Light'' (1995), l'un des groupes les plus respectés du genre, associés d'emblée, d'égal à égal, aux héros du renouveau de la scène progressive au milieu des années 90 : Dream Theater, Porcupine Tree ou encore The Flower Kings. Les américains réussissent à secouer et à séduire toute la scène par la qualité de leurs compositions, leur attachement aux grands noms du passé et l'aspect épique et coloré de leur musique qui saute d'une ambiance à l'autre avec une agilité surprenante.

Un beau jour, alors que Spock's Beard a déjà plusieurs albums dans son catalogue, Neal reçoit un coup de fil qui marquera le début de plus de 20 ans d'amitié et de collaboration musicale, plus que jamais active aujourd'hui. Mike Portnoy, alors dans un Dream Theater en pleine expansion, qui a écouté Spock et en est devenu un des plus grands fans, propose à Neal de former un side-project qui rassemblerait la fine fleur de la scène progressive américaine et outre-atlantique. Ainsi naît en 1999, Transatlantic, un super-groupe regroupant Neal Morse (claviers/chant/guitare), Mike Portnoy aux fûts, Pete Trewavas de Marillion à la basse et Roine Stolt, guitariste/chanteur des Flower Kings. Le quatuor sortira 4 albums au total, ''SMPTe'' (1999), ''Bridge Across Forever'' (2001), ''The Whirlwind'' (2009) et ''Kaleidoscope'' (2014), tous des musts et monstres d'albums que vous pouvez d'ores et déjà ajouter à votre playlist.

Entre temps survient un coup de théâtre : Neal surprend tout le monde et en tout premier lieu ses camarades en annonçant qu'il quitte Spock's Beard en 2002, alors même que le groupe vient de sortir ce que beaucoup considèrent comme son ultime chef d'oeuvre, souvent comparé à ''The Lamb Lies Down On Broadway'' de Genesis : le double concept-album ''Snow'' (encore un, mais avec Neal il faut s'habituer à ce genre de choses). Que s'est-il donc passé ?

Neal a entretemps vécu un bouleversement dans sa vie personnelle. Le mot est faible. Suite à une série d'expériences mystiques et extraordinaires, la non moins marquante d'entre elle étant la guérison miraculeuse de sa fille Jayda, atteinte d'une maladie au coeur diagnostiquée incurable, Neal s'est converti au christianisme.

Ces évènements sont relatés en détail dans le morceau ''Jayda'' de son album autobiographique ''Testimony II'' et dans sa poignante autobiographie, ''Testimony, The Book''. Se sentant appelé à exprimer cette inspiration nouvelle, Neal prend la décision difficile de quitter Spock pour poursuivre alors une carrière solo des plus prolifiques, au cours de laquelle, habité plus que jamais, il produira des chefs d'oeuvre à un rythme industriel, des opus-concepts épiques dont il tire l'inspiration dans sa foi nouvelle. Ainsi, pour n'en citer qu'une partie, ''One'' (2004) a pour toile de fond la parabole du Fils Prodigue, ''Question Mark'' (2005) nous parle d'un Temple, dont on apprendra la véritable nature dans un twist narratif épique à la toute fin de l'album, ''Sola Scriptura'' (2007) relate la création de l'Eglise Protestante et l'épopée de Luther, ''Testimony'' (2003) et ''Testimony II'' (2011) sont quant à eux des albums autobiographiques retraçant son parcours musical et spirituel.

En parallèle, et en plus de ses autres projets et collaborations, Neal sortira également de manière plus confidentielle de nombreux albums de louange. Qu'on se rassure, nul besoin d'être soi-même croyant pour apprécier la profondeur et l'émotion de la musique de Neal qui a le bon goût et la pertinence de ne jamais tomber dans le prosélytisme. Certes, l'homme est indéniablement et ouvertement habité par sa foi, de même que les références à Dieu sont nombreuses et plus ou moins explicites dans son oeuvre, mais on ne peut que lui reconnaître de toujours trouver le ton juste pour aborder ces sujets aussi complexes que délicats.
Sa musique reste depuis teintée dans la masse d'une profonde spiritualité qui transparaît, en filigrane ou au contraire en pleine lumière, dans ses textes, au détour d'une phrase musicale, dans les artworks et dans les concepts de ses albums... Quel que soit notre rapport à la religion, à la foi ou à la spiritualité en général, on ressent immanquablement une forme toute particulière d'élévation esthétique, spirituelle oserons-nous dire, en écoutant la musique de Neal. Et on ne peut rester insensible à la profonde humanité et humilité qui se dégage du personnage. On l'a dit : Neal est un artiste profondément habité et sa musique l'est autant que lui. Il faut le voir et l'écouter en concert pour le saisir véritablement : il y a quelque chose de remarquable qui survient, une forme de présence qui émerge de la communion entre cet artiste hors du commun, ses musiciens dévoués et son public auquel il s'adresse avec autant de bienveillance.

C'est de sa carrière solo dont nous venons de parler qu'émergera le Neal Morse Band. En son centre se trouve le trio inséparable : Neal Morse, Randy George (basse) et Mike Portnoy. Les trois hommes qui travaillent ensemble depuis ''Testimony'' (2003) ne se sont jamais quittés depuis. Mike Portnoy qui partage avec son cher ami son appétit de travail gargantuesque et qui devait s'ennuyer pendant sa semaine de vacances annuelle, formera même entre temps un autre side-project avec Neal, intitulé Flying Colors et qui devrait sortir un 3ème album prochainement. Autant vous dire que si vous découvrez tout juste Neal, et je vous envie, vous vous engagez dans un périple musical dont vous n'êtes pas prêt de ressortir !

Mais revenons au Neal Morse Band. Jusque-là, hormis sa section rythmique en béton, Neal changeait régulièrement de musiciens et de configuration sur scène, allant parfois jusqu'à faire appel à une dizaine de musiciens, incluant des violoncellistes, des choristes de gospel et j'en passe. Il décide finalement de constituer, à partir de sa base rythmique, un groupe à temps plein avec des membres attitrés. Le projet prendra la forme d'un véritable groupe et la composition impliquera tout le monde.

Une des premières apparitions de ce nouveau line-up se fera fin 2014, au cours d'un nouveau projet très ambitieux lancé par Neal à la demande de ses proches : le MorseFest. Un mini-festival de deux jours entièrement dédié à sa musique, basé dans une église protestante de Cross Plains dans le Tennessee, cette même église à l'origine des évènements miraculeux relatés plus haut. Les chanceux qui ont participé à cette édition (dont votre serviteur fait partie !) auront assisté à un évènement hors du commun : deux albums épiques : ''Testimony'' et ''One'' interprétés tous deux dans leur intégralité à raison d'un par soir, avec de nombreux morceaux bonus dont une interprétation de The Light avec Alan Morse à la guitare. Près de 15 musiciens sur scène, section cuivres et percussive, violoncelles et chorale de gospel, un Neal transporté par l'émotion et entouré de tous ses proches : en particulier sa fille Jayda et son fils Will qui viendront lui prêter main forte sur certains titres...bref, j'en passe mais vous saisissez le tableau. Si vous voulez revivre chez vous ce moment d'anthologie, procurez-vous au plus vite le Blu Ray du concert. Le MorseFest connaîtra depuis une nouvelle édition chaque année. Le programme de 2019 devrait bientôt être annoncé.

C'est donc au MorseFest que la majorité du public fera la connaissance de musiciens jusque-là inconnus du grand public : le guitariste Eric Gillette et le claviériste Bill Hubauer. Ce sont ces deux nouvelles recrues qui viendront constituer ce qu'on connaît aujourd'hui comme le Neal Morse Band et qui en est, après ''The Grand Experiment'' (2015), ''The Similitude of a Dream'' (2016) et désormais, ''The Great Adventure'', à son 3ème album.

Les deux musiciens sont des virtuoses absolus dans leurs instruments respectifs. Eric a peu de choses à envier à un John Petrucci (il a d'ailleurs repris à la perfection plusieurs morceaux de Dream Theater avec des membres de Haken lors de la tournée Shattered Fortress au cours de laquelle Mike reprenait un répertoire de son ancien groupe pour la première fois depuis son départ fin 2010). Bill semble se jouer de la difficulté et combine à lui seul un Tony Banks et un John Lord. Et non contents de maîtriser autant leurs instruments attitrés, les deux compères s'accordent en plus le luxe d'être d'excellents multi-instrumentistes, (Eric Gillette maîtrise tout aussi bien les claviers, la batterie, la basse et Bill Hubauer est un saxophoniste de talent), et d'être enfin d'excellents chanteurs par-dessus le marché.

Qu'est-ce qui change avec cette nouvelle configuration me demanderez-vous, hormis le talent stratosphérique de ses musiciens ?

A priori pas grand-chose. On reconnaît immanquablement la patte de Neal sur ces albums : le mélange de rock progressif, de pop, de folk et de gospel, le côté spirituel et épique, les thèmes musicaux récurrents…la recette fonctionne toujours aussi bien. C'est l'idée judicieuse de laisser de la place à Eric et à Bill au chant lead qui fait la principale différence. Neal sait s'effacer quand il le faut, se réservant les passages intimistes et les ballades dans lesquelles il excelle, tout en laissant ses amis prendre le relai sur les passages plus heavy et progressifs. Tout le monde chante dans le groupe, Eric et Bill ont toutefois plus un statut de chant lead que Mike ou Randy qui sont plus en soutien, même si le batteur à la barbe bleue a un titre lead sur TSOAD ('Draw The Line') et sur TGA (l'excellent 'Venture In Black').

Le résultat ? L'alchimie musicale parfaite d'un super groupe de progressif qui donne l'impression d'une petite famille. Tout le monde est soudé, mis en avant, et pourtant chacun connaît sa place. Aucune démonstration de technique inutile n'est à déplorer.

Ok, mais comment tout cela sonne-t'il concrètement?

Neal a développé au fil des années une ''recette'' bien à lui qu'il applique à chacun de ses nouveaux opus. Que ce soit dans Transatlantic, la période pre-Neal Morse Band ou maintenant le Neal Morse Band, on retrouve sa signature de composition unique et si familière dans toutes ses oeuvres. S'il est un songwriter né et avec un solide background dans la folk et dans la chanson, Neal approche la composition de ses pièces et albums épiques plus à la manière d'un compositeur de musique de film. L'écrasante majorité de la discographie de Neal étant composée soit d'album concept, soit de morceaux épiques en plusieurs parties, ce mode de composition lui sied à ravir.

La base de son travail sont les thèmes. Au début de la composition d'un nouvel album, alors qu'il a déjà une idée générale du concept narratif dans lequel il souhaite emmener l'auditeur, Neal trouve d'abord 4-5 grands thèmes principaux. Ces grands thèmes qui représentent soit un personnage, soit un concept, soit un lieu, constitueront les leitmotiv de l'album. On les retrouvera sous différentes déclinaisons tout au long du disque, à des tempos différents, joué à l'octave supérieure, passés en mineur, glorifiés par une ornementation de choeurs, de cloches etc. le tout pour souligner les péripéties et les différents épisodes de l'histoire. La plupart des thèmes sont d'abord introduits brièvement dans la pièce introductive de l'album : l''Overture' comme elle est la plus souvent appelée (certains albums en contiennent même plusieurs). Les thèmes principaux de chaque album possèdent aussi leur propre morceau dédié. Par exemple, dans TGA, l'un des thèmes principaux est celui de 'Welcome To The World'. Il est introduit dans le morceau éponyme mais également présent sous d'autres formes dans plusieurs autres titres de l'album comme dans 'To The River' où il est joué à un tempo plus lent et avec un accent mis sur les choeurs ce qui lui donne un aspect ''évangélique ''. La musique sert ainsi totalement la narration, et s'intéresser à observer le lien entre les deux avec le texte des paroles sous les yeux est un exercice aussi passionnant qu'immersif.

C'est pour cela que la musique de Neal ne s'apprécie jamais autant qu'écoutée d'une traite. Ecouter 'The Whirlwind' de Transatlantic en entier (77 min !) en une session, ou TSOAD et, bien sûr, TGA, est une expérience musicale et sensorielle à part entière. Le frisson qui nous habite alors que retentit pour une ultime fois, dans sa plus belle expression l'un des thèmes centraux de l'album que l'on a vu évoluer et grandir tout au long de l'album est indescriptible. Vous l'aurez compris, l'écoute d'un album de Neal n'est pas quelque chose à faire à la légère si on souhaite en profiter un maximum. C'est une expérience qui demande (et mérite) une concentration et une disponibilité totales. Coupez votre portable et barricadez-vous devant vos enceintes ou encore mieux, allongez-vous avec votre casque, fermez les yeux et laissez-vous guider. Vous allez ressentir tour à tour entrain, énergie, doute, espoir et joie et pour peu que vous soyez sensible à cette musique, vous aurez tantôt envie de danser, de crier, de pleurer voire les trois à la fois.

Musicalement, la musique de Neal Morse et du Neal Morse Band est d'une richesse remarquable. On oscille entre refrains et choeurs pop à la Beatles (écoutez par exemple 'Vanity Fair' sur TGA qui n'est pas sans rappeler ''Magical Mystery Tour''), rock progressif classique façon Genesis (orgue au début de 'To The River' sur The Great Adventure), passages à la frontière du métal progressif, folk intimiste, gospel plein d'espoir qui rappelle des morceaux de louange d'églises protestantes, ballades qui vous arracheront une larme, ponts instrumentaux d'une technicité ahurissante et enfin résolutions majestueuses. Font également partie de l'arsenal de Neal, les arrangements de cordes présents dans sa musique depuis le début des années 2000, les sections cuivres ('Reunion' sur ''One''), les choeurs de gospel ('California Nights' sur ''Testimony''). On retrouvera toutes ces choses et plus dans ''The Great Adventure''.

A ce stade, et après tous ces éloges dithyrambiques, ou pourrait justement reprocher à Neal de toujours utiliser la même recette d'album en album. Et il est vrai qu'aussi prolifique que soit le musicien, sa signature reconnaissable entre mille est présente à chaque nouvel opus, y compris les projets dans lesquels il n'est pas la seule force de composition. Ceci pourra en fatiguer certains, tout comme la production et le mix des disques qui reste à quelques imperceptibles détails près, les mêmes. Il ne faut pas s'attendre à une réinvention totale de la part de Neal, encore moins dans ''The Great Adventure''. Mais tout est affaire de goût. Si comme l'auteur de cette chronique, la recette Neal vous plaît et que vous en redemandez, vous n'allez pas être déçus.

Il est grand temps de nous intéresser à présent à ''The Great Adventure'' après ce détour, long certes, mais qui, à la manière des 'Overture' dont Neal est adepte, était nécessaire pour mieux introduire l'album, le situer dans la discographie de son créateur et mieux l'apprécier aussi.

En tant que sa suite directe, et comme l'illustre l'évidente similitude entre les deux artworks, ''The Great Adventure'' poursuit l'histoire traitée par son prédécesseur : TSOAD en offrant un point de vue différent. TSOAD est inspiré par ce qui est considéré comme le premier roman en langue anglaise : ''The Pilgrim's Progress'' par John Bunyan (1678). Le livre est un roman d'initiation et d'allégorie religieuse relatant le parcours d'un homme ordinaire, Christian, de sa ville natale : ''The City of Destruction'', jusqu'à la ''Celestial City'' (le Paradis). L'histoire est racontée par un narrateur omniscient et prend la forme d'un récit de rêve. Le titre complet du roman est d'ailleurs : ''The Pilgrim's Progress From The World To That Is Which To Come Delivered Under The Similitude Of A Dream''…ouf le titre est aussi long que les albums qu'il a inspirés !

Nous ne rentrerons pas plus en détail dans le concept que vous approfondirez bien mieux en écoutant TSOAD. Dans TGA c'est le fils abandonné du Pèlerin qui prend la parole. En conséquence, le ton est plus énervé et aussi plus impulsif que sur TSOAD ce qui se traduit dans la musique comme nous le verrons dans un instant.

Bien sûr, comme vous vous en doutez, vous profiterez bien plus de ''The Great Adventure'' en ayant au préalable écouté TSOAD. D'un point de vue narratif si vous aimez prêter une attention particulière aux paroles mais aussi et surtout car vous retrouverez avec plaisir, tels de vieux amis, certains thèmes marquants de TSOAD dans ''The Great Adventure'' (au début de 'Freedom Calling' sur TGA par exemple vous reconnaîtrez le thème de 'The Slough' de TSOAD).

''The Great Adventure'' possède lui aussi son lot de thèmes puissants et mémorables. Citons par exemple celui de 'Welcome To The World' très rock et dynamique et porteur, qui vous restera indubitablement en tête. Ou encore l'émouvant thème empreint de fragilité de 'The Dream Isn't Over' qui introduit un doute, une incertitude vulnérable et qui finira par se changer en espoir lorsque le thème sera repris dans 'The Dream Continues' avec ces lignes chargées d'émotion : ''No the dream isn't over, it goes on and sometimes it gets hard to carry on, no the dream isn't over when it seems like you get on''.

Les thèmes de 'A Momentary Change' qui nous annonce la quête finale du héros : ''a love that never dies'', le thème de ce dernier titre, qui évoque la rédemption et l'abandon ainsi que le très heavy 'I Got To Run' qui répond à 'Draw The Line' sur l'album précédent, ne sont absolument pas en reste.

De manière générale, et sans doute du fait du point de vue qu'il adopte, ''The Great Adventure'' apparaît un poil plus heavy et aussi plus oppressant par moments que son prédécesseur. 'Welcome To The World' est un sacré riff qui donne envie de bouger la tête, 'Dark Melody', 'Venture In Black', 'Fighting With Destiny' ou la première partie de 'The Element of Fear' sont eux des morceaux assez sombres et on apprécie l'ombre temporaire qu'ils viennent projeter sur l'histoire et l'album. Le titre le plus heavy et métal de l'album est sans doute 'Welcome To The World 2' qui combine ces deux dimensions : le riff heavy de la première itération de 'Welcome To The World' est rendu encore plus heavy et est parsemé de solos de guitare impressionnants tandis qu'une ambiance de tension est suggérée au début par les accords plaqués au clavier et par le groove de batterie tribal de Mike Portnoy.

''The Great Adventure'' contient aussi son lot de petites surprises. L'intro de 'Hey Ho Let's Go' rappelle le reggae, la toute fin de 'Vanity Fair' pose une ambiance de spectacle de cirque...C'est aussi pour ses petites perles cachées qu'on apprécie le Neal Morse Band.

En définitive, ''The Great Adventure'', malgré l'ampleur du défi que cela représentait, est au moins aussi bon que son prédécesseur. C'est un très bon, que dis-je un excellent album de rock progressif qui séduira les fans du genre mais qui au-delà qui vous fera ressentir une palette d'émotions remarquablement variée et qui vous laissera, à n'en pas douter, un souvenir tout particulier.

A l'origine, il n'était pas prévu que ce qui allait devenir TGA soit dans la même veine que TSOAD, encore moins une suite. Au contraire, il était initialement prévu de produire quelque chose de très différent. Comme le dit Randy George : ''j'étais sûr que la suite de TSOAD serait quelque chose d'assez différent, mais il faut suivre son coeur et aller là où la musique veut aller ''. Le travail déployé sur TGA a été à la hauteur du produit fini : épique et titanesque. 3 semaines de maquettage et d'enregistrements préliminaires auront été nécessaire, des idées venant parfois jusqu'à la dernière minute du temps imparti en studio. A la suite d'un méticuleux, et on imagine, difficile processus de sélection parmi toutes ces sessions d'enregistrement, est né ''The Great Adventure''. A l'annonce de la sortie de son nouvel album, Neal se dit confiant, apparemment ses plus belles productions comme ''Sola Scriptura'' ou ''Snow'' sont toutes passées par ces filtres et ce re-travail appuyé.

A l'écoute de ''The Great Adventure'', on est tenté de lui donner raison. C'est une réussite totale. A vous à présent d'en faire l'expérience...

Neal et sa bande seront à Paris, à L'Alhambra le 25 mars prochain. Vous savez ce qu'il vous reste à faire. Offrez-vous cette extraordinaire expérience musicale qu'est le Neal Morse Band en live...et laissez-le vous guider dans ce qui promet, sans l'ombre d'un doute, d'être une grande et belle aventure.


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