Il y a bien longtemps que Darkthrone a quitté la sphère du black metal pour une approche plus punk et régressive de sa musique. Mais en tant que pionnier du genre, il restera à jamais affilié au metal noir. Un peu comme l’Accor Arena qui, pour les anciens, restera ‘’Bercy’’.
Cela n’empêche nullement le binôme norvégien de proposer des disques intéressants et pétris de références muries et digérées. ''Pre-Historic Metal'' se fondant dans le moule de son prédécesseur, il ne décevra aucunement ceux qui apprécient le virage amorcé depuis une quinzaine d’années.
'They Found One Of My Graves' s’ouvre sur un riff qu’on croirait issu du ''Don’t Break The Oath'' de Mercyful Fate tant la texture que le son du morceau s’en rapprochent. Sentiment renforcé par le chant d’un Nocturno Culto possédé par le Roi Diamant en personne. Malicieux et soucieux de ne pas se faire accuser de plagiat, le duo a la bonne idée de s’éloigner progressivement de son influence majeur via de jolies guitares harmonisées et l’ajout de claviers délicieusement vintage, renvoyant à Tangerine Dream.
Le morceau titre, qui porte bien son nom, s’en vient piocher chez les pionniers que sont Black Sabbath, Hellhammer et Sodom dans un travail de reconstitution sonore qu’on ne peut que saluer, excellement mise en valeur par la production claire d’Ole Ovstedal.
L’ombre de Tom Warrior plane à de nombreux moments, tant par le chant écorché que par le côté brut et granuleux des guitares ('Siberian Thaw', 'Deeply Rooted', 'The Dry Wells Of Hell').
Si l’opus précédent faisait la part belle aux années 80, cette nouvelle livraison n’hésite pas à plonger dix ans en arrière via quelques emprunts au rock progressif propres à cette décennie (le break central de 'Siberian Thaw', l’instrumental 'So I Marched To The Sun', le passage en son clair de 'Eat Eat Eat Your Pride'). Le son très organique de la batterie et le jeu parfois jazzy de la basse viennent corroborer cet état de fait.
Cette cuvée 2026 se referme sur 'Eon 4', qui reprend le thème des volets précédents en lui ajoutant une dimension plus emphatique via ce chant déclamé et théâtral du plus bel effet, qui n’est pas sans rappeler Attila Csihar. A la fois retour aux sources et exploration de nouveaux horizons, ''Pre-Historic Metal'' vient confirmer le statut unique d’un Darkthrone qui a su se réinventer sans se compromettre. Bravo et merci à lui.