Si vous prenez votre plaisir à un déploiement de technique pure, foncez vers "Omegon". Mais si vous attendez plus qu'une performance époustouflante mais désincarnée, passez votre chemin.
L’ambition de Wormed avec cet album – le quatrième de leur discographie après « Planisphaerium » (2003), « Exodromos » (2013) et « Krighsu » (2016) – est courageuse et s’inscrit dans une tendance qu’on retrouve assez largement sur la scène Metal : conquérir l’espace. Pour reprendre directement leurs mots, qui ne sont finalement qu’une redite de la conquête de l’Ouest version galactique, l’espace est « la dernière frontière » et cet nouvel opus se veut un « space opera » qui rassemble « extraterrestres » et « méta-humains » dans une guerre nanotechnologique contre Krighsu, le destructeur de vie.
Je vous rassure, nous parlons bien du dernier album de Wormed et non pas du prochain film du MCU (on serait en droit de se poser la question) ; mais celui-ci s’annonce aussi clivant que les films Marvel… Avec des titres comme ‘Pleoverse Omninertia’, ‘Virtual Teratogenesis’ et ‘Omegon’, les musiciens affirment leur volonté de s’ouvrir à des créations plus accessibles et atmosphériques. Ces morceaux reprennent une structure plus classique avec une introduction, un cheminement vers le climax puis une redescente de conclusion. Ils permettent également de profiter de chaque ligne instrumentale, loin de l’effet d’amoncellement qu’on trouvera sur les autres compositions de cet album.
Par comparaison, ‘Automaton Virtulague’ est un choix d’ouverture très incongru. L’auditeur se retrouve brutalement plongé dans une masse sonore étouffante d’où seule la batterie tire son épingle du jeu grâce au mixage qui la met en avant (tout en donnant à ses toms de drôles de sonorités, mais passons). ‘Pareidolia Robotica’, ‘Aetheric Transdimensionalization’ et ‘Gravitational Servo Matrix’ s’inscrivent dans le même chaos déchainé. Si on applaudit la dextérité des musiciens, on reste de marbre devant ces offrandes désincarnées. Les rythmiques sont d’une complexité folle, la guitare multiplie les envolées, la basse semble inarrêtable mais point de passion ni de ressort dramatique dans cette affaire.
Heureusement que ‘Protogod’ et ‘Pleoverse Omninertia’ viennent faire la jonction entre ces deux extrêmes dont on vient de parler parce qu’on ne s’y retrouverait pas sans eux. Ces deux morceaux ont l’avantage de conserver le côté vicieux et effarant de technique qu’on a évoqué un peu plus haut sans sacrifier la structuration mentionnée en ouverture. Ils sont relativement compréhensibles et mettent en valeur un fantastique break pour le premier et un groove phénoménal ainsi qu’une ligne de guitare entre Melodeath et Prog pour le second. Mais quel dommage qu’ils arrivent aussi tard dans la tracklist ! Wormed risque de décourager beaucoup de curieux, voire même d’amateurs du genre avec ce genre de choix.
Vous l’aurez donc compris, « Omegon » n’est pas à mettre entre toutes les mains… D’ailleurs, et pour être totalement honnête, on est même en droit de se demander s’il doit être mis dans des mains tout court en dehors de celles des membres du groupe tant l’impression dominante est qu’ils ont composé, joué et enregistré ces titres pour le seul plaisir. Dans cette course à la performance, ils semblent s’écoutent jouer dans une frénésie désincarnée et déconcertante. Certes, la technique est bluffante, au point d’en être effrayante, mais est-ce suffisant pour compenser l’absence quasi-totale d’engagement émotionnel ? Chacun se fera son idée.