De manière assez instantanée, l'ensemble flatte l'oreille et les mélodies se déploient avec sobriété et élégance, Vikram Shankar agrémentant avec une économie de moyens remarquable, les mélopées mélancoliques de Tom S. Englund.
Il est des noms qui évoquent d'emblée des choses, des choses pas gaies mais qui excluent pourtant toute violence, toute tempête et ce au profit d'une bise puissante et pas vraiment inamicale. Silent Skies fait cet effet-là et nous sert ainsi un ''Nectar'' aux effluves entêtantes et quelque peu déroutantes lorsque l'on se penche sur le pedigree du duo constitué de Tom S. Englund et de Vikram Shankar. Partenaires de jeu dans Redemption, les compères, qui officient habituellement dans un métal prog musclé à haute teneur technico-technique mais parfois désincarné, opèrent ici un virage abrupt et radical.
Un piano délicat et parcimonieux, une voix ronde et maîtrisée, n'en jetez plus, vous avez compris, de lacérations sonores il ne sera jamais question présentement. Il n'est d'ailleurs pas exclu que cela ne désarçonne les moins tolérants d'entre vous, il serait pourtant dommage de ne pas essayer d'apprivoiser les bouffées vaporeuses et minimalistes servies sur un plateau par deux musiciens en quête d'apaisement.
La première piste 'Fallen From Heart' donne le ton. Il y a dans ce morceau les ingrédients de base de l'album, album qui de bout en bout sera un éloge de la lenteur et de la retenue. De manière assez instantanée, l'ensemble flatte l'oreille et les mélodies se déploient avec sobriété et élégance, Vikram Shankar agrémentant avec une économie de moyens remarquable, les mélopées mélancoliques de Tom S. Englund. Il est désormais acté que les chanteurs de métal sont techniquement très au point, le bonhomme ne fait évidemment pas exception et prouve, s'il était besoin, qu'il possède décidément un organe polymorphe qu'il parvient à adapter à toutes les ambiances fussent-elles doucereuses en diable.
Feutrée, et somme toute tenante d'une certaine sobriété, la voix de Tom S. Englund préfère à l'esbroufe une justesse patiente et délicate. Dans cet univers musical dépouillé d'oripeaux, le voilà parfois quasiment a capella ('Taper'), seul porteur d'une émotion joliment mise en scène. On pense à certains morceaux de Sylvan, l'emphase en moins cependant car jamais Silent Skies ne haussera le ton en demeurant fidèle jusqu'au bout à cette flânerie un peu austère. De temps à autre toutefois, le duo se permet une petite fantaisie en saupoudrant sa belle neurasthénie de nappes de clavier ou de cordes lancinantes et discrètes ('Leaving') voire d'une batterie lointaine toute étonnée qu'on fasse appel à elle ('Cold').
D'aucuns seront peut-être plus gênés par les accents légèrement pop qui parsèment le répertoire du duo, ce dernier ne s'interdisant jamais d'explorer toutes les nuances musicales dont certaines sont capables de satisfaire bon nombre d'ondes radiophoniques. A ce titre, 'Let it Hurt' ou 'The One' feront grincer quelques dents aux moins bienveillants, les autres s'en moqueront et savoureront la joliesse du propos.
Inattendu mais parfaitement maîtrisé, le projet des deux bonhommes s'avère particulièrement intéressant à condition toutefois de troquer son appétit de bruit métallique par une boulimie de silence céleste. Dans ce cas-là, l'Ether est à vous.