Si "Dormant" reste un succès c'est parce que ses morceaux, pris séparément, sont délicats, complexes, émouvants et incarnés ; mais assemblés comme ils le sont ici, leur force s'évanouit et ne risque de laisser qu'un vague souvenir.
Silent Skies est le projet commun de deux musiciens qui n'ont plus rien à prouver : Tom S. Englund (Evergrey) et Vikram Shankar (Redemption, Lux Terminus). Le duo a déjà sorti deux albums, "Satellites" (2020) et "Nectar" (2022) et le tout nouveau "Dormant" vient compléter cette discographie !
Cet album s'ouvre avec beaucoup de douceur grâce à 'Construct', une composition electro minimaliste qui met en avant le timbre de Tom S. Englund dans tout le relief qu'on lui connait avant de gagner en complexité avec l'ajout de lignes instrumentales. Plus sensible, voici 'New Life', un morceau également plus juste dans la place qu'il fait d'un côté à la performance vocale et de l'autre au piano de Vikram Shankar. Les orchestrations apportent une tension dramatique à l'ensemble qui a de quoi donner des frissons... 'Churches' semble se diriger dans la même direction avec toutefois des airs de chanson de Phil Collins qu'il faut souligner !
Dès les premières notes de 'Just Above the Clouds', l'auditeur comprend où Silent Skies veut l'emmener et se laisse emporter par ce titre qui emprunte autant aux musiques de films d'animation japonaise qu'aux groupes Folk les plus contemporains. Malheureusement, la magie des débuts s'efface peu à peu lorsqu'on comprend que Silent Skies n'a pas grand chose d'autre à offrir que ça. Oui, les compositions sont belles et sensibles mais si elles s'enchaînent sans rien pour les contraster, elles perdent de leur puissance. Soulignons quand même les jeux rythmiques sur 'Reset' qui précède la moins intéressante "Tides".
Avec 'The Real Me', Silent Skies nous offre une création plus intéressante dans les superpositions vocales qu'elles proposent en réponse à une ligne mélodique qui évoque la pluie qui tombe. Autre variation qui mérite d'être relevée : 'Light Up the Dark' prend des couleurs plus Pop très réussies ! On ne s'attarde en revanche pas sur le morceau éponyme qui n'apporte rien de plus à cet album et qui aurait mieux fait de s'inspirer des nuances de 'The Last on Earth' qui pourrait presque être une musique de film. Par contre, je ne m'explique pas comment 'The Trooper' (cover d'Iron Maiden) peut figurer en bonus alors qu'il s'agit de l'un des meilleurs morceaux de "Dormant" (ce qui est moins le cas pour 'Dancing in the Dark' (Bruce Springsteen) et 'Numb' (cover de Linkin Park), comme quoi il vaut mieux de pas s'attaquer à certaines compositions) !
Si "Dormant" reste un succès c'est parce que ses morceaux, pris séparément, sont délicats, complexes, émouvants et incarnés ; mais assemblés comme ils le sont ici, leur force s'évanouit et ne risque de laisser qu'un vague souvenir. Mon conseil est donc d'égrener l'écoute de cet opus au fil du temps et au rythme d'un ou deux titres par jour pour pleinement les apprécier et leur rendre justice.