Mayhem. Plus qu’un nom. Un emblème, une référence, un soleil noir dans une galaxie black metal qui lui doit tout ou presque. Une créature protéiforme aujourd’hui quadragénaire dont la résilience ne peut que susciter admiration et respect. Blessée dans sa chair, meurtrie, trahie et mise en sommeil forcé, l’entité norvégienne s’est toujours relevée, plus motivée que jamais. Aujourd’hui forte d’un line-up stable et d’un précédent opus qui revenait aux fondamentaux, la formation d’Oslo nous fait don de sa dernière offrande, un ''Liturgy Of Death'' à l’ambition clairement affichée.
Suivant la voie tracée par son prédécesseur, ce nouveau recueil en approfondit la trame, affine les contours et soigne le décor. Le diable se cache dans les détails dit le proverbe. Ici ils sont légion et se révèlent au fil des écoutes.
S’ouvrant sur une intro cinématographique aux sons inquiétants, 'Ephemeral Eternity' installe d’entrée de jeu une atmosphère lourde et malsaine qui hantera l’auditeur jusqu’à la dernière note de l’opus. Le son, clair et puissant, permet d’apprécier chaque note, chaque respiration, et donne l’impression de se trouver dans la même pièce que les musiciens.
La violence pure reprend ses droits avec le furieux 'Despair' et le malsain 'Weep For Nothing', qui suinte la misanthropie par tous ses pores.
La paire Teloch/Ghul, plus complémentaire que jamais, tricote du riff à l’envi, entre tremolo picking imparables et dissonances désormais marque de fabrique du combo. De rares soli, à la pertinence indéniable, apportent un semblant de chaleur à un black metal froid et sans concession ('Aeon’s End', 'The Sentence Of Absolution').
La section rythmique, véritable épine dorsale du groupe, se montre irréprochable. La basse de Necrobutcher gronde comme si la colère d’Odin s’abattait sur le monde des hommes. La frappe d’Hellhammer impressionne par sa vélocité et sa précision chirurgicale. Ses blasts supersoniques apportent une dynamique supplémentaire à une œuvre qui n’en manque pourtant pas ('Funeral Of Existence', 'Realm Of Endless Misery').
Il est bien évidemment impossible de passer sous silence la performance d’Attila Csihar. Pièce maitresse du combo, ce dernier livre une performance à la hauteur des attentes des plus exigeants. Modulant sa voix à l’envie, entre grognements sourds, envolées lyriques et didjeridoo humain, le vocaliste charme, envoute et perd l’auditeur dans des méandres de ténèbres cauchemardesques. Ici, l’artiste touche au sublime et il nous tarde de voir certaines de ces pièces prendre vie sur scène.
Loin de se reposer sur ses lauriers, le gang d’Oslo innove et ose, jusqu’à cet improbable final tribal sur 'The Sentence Of Absolution', qui vient refermer un septième opus déjà entré dans la légende.
Mayhem. Plus qu’un groupe. Une religion.