Otep se forme à Los Angeles en 2000 avec le projet de défendre les couleurs du Nu Metal engagé, ce qu'incarne la leader, Otep Shamaya et ses multiples combats. Avec déjà deux EPs et sept CDs, le groupe a pu se faire une place sur la scène américaine, ce qui lui permet de délivrer de nouveaux messages puissants avec « Kult 45 » qu'on découvre sans plus tarder !
« Hail To The Thief » est une introduction qui prend la forme d'une musique de fanfare accompagnée d'extrait de discours radio, puis une voix robotique annonce l'explosive « Halt Right », très dansante et qu'on pourrait considérer comme héritière directe des grands tubes de Rage Against The Machine, autant dans la composition que dans le discours. La basse d'Andrew Barnes et le rap d'Otep Shamaya tiennent le premier plan, soutenu la guitare et la batterie ponctuellement. « Molotov » est un titre tout aussi entraînant, grâce à une rythmique très groove, et engagé, ce qu'on comprend mieux en se penchant un peu sur la leader et chanteuse du groupe, Otep Shamaya, connue pour son activisme en faveur des droits LGBT et de la protection animale. Avec « Said The Snake », le groupe semble nous orienter vers quelque chose de plus posé, atmosphérique et expérimental, ce qui est d'autant plus appréciable qu'on pouvait croire que « Kult 45 » allait être un simple album de Nu Metal, sans aucune prise de risque. La guitare d'Ari Mihalopoulos tisse une mélodie qui s'enroule autour de nous et pénètre chaque parcelle de notre corps. Avec une rythmique aussi efficace, on ne s'étonne pas d'headbanguer aussi rapidement ! Le discours qui ouvre « Undefeated » et se transforme en parole a tout pour motiver, d'autant plus que l'accompagnement reste léger et met la voix en avant.
Le ton de « Trigger Warning » semble être plus sombre que ce qu'Otep nous a montré jusque là, et ce n'est pas Andrew Barnes, derrière sa basse, qui va nous dire le contraire. La chanteuse module sa voix pour la faire plus rocailleuse, ce qui n'est pas sans rappeler certains titres d'In This Moment, dans un style certes très différent. Après des titres énergiques comme « Halt Right » et « Molotov », les musiciens font preuve de créativité en nous emportant dans des paysages musicaux plus posés mais tout aussi forts. « If Mary was only fourteen when she had Jesus, what does that make God? » : en s'ouvrant sur une phrase aussi lourde de sous-entendus, je vous laisse deviner de quoi parle « Cross Contamination » et, pourquoi pas, aller y jeter une oreille ! Avec « Shelter In Place », le groupe nous ramène vers du Nu Metal plus lourd et traditionnel. Sans y retrouver l'énergie solaire des premières chansons de l'album, on y retrouve cependant la même détermination et le même schéma de composition. Le beat se fait plus Electro sur « Boss », un hymne à la femme forte, et ça fait du bien ! Si ce discours émerge avec plus de force depuis quelques années, Otep Shamaya s'est toujours engagée pour le respect de tous et continue d'affirmer haut et fort ses idées. Le message est d'autant plus appréciable que la place des femmes dans le Metal reste un sujet de discussion entre frontwomen puissantes et femmes-objets du désir masculin (un débat que nous ne développerons pas dans cette chronique). « To The Gallows » n'apporte rien de réellement transcendant à l'album mais reste une chanson pleine de fougue et qui a toute sa place sur « Kult 45 ».
A nouveau, le groupe nous propose une petite transition avec le discours de « Sirens Calling », sur un fond de sons qui veulent sans doute évoquer le monde sous-marin autour du message suivant : « You are worthy of love ». Avec « Invisible People », la critique reste la même que pour « To The Gallows » puisqu'Otep continue de nous prouver qu'ils maîtrisent tous les ingrédients qui font un tube de Nu Metal : ligne rythmique puissante et dansante assurée par le duo basse-batterie d'Andrew Barnes et Justin Kier, guitare saturée plus rythmique que mélodique et qui intervient ponctuellement, voix oscillant entre chant, rap et scream pour porter des revendications fortes ; néanmoins, le morceau demeure assez classique. Ce manque d'originalité est corrigé par la très belle « Be Brave » qui repose sur un duo chant et piano, parfois accompagné de nappes de cordes. Cette balade de l'album est d'autant plus mise en valeur qu'elle est la seule de l'album. La chanteuse semble renoncer à son armure et s'ouvrir avec plus d'émotions à son public. Et on finit avec « Wake Up », une chanson encore une fois dans la veine traditionnelle du Nu Metal mais avec un petit côté old school qui n'est pas du tout déplaisant.
« Kult 45 » est un album relativement complet puisqu'Otep nous y propose des hymnes aux messages forts comme des ballades ou des morceaux plus expérimentaux qui flirtent avec des atmosphères très diverses et riches. L'identité du groupe reste extrêmement solide, portée par sa frontwoman, Otep Shamaya, qu'on ne saurait trop remercier d'élever ainsi la voix !