Premièrement, parce que l’album qui nous intéresse ici fait suite à « Pilgrim », lequel date tout de même de 2018, soit cinq ans.
Il faut dire que le trio de prog-doomsters a rencontré plusieurs obstacles qui font bien comprendre que décidément, « quand ça veut pas, ça veut pas ».
Tout d’abord, le cadeau fait à la planète par un fin gourmet amateur de pangolin faisandé a coupé net -confinement oblige- l’élan créatif des camarades. Lesquels se sont tout de même retroussés les manches sans rechigner, et sont rentrés en studio pour l’enregistrement d’une œuvre copieuse (9 titres pour plus de 75 minutes, selon les plans)
Le hic, c’est que nos amis sont ukrainiens, et il a fallu que le voisin russe décide d’envoyer ses bidasses envahir le pays pour à nouveau stopper -définitivement- les ardeurs du trio pour cette fois.
Qu’importe, nos amis ayant la tête dure et la foi chevillée au corps, décident – non sans avoir pu tester leurs nouveaux titres lors de quelques festivals européens – de sortir le fruit de leur travail, histoire d’adresser un franc doigt d’honneur à Vlad l’emmerdeur et ses cosaques.
Deuxièmement (pour ceux qui ne suivent pas, il y avait un « premièrement » en début d’article), parce que le doom stoner prog des slaves est diablement intéressant. Le psychédélisme cher à des formations telles que The Vintage Caravan ou Mos Generator (dont le grain de voix du chanteur Tony Reed est très proche de celui d’Igor Sydorenko, tiens…) se mélange au Doom du Black Sabbath originel, même si parfois des singularités pointent le bout de leur nez. Certains passages évoqueront U2 (le solo de« Thoughts and Prayers ») ou le Pink Floyd version Syd Barrett (« Get what you deserve »).
Le gros morceau de l’album (« Season of The Witch”, presque 12 Minutes, tout de même…), plombé au possible, bascule soudain vers un rock psyché au rythme plus urbain et légèrement funky.
Enfin, le titre introductif éponyme vient arpenter des plaines sonores plus folky/ grungy.
Il est donc exclu de craindre la moindre lassitude lors de l’écoute, le trio ne rechignant clairement pas à varier les climats et les angles.
Servi par une mise en son organique et vintage, « Father Light » fait assurément partie des albums à ne pas laisser passer. Il est une preuve supplémentaire de la vitalité de la scène musicale ukrainienne, ce qui n’est pas une mince affaire au regard de l’actualité.