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Diabolica

Morbid Domi
Journaliste (Belgique)

Iron Mask

"Avec «Diabolica», Iron Mask a dépassé sa simple acmé musicale pour nous pondre un véritable chef d'oeuvre ayant place au panthéon du Power mélodique de grande envergure.
12 titres
Hard Rock
Durée : 75
Sorti le 30/09/2016
7566 vues
En matière de Power mélodique et néo-classique, lorsque nous pensons aux pays d’origine des plus grands groupes du genre, notre esprit clame sans doute : « Italie, Suède, Finlande, Allemagne ».
En vue d’éviter tout incident diplomatique avec mes cousins Français, je puis considérer qu’Heavenly, effectuant du bon boulot en la matière, peut faire glisser la France dans la prestigieuse liste des terres à vivier « es » power de belle facture. Ben oui, Fairyland aussi est un projet bien sympa même si les deux ambassadeurs « Gaulois » n’ont plus rien sorti depuis 2009.

En cette année 2016, riche en bien bonnes sorties diverses, me voici contraint de rajouter à ladite liste, un tout petit pays ô combien grand dans mon cœur, la Belgique.
Figurez-vous que le groupe qui nous occupe dans la présente chronique, en est originaire.
Iron Mask nous vient de Bruxelles, sous la forme d’un très « chouette » projet lancé en 2002 par Messire Dushan Petrossi, guitariste émérite, possédant aussi le don de créer de solides arrangements symphoniques ainsi que de vous écrire d’épiques paroles.
Vous l’aurez compris, cet artiste bien complet, est sans doute aussi un monstre vertueux du travail. C’est que le Dushan était déjà bien investi dans un projet plus ancien, Magic Kingdom, créé lui en 1998.
Bref, le « mestre » souhaitait nous écrire d’autres mélodies sous une autre entité masquée de fer.

Dès la genèse de la création, les albums vont se succéder « Revenge is my name » en 2002, « Hordes of the brave » en 2005, « Shadow of the Red baron » en 2009, « Black as Death » en 2011 et « Fifth son of Winterdoom » en 2013.
La presse spécialisée fut très rapidement séduite par l’œuvre, y évoquant quelques similitudes avec des groupes de l’envergure de Malmsteen, Riot, Iron Maiden, Scorpions, Rhapsody, Angra, Stratovarius, et j’en passe. Nous conviendrons que c’est déjà pas mal.
Au niveau qualitatif, carrière musicale fut cotée entre 6 et 7,5/10 ; la plus belle cote ayant été enregistrée pour leur dernier album « Fifth son of Winterdoom ».

Depuis, l’eau a coulé sous les ponts, l’été nous a apporté de maigres récoltes horticoles alors que la rentrée scolaire de septembre allait nous réserver une grande surprise ; hé oui, un sixième album dans l’escarcelle avec un titre ravissant le fan de Black et Death sommeillant en moi, « Diabolica ».
Je brûlais de découvrir ce nouvel opus d’un groupe ô combien trop comparé à d’autres, même s’il s’agit de la crème de la crème.

Me disant qu’il convient de nous méfier des stéréotypes, même positifs, il convenait méthodologiquement d’effacer mon disque dur de mémoire humaine pour me glisser dans l’univers Iron Maskien, tel notre candide de Voltaire.
Hop, 5 écoutes pour apprivoiser la bête. Une seule me suffira pour réaliser que le produit m’apportait bien des sensations diverses. Lorsqu’un Français se dira, «Ce groupe tue, il est de quelle région ? », un belge se dira « Wow, on a ça en Belgique !!! Incroyable !!! ».
Les premières pensées furent : « Mélodies imparables, technicité de haut standing, chant excellent,… »

A qui donc devons-nous telle magie créative ?
Si Dushan est une cheville ouvrière du combo, l’alchimie se crée avec les autres artistes. On retrouve le comparse de Magic Kingdom, le bassiste Vasiliy Molchanov, fidèle au poste depuis le début. A la batterie, Ramy Ali, notre Jordanien préféré, déjà connu au sein de Freedom Call depuis 2013 et officiant encore dans 4 autres formations. Je passerai aussi ses expériences passées. Le type, il a du métier. Au chant, poste bien délicat à occuper au vu de la richesse musicale des comparses, l’Argentin Diego Valdez, 45 ans et tout fraîchement arrivé chez Iron Mask. Dans la scène Heavy Metal argentine, el Señor Valdez est connu au sein de la formation « Helker » ainsi que chez « Electronomicon », projet plus mélodique avec des Ricains.

Encore 6 écoutes avant de tenter de retranscrire le contenu.
Ne tergiversons pas, j’ai toujours eu comme ligne de conduite de dire les choses en toute franchise sans « emballage », sans fioritures intéressées. Ce Diabolica est le plus bel album de Power mélodique que j’ai écouté durant l’année 2016.
Second constat, Iron Mask a produit un véritable chef d’œuvre musical.
Troisième constat, il n’y a pas un seul titre à jeter, c’est prenant de bout en bout, captivant. Mon âme vacille au gré des notes.

Soyons concret et objectivant.
L’album démarre avec «I Dont Forget I Dont Forgive » qui est digne d’un Helloween de la plus belle époque, avec riffing magistral, coloré de speed, jeu de basse hyper dynamique, batterie bien énergique et la découverte d’un chanteur au timbre merveilleux. Je le dis clairement, le sire Valdez m’apparaît être le chanteur perle idéal pour Iron Mask. C’est la voix. Le refrain est simple et mémorisable aisément. Imaginez en concert la foule reprendre en chœur le slogan.

Second morceau, « Doctor Faust », nappé d’un espace symphonique bien dosé, de riffs accrocheurs, d’un fond de synthé bien agréable et légèrement atmosphérique, vous emmène dans une dimension bien épique. Le chant est habité, c’est plein de vie. Le refrain est plus complexe, car construit en plusieurs temps jusqu’au paroxysme qui vous prend l’âme, sans pourtant avoir pactisé avec le Diable. A la 4ème minute, un chant féminin féérique vous embrasse, ce retour au calme est de toute beauté. Vous ressentez une certaine félicité. On redémarre ensuite dans un style Stratovarius…pour tomber dans la 6ème minute dans un riffing grandiose de Thrash à la Metallica. Ce morceau est d’anthologie.

Point de répit, « Galileo » arrive déjà pour vous ravir…sous un début médiéval qui se renforce de modernité Thrashy. Les mélodies sont géniales, le refrain est énorme. Une perle parmi les perles. Là, je vous mets au défi de ne pas chanter avec Diego (vachement libre dans sa tête).

S’ensuit « Oliver Twist » qui eût pu être créé par Nightwih ou Epica. Le rythme est soutenu, on ne se lasse pas, c’est plein d’énergie, le power n’est pas usurpé. Le refrain est un petit cran en dessous des 3 premiers morceaux. Cela dit, le cran est déjà bien hautement placé. La basse ronronne, les guitares sont fluides, la batterie se lâche littéralement.

« March 666 » se lance dans un style plus lourd, plus mid-tempo. Le chant se module dans un style retranscrivant la souffrance. Les artistes se lancent alors à l’unisson dans un chœur qui apporte une sorte d’éclaircie sur l’ensemble. Il s’agit du morceau le plus noir de l’album et du coup, qui vole bien dans l’emphase avec le sujet. Surprenant dans le sens positif.

La 6ème plage nous dévoile un véritable joyau « All for Metal ». Le refrain est magnifique et digne d’un Manowar en grande forme « Kingdom Come » sans usage du timbre aigu. Nous ressentons ici une forme de recueillement, d’ode au Dieu Métal qui rayonne sur nos vies. A la 3ème minute, le mini solo vous coupe le souffle. Il est simple d’apparence mais relève d’une haute technicité.

Le 7ème morceau «The Rebellion Of Lucifer » est titanesque, bien construit, dans un registre plus viril. Ce morceau me transporte dans l’univers de « Savatage » mais sous griffe bien Iron Maskienne. Magnifique moment d’écoute appuyé par une batterie bien martiale. Lucifer en personne ne peut qu’être ravi d’un tel hommage.

Et c’est au tour du titre éponyme. Sa force réside dans un refrain grandiose qui vous plonge cette fois dans l’esprit Dream Theater « Metropolis partie 2 » Fatal Tragedy en 1999.

Le 9ème titre « The First And Ther last » brille par son aspect mélodique. Le chant est modulé dans un registre légèrement différent des autres plages. Quelques riffs techniques viennent consolider les bases sans opter pour une approche pompeuse. Brillantissime.

Sur « Ararat », je suis encore plus touché, coup de cœur. Le morceau vous prend dans une spirale quasi progressive. Le chant rayonne, vous chauffe l’esprit. Le refrain se poncture d’une note de douceur. Le spectre Savatagien réapparaît, souvenez-vous ce génial « Edge of Thorns » car on est bien dans un hit digne de ce niveau hors-norme. Les orchestrations de fond accentuent la profondeur du voyage. On ne peut qu’être béat ou alors, vachement chiant si on n’accroche pas sur telle majesté.

Sur « Flying Fortress », nous versons davantage dans un Heavy classique de la grande école US. Bien que ce morceau soit énorme, il me semble être le plus faible de l’album tout en gardant la particularité de nous montrer un tout autre potentiel chez nos artistes.

Cerise sur le gâteau, le 13ème titre « Cursed In The Devil's Mill », vous transporte pendant 14 minutes dans une contrée plus progressivo- épique, plus fouillée, haute en technicité. Le jeu de basse de Vasiliy est énorme. Il accompagne avec brio le jeu de guitare totalement éthéré et progressif, en roue libre, virevoltant dans les cieux. Le chant vient se poser dans un style toujours bien Dream Theaterien. Ce morceau est extraordinaire. C’est une sorte de titre rouleau-compresseur.

Nous comprenons que l’approche Luciférienne d’Iron Mask nous renvoie au symbolisme de celui qui détenait la connaissance, le savoir et ne pouvant s’en doter, vu que seul Dieu possède une telle prérogative. Il n’y a pas eu de diabolisation à outrance du Diable.

Nous comprenons surtout que cet album est un véritable chef d’œuvre, dépassant largement la simple acmé musicale.

J’ai bien envie d’exhorter le groupe à garder ce line-up coûte que coûte car nous avons là une véritable dream team qui apporte la plus-value absolue à la recherche d’Iron Mask.

Il conviendra sans aucun doute de cesser de comparer le groupe aux grands du genre, car nous voyons qu'il ne s'agit pas d'un digne ambassadeur mais bien d'un créateur singulier de grande classe.

Il me reste à vous inviter à découvrir l’œuvre de toute urgence, vous les amoureux de vraie et belle musique. Ce voyage risque fort de vous immerger dans une profonde béatitude qui s’effacera vite pour laisser place à de l’admiration.
Oui nous avons cela en Belgique.
Oui, nous pouvons maintenant ajouter la Belgique à la liste des pays nourrissant le panthéon du Power mélodique néo-classique.

En conclusion, avec «Diabolica», Iron Mask nous montre sa meilleure cohérence depuis ses débuts, sa plus belle technicité, ses meilleures compositions et, mieux encore, sa capacité d’avoir enfanté d’un véritable chef d’œuvre devant aller siéger sur le trône des plus grands albums de Power mélodique.

Morbid Domi (Octobre 2016)