Un bel album mêlant force et fragilité, sans pour autant apporter une grande originalité au style déjà bien maitrisé, notamment par Alcest. Certains titres laissent néanmoins présager une certaine originalité. A suivre.
Nous sommes fin novembre, c'est bientôt Halloween à l'heure ou sont écrites ces lignes et le temps automnal est idéal pour s'imprégner de l'univers de Sylvaine.
Sylvaine est norvégienne et est une artiste multi-instrumentiste résolument tournée vers l'ambient, le post metal et le shoegaze. Elle compose, écrit, produit et interprète une grande partie de cet album intitulé ''Atoms Aligned, Coming Undone'', distribué par le label français Season Of Mist. Forte de deux albums, ''Silent Chamber, Noise Heart'' sorti en 2014 et ''Wistful'', sorti en 2016, l'artiste s'est entourée pour ce nouvel opus de Benoit Roux au mixage et à l'enregistrement, ainsi que deux musiciens de session, Stephen Shepard et Stéphane ''Neige'' Paut, connu pour être la tête pensante d'un grand groupe de post-metal shoegaze français : Alcest. Notons également que le magnifique artwork qui orne la pochette a été fait par le célèbre studio d'illustrateurs parisiens Fortifem, connu pour travailler avec de nombreux artistes de renom, tel que Emperor, Opeth, Behemoth ou encore Perturbator.
''Atoms Aligned, Coming Undone'' est composé de 6 titres ou se mêlent mur de son compact et effets sonores avec une atmosphère éthérée, légère, presque diaphane. Le résultat laisse place à une fragilité souvent reprise dans les textes des chansons, contrastant avec la force et la lourdeur de certains passages plus orientés metal extrême.
Autant le dire tout de suite, l'ombre des français d'Alcest est très proche, voire palpable, surtout en ce qui concerne leur (excellent) dernier album en date, ''Kodama'', sorti en septembre 2016 chez Prophecy Prod et qui marquait le retour du chant black et des compositions plus extrêmes au sein du duo français. Etant adepte d'Alcest, les sentiments qui découlent à l'écoute de ce ''Atoms Aligned, Coming Undone'' sont très similaires et cette dualité ombre/lumière se retrouve beaucoup dans les compositions musicales de Sylvaine. Alcest ayant placé la barre très haut dans le post-metal shoegaze, l'univers musical de Sylvaine parvient à se différencier du travail des français ? C'est en tout cas une question que l'on peut se poser avant d'y prêter oreille, surtout lorsque l'on sait que Neige a collaboré sur cette galette.
C'est sur une ligne de basse que débute cet opus, teinté de quelques sons électroniques et de guitare, soutenu par la suite par un chant clair et éthéré. Bref, pas une grosse surprise, ce qui est dommage pour un titre d'ouverture, un peu d'inattendu donnerai envie d'aller plus loin aux auditeurs les plus blasés. Mais poursuivons.
Passé la longueur du premier titre, l'album s'ouvre enfin et alterne entre passages très positifs, chargé de son majeurs très purs et instrumentation plus lourde, comme sur 'Mørklagt', second titre qui fait la part belle aux passages très blackisants, mêlant blast beats et screams typiques, le tout noyé dans un flot continu de sons épurés tout en écho. Ce passage tombe à point nommé et vient contre-balancer le début de l'album, plutôt longuet et qui inspire une petite crainte sur la redondance de l'opus. Sur dix belles minutes, nous assistons à des changements d'émotions donnant un certain relief à ce joli titre.
Dans un autre registre et par opposition au précédent que nous avons cité, 'Worlds Collide' donne une belle mise en lumière à l'album. Le thème de la fragilité est bien mis en valeur avec des guitares en écho et un rythme lent. Le chant reste clair pendant toute la durée du morceau, qui parvient à se démarquer du reste.
Difficile de passer à côté de la virtuosité de la norvégienne car Sylvaine maitrise son sujet, que ce soit au niveau des instruments, de sa voix et des ambiances foisonnantes qu'elle nous donne à découvrir. Son but est de montrer dans sa musique la dualité des émotions les plus extrêmes et il est vrai que le pari est plutôt réussi. Un bel exemple est donné avec 'Abeyance' et son refrain rythmé qui contraste avec des passages black beaucoup moins lumineux, mais également avec 'Severance' et ses ouvertures violentes à couper le souffle, point culminant de l'album, dont le contraste est sacrément frappant. Encore un titre qui se démarque et qui parvient même à surprendre par sa violence, tout en restant très beau. Il y a là de quoi creuser pour les prochaines créations de la norvégienne !
La fin ('L'Appel du Vide') est une apothéose, sans violence, mais tout en puissance. Ici, Sylvaine illustre parfaitement son propos sur un morceau plein de contrastes. Le rythme est très simple, presque folklorique et nuancé par des nappes de guitares en écho donnant un côté assez mystique, par dessus lequel le chant clair (très juste) se pose. Un grand passage très épuré ou l'on entend seulement les guitares coupe le morceau en deux et les dernières minutes sont à elles seules un bel aperçu du talent de la musicienne.
Malgré un certain flou à la première écoute, un sentiment de ''toujours pareil'', la seconde écoute permet de mieux appréhender l'individualité des titres. Bien que certains soient assez redondants et peinent à apporter quelques originalités au style, l'ensemble est de bonne qualité et agréable à écouter. Le tout n'est pas d'une originalité flagrante pour un album de post-metal et concernant la question du début, les mélodies sont moins abouties que celles des français d'Alcest, mais Sylvaine y apporte plus de contrastes dans ses variations plus extrêmes (encore une fois : 'Severance'). Mais force est de constater que l'ombre du duo français plane trop souvent sur les morceaux, ce qui est dommage. J'ai néanmoins espoir que l'artiste poursuive sur sa propre voie et nous surprenne dans ses prochains opus ! A suivre donc.