Livré en pleine pandémie mondiale (mai 2020), « Obsidian » est le dernier véritable effort de Paradise Lost (On ne compte pas le faux live/répétition « At the Mill » et « Icon 30 », le réenregistrement pour l’anniversaire des 30 ans dudit disque). Début 2023, alors qu’on attendait un nouvel opus du quintette, c’étaient finalement le chanteur Nick Holmes et le guitariste Greg Mackintosh qui sortaient seuls du bois, avec leur projet parallèle exutoire Host, pour un premier méfait gothico-dance pop 80’s intitulé « IX ».
Présentement, pour son retour, le Paradis Perdu britannique a choisi l’ « Ascension » comme thème à son dix-septième album. Reprenant un tableau du peintre-sculpteur George Frederic Watts (« The Court Of Death » sur lequel une représentation allégorique de la Mort trône aux côtés d’autres personnages divers), la sublime pochette met d’emblée dans l’ambiance solennelle et mystérieuse voulue.
A l’instar des dernières réalisations, cette nouvelle offrande mêle et équilibre les différentes époques et styles du combo anglais. Le doom écrasant des premiers efforts côtoie la grandeur gothique de la période intermédiaire ('Sirens') ainsi que la lourdeur raffinée des productions récentes ('Serpent Of The Cross'). L’ensemble est tout aussi rétrospectif que tourné vers l'avenir ('A Life Unknown').
Grâce à un séquençage réfléchi, on navigue, avec subtilité et cohérence, entre passages lumineux et moments plus sombres. Si la tristesse ('Savage Days'), la mélancolie voire l’obscurité funèbre ('Salvation') sont au rendez-vous, la beauté et l’espoir effacent (parfois) la constante pesanteur et le désespoir. Les nuances (les nappes de synthés délicates en arrière-plan sur 'This Stark Town', la présence de piano pour 'The Precipice') et les accalmies (l’ouverture à la guitare acoustique de 'Lay a Wreath Upon The World') permettent de respirer.
Pour ses textes, une fois encore, Nick explore la vie, la mort, la spiritualité, la souffrance humaine avec cette noirceur poétique qui est la sienne. Alternant chant clair et vocaux plus graves (ponctués çà et là de quelques grognements), le natif d’Halifax fourni ici une des ses meilleures performances. De son coté, comme on n’est jamais mieux servi que par soi-même, Greg s’est octroyer la production (ici percutante et moderne), lui permettant au passage d’intégrer son instrument (lors des ses soli notamment) bien en avant dans le mix sans pour autant négliger les parties de ses partenaires.
Les deux têtes pensantes et leurs acolytes réussissent à tisser des mélodies qui s'ancrent profondément dans nos têtes que le tempo soit lent ('Tyrants Serenade') ou au contraire plus énergique ('Silence like The Grave'). Sombre et fascinant, « Ascension » place Paradise Lost au sommet de son art. On a là l'œuvre d'un groupe qui assume son parcours tout en continuant à repousser ses limites. MAGNIFIQUE.