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And As We Have Seen The Storm We Have Embraced The Eye

Baptman
Journaliste

Chapel of Disease

Chapel Of Disease marquent une rupture nette avec leurs productions précédentes, délaissant l'étiquette ''pur death'' pour nous faire remonter aux origines du genre, couplées à des ambiances black atmosphérique du plus bel effet.
6 titres
Death Metal
Durée : 47
Sorti le 23/11/2018
3974 vues
VAN RECORDS
''And As We Have Seen The Storm We Have Embraced The Eye''.

Derrière ce nom facilement mémorisable et que Nile n'auraient pas renié, se cache le 3ème album du groupe de death metal allemand Chapel Of Disease. Ce nouvel opus brise enfin le silence et suit ''The Mysterious Ways Of Repetitive Art'' (2015) et ''Summoning Black Gods'' (2008). Et quand on dit « suivre » on sous-entend chronologiquement uniquement.

En effet, la rupture artistique avec les albums précédents aurait pu difficilement être plus claire et nette. Rien à voir avec ''Summoning Black Gods'' qui était du death pur jus avec une production et une pochette bien 80s. ''The Mysterious Ways Of Repetitive Art'' annonçait quant à lui le changement de style qu'on constatera dans le nouvel album avec certaines éclaircies au milieu des riffs notamment, mais par comparaison il était beaucoup plus sombre dans ses ambiances, vraiment proches de celles du black métal. Et surtout, il était bien plus agressif (écoutez '...Of Repetitive Art' par exemple, une montée en puissance et en violence qui clôt de manière épique l'album). D'ailleurs, votre serviteur en profite pour vous recommander l'écoute de ''Mysterious Ways'', surtout si vous hésitez perpétuellement entre les cuissardes à pics ou le short camouflage au moment de vous habiller.

Revenons à l'album au nom interminable. Cette fois-ci, Chapel of Disease avaient visiblement envie de s'affranchir des codes implicites du genre pour proposer autre chose. Et cela se traduit d'abord visuellement grâce à la magnifique pochette d'inspiration impressionniste et qui convient très bien au côté ambiant de ''AAWHSTSWHETE'' (ça c'est de l'acronyme). Le logo du groupe n'apparaît plus, l'imagerie mystique a disparu. Le fait que le groupe ait choisi un paysage et un ciel couvert de nuages dont on pourra s'amuser à reconnaître les formes n'est pas du tout anodin. Ce choix pictural qui attire tout de suite l'attention est là pour rappeler l'aspect planant et ambiant qui règne dans l'album.

Motivés par un souci d'évolution qui les caractérisent depuis le début, le groupe a décidément choisi de tromper les attentes et de proposer un retour aux sources de leur genre musical d'expression, au mépris de l'étiquette pur « death metal » qu'on aurait été tenté de leur coller. Mais là où ils ont fait fort, c'est qu'ils sont parvenus pour autant à ne sacrifier ni l'énergie ni l'aspect épique de leur musique, qui au contraire s'en est vue magnifiée.

Dans le death metal au sens large, la surenchère dans la technique ou la violence et la floraison quasi-ininterrompue de sous-genres allant du trash au technical death/djent en passant par le grindcore, le doom, le blackened death et j'en passe, a tôt fait de nous en faire perdre de vue l'origine première : le rock et surtout le blues.

La proposition de Chapel of Disease est justement de nous rappeler d'où vient tout cela et de nous faire entendre les racines du death metal...dans un album de death metal. Et le pari est tenu. Prenez par exemple la première piste, 'Void of Words'. Au début, ça commence comme du death bien classique avec blast beat, growl et gros riff de guitare puis, tout à coup, on se retrouve avec un passage mid tempo repris soudain par un rythme typique rock'n'roll à la batterie qui donnerait presque l'impression d'écouter un groupe de shoegaze. On se laisse aisément surprendre.

La rythmique est la première responsable de ce ressenti. Vous savez, le fameux pattern : '' poum - ta - ta - poum - ta / poum - ta - ta - poum - ta '' qui sert de squelette à des milliers de morceaux rock 60s. On l'entend entre autres dans 'Void of Words' et dans 'The Sound of Shallow Grey', ce qui donne tout de suite un aspect retro aux morceaux et une couleur indie bien dans l'air du temps.

Dans d'autres titres les solos de guitare ressemblent plus à des solos de classic rock 70s - début 80s que de métal. L'exemple le plus probant est sans doute celui de '1.000 Different Paths', on se croirait dans du Deep Purple ou du Van Halen.

L'album est enfin résolument progressif dans sa construction : 6 pistes, 47 minutes, aucun morceau de moins de 6 minutes. On notera le choix de créer une continuité parfaite entre les deux premiers titres : 'Void of Words' et 'Oblivious - Obnoxious - Defiant' qui laisse présager un bon quart d'heure épique en concert ou encore les différents changements de tempo et d'ambiances qui sont assez nombreux dans le disque.

Le ressenti général de ''AAWHSTSWHETE'' est de fait, celui d'un album assez épique et grandiose.

Le côté épique est à mettre du côté des influences heavy metal, particulièrement audibles dans le titre 'Song Of The Gods' (dont le titre lui-même est épique).

L'aspect grandiose est suggéré, lui, par l'étendue des paysages sonores dépeints par les guitares réverbérées qui donnent l'impression d'avoir été enregistrées au fond du Grand Canyon. Dans un style qui a d'ordinaire l'habitude de compresser l'espace, Chapel of Disease au contraire ouvrent grand les fenêtres pour nous offrir un vaste panorama musical. Dans ''Mysterious Ways'', ils empruntaient au black metal de la première vague son imagerie et sa tension épique, ici, ils se rapprochent plutôt du black ambiant auxquels ils empruntent le côté évocateur et imagé. Chapel of Disease nous rappelle une nouvelle fois, mais d'une autre façon, que la frontière entre le black et le death peut être ténue.

Ce qui ressortira principalement d'une écoute de ''AAWHSTSWHETE'' par Chapel of Disease c'est le retour aux sources du death metal : le riff heavy rock des 70s et des 80s. Ce rappel, qui est amené de façon très juste et cohérente, nous conduirait presque à les programmer dans un festival indie rock tant c'est bien fait. Pour la pertinence de ce choix artistique comme pour la qualité de la composition et des ambiances black atmosphériques, et enfin pour la beauté de la pochette, on se doit de saluer ce ''And As We Have Seen The Storm We Have Embraced The Eye''.