WAYFARER
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Atmospheric Black/Folk Metal
Chroniques

A Romance With Violence
Julien Pingenot
Journaliste

WAYFARER

«Avec "A Romance With Violence", Wayfarer signe un excellent album de Black atmosphérique nous narrant cette sombre époque de la conquête de l'Ouest américain. »

7 titres
Atmospheric Black/Folk Metal
Durée: 45 mn
Sortie le 15/10/2020
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Les américains de Wayfarer reviennent avec leur quatrième album "A Romance with Violence". Wayfarer se forme en 2011 au sein de la très prolifique scène de Denver dans le Colorado. En effet, depuis une bonne dizaine d'année, Denver est devenu une ville incontournable pour tous ceux qui s'intéresse à la branche plus underground du Metal Extrême. Plusieurs groupes comme Blood Incantation, Primitive Man ou Khemmis pour les plus gros noms mais aussi Black Curse, Spectral Voice et Wayfarer viennent de là-bas et toutes ces formations partagent des membres en commun. Denver est devenu un petit noyau ultra créatif qui explore tous les styles possibles (Death, Black, Death/Doom, Heavy Doom, Black/Death,...). Bref, je ne peux que vous encouragez à vous plonger dans cette merveilleuse scène de Denver.
 
Donc Wayfarer, avec dans ses rangs le batteur de Blood Incantation, est un groupe de Black Metal Atmosphérique avec de légers éléments Folk et base son univers musical sur la conquête de l'Ouest amércain, ce qui est assez atypique.
 
Le monde du Far West est un monde très codifié. En effet, nombreux sont les films, romans voire jeux-vidéos ayant, au fil du temps, définis des principes qui ont façonnés tout le côté romantique du cow-boy allant de Calamity Jane à l'impitoyable Billy The Kid, du Far West et ses nombreux affrontements, bref, tout un imaginaire s'est développé autour de cette période mythique de l'Histoire américaine. L'album s'ouvre avec "The Curtains Pulls Back", qui nous plonge directement dans l'ambiance d'un saloon miteux et peu fréquenté au simple son d'une petite mélodie au piano. Puis sans crier gare, nous sommes sorti du saloon avec le dyptique : "The Crimson Riders, Gallows Frontier, Act 1" et "The Iron Horse, Gallows Frontier, Act 2", qui nous embarque dans une chevauchée folle qui ne prendra fin qu'avec le quatrième morceau "Fire&Gold" et nous laissera souffler quelque peu. "Masquerade of the Gunslingers" puis "Intermission" nous préparent au morceau somme de l'album, le magnifique et émouvant "Vaudeville".
 
Bon, le gros point fort de Wayfarer est son univers musical. En effet, en plus d'être original pour le genre, les américains arrivent à merveille à mélanger les genres et nous proposer un album très inspiré et original pour du Black atmosphérique. Ce mélange est premièrement perceptible dans le riffing qui emprunte autant aux tremolos typique du black metal, qu'à de l'Outlaw Country par exemple. Le premier riff de : "The Crimson Riders, Gallows Frontier, Act 1" illustre très bien ce mélange, d'un côté le riff est un peu syncopé et au ton entraînant de la country et est couplé avec la distortion et le tremolo du black. Le côté Outlaw Country est souvent mis en avant mais le moment le plus marquant et intense est toute la première partie de "Vaudeville". Pour faire vite, l'Outlaw Country est un sous genre de la Country, qui se veut plus minimaliste, sombre et se revendiquant de cette époque trouble qu'est la conquête de l'Ouest. Une des figures de proue du mouvement est l'immense Johnny Cash et en plus contemporain nous avons Colter Wall qui est vraiment excellent. Évidement le côté Far West est présent sur les différents interludes que sont "The Curtains Pulls Back" et "Intermission", ces derniers viennent grandement renforcer l'atmosphère globale de l'album.
 
Personnellement, je trouve que l'album à un côté cinématographique. En effet, nombreux sont les éléments propices à l'évasion, les divers samples, le riffing empruntant à foison dans divers autres genres musicaux. Ce qui renforce encore plus ce côté cinématographique, est sa narration. L'agencement des morceaux permet véritablement de s'imaginer une histoire grâce aux riffs galopants et intenses mais aussi aux différents chants permettant de s'imaginer différents protagonistes... et comment ne pas voir une référence à Ennio Morricone à la fin de "Vaudeville" où le chant féminin m'évoque l'immense "The Ecstasy of Gold", morceau figurant dans certainement le western le plus connu, "Le Bon, La Brute et le Truand".
 
La force du black atmosphérique est de nous plonger au sein d'ambiances prenantes tant musicalement qu'émotionnellement. Émotions en général assez propices à l'introspection et la remise en question de ce que l'on connaît, et avec "A Romance With Violence" nous sommes en plein dedans. En effet, le cinéma a glorifié le Farwest et rendu presque romantique la figure du cow-boy alors qu'en premier lieu les cow-boys ayant marqué l'Histoire était des criminels endurcis ne reculant devant rien et tuant sans sommation n'importe qui l'empêchait d'arriver à ses fins. Et sur l'album, Wayfarer dépeint une image plus juste de cette figure du cow-boy, il y a une de dureté de ton qui se dégage de la musique et nous parvenons assez facilement à se faire une image de l'époque dure et dangereuse que cela devait être.
 
Le spectre d'émotions est vaste, nous sommes complètement captivé avec le dyptique de "Gallows Frontier" qui nous fait ressentir l'intensité que peut être la vie de hors la loi, oscillant entre hold-up, cavalcade pour échapper aux forces de police ou encore que la mort est présente à tout instant. Le "bong" vers le milieu de "The Iron Horse, Gallows Frontier, Act 2" peut s'apparenter à un coup de feu ayant pris la vie d'un des protagonistes. Mais en dehors de cette intensité, l'excellent "Vaudeville" qui clôt l'album, nous emmène sur des terrains plus introspectifs et il se dégage de ce morceau une intensité très communicative. Multiples sont les éléments qui permettent cette intensité, le chant clair emprunt d'une certaine fatalité, le chant féminin qui magnifie cette fatalité et la rend difficile à supporter, mais aussi toute l'introduction du morceau en country pure, bref ce "Vaudeville" est une merveille et clôt de la meilleure des manières un album déjà très intense.
 
Pour conclure, cet album est une merveille et d'une richesse folle. Avec cet album, Wayfarer ne réinvente pas le sous genre du Black Atmosphérique mais arrive à y insuffler une énergie nouvelle et rafraîchissante. Pour être honnête, cela faisait longtemps que je ne m'étais pas pris une si grosse claque musicale.