Deux années après avoir sorti l'un des meilleurs albums de black atmosphérique de ces dernières années avec "A Romance With Violence". Le quatuor de Denver, Colorado, est de retour avec son quatrième album "American Gothic". Dire que j'attendais ce nouvel album est un doux euphémisme tant "A Romance With Violence" m'a marqué. Cet album est absolument parfait, de mon point de vue, tout y est ! De l'épique, de la noirceur, de la mélancolie et une beauté que seul le black peut convier. Et puis cette thématique de l'Amérique du Far West, de la conquête de l'Ouest et plus globalement de l'Amérique pré-industrielle est vraiment rafraîchissante et originale.
Pour ce nouvel album, Wayfarer délaisse l'impitoyable Far West et ses cavalcades enragées pour nous dépeindre un portrait de cette Amérique rurale, paysanne en déclin face aux multiples révolutions industrielles qui touchèrent le pays. La terre est sacrifiée au profit du progrès et d'industries avides de terrains. L'album s'appelle "American Gothic" comme le très célèbre tableau du même nom, peint par Grant Wood en 1930. Le tableau dépeint un fermier et sa fille posant devant leur maison et symbole d'un certain déclin de cette Amérique rurale.
L'album s'ouvre sur le prenant "The Thousand Tombs of Western Promise" qui, d'emblée, plante le décor et le ton de l'album. "American Gothic" se veut beaucoup plus sombre, moins romantique que son prédécesseur. Bien que se différenciant pas mal de "A Romance With Violence", on retrouve quand même ce riffing si particulier à Wayfarer. Riffing qui aux premiers abords peut paraître bordélique avec toutes ces différentes couches d'instruments se mélangeant mais au final il s'en dégage une puissance mélodique et mélancolique assez unique pour le genre. Des morceaux comme "A Cattle Thief" sont vraiment représentatifs de Wayfarer, à savoir, de longs morceaux évolutifs où une certaine forme de narration est très perceptible. Cette narration est notamment aidée par les puissants breaks dont Wayfarer à le secret. Le break de "The Iron Horse" sur l'album précédent est un des breaks dont je ne me remets pas encore aujourd'hui, cette cloche me hante encore toujours. Et ce nouvel album n'est pas en reste, comme avec le puissant "The Cattle Thief".
Bien qu'estampillé black metal, sur ce nouvel album, le groupe a vraiment beaucoup plus appuyé le côté folk, déjà bien présent dans sa musique. Mais sur "American Gothic" la présence de chant clair, guitare sèche ou tout autre éléments comme ce piano sur "False Constellation" démontre une volonté des américains de se démarquer et s'ancrer beaucoup plus dans cette culture rurale et paysanne américaine.
Je trouve ce nouvel moins facile d'accès que son prédécesseur. En effet, "American Gothic" met moins l'emphase sur le côté épique et mélodique de ses compositions pour venir appuyer une atmosphère plus sombre et désespérée. Je fus le premier surpris, moi qui m'attendais à un album dans la continuité de "A Romance With Violence". Mais l’amertume de ma première écoute disparaît très rapidement lorsque les écoutes s'enchaînèrent et que tout le spectre musical de Wayfarer se déploya dans mes oreilles. Le story-telling est toujours aussi bon, et il est facile de se perdre dans ces nappes musicales aussi belles que tristes.
Ce nouvel album des américains est une fois encore un vrai plaisir d'écoute. Bien que faisant encore plus muer sa vision du black, Wayfarer nous délivre un album sombre, prenant et empli d'une nostalgie certaine.