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À Fleur de Peau

CARMZIOFA
Rédacteur en Chef

Tagada Jones

Synthés, pop électro et colère intacte : Tagada Jones ose sortir de ses rails sur ''À Fleur de Peau'', un disque court et brûlant
11 titres
Punk Hardcore
Durée : 35 minutes
Sorti le 02/10/2026
26 vues
Trente-cinq minutes, onze titres, aucun au-delà de quatre minutes : voilà le format que Tagada Jones s'est imposé pour revenir avec un vrai disque studio, six ans après ''À Feu et à Sang''. Entre-temps, les Rennais ont fêté leurs trois décennies avec ''TRNT'', un best-of qui regardait forcément dans le rétroviseur.

Le quatuor de Niko, Stef, Waner et Job annonce cette fois une nouvelle identité visuelle et des sonorités inédites, et il a choisi un fil conducteur clair, la jeunesse et le fardeau que notre époque dépose sur ses épaules. "Sans préparation, les jeunes affrontent un nouveau monde numérique et la pression permanente des réseaux sociaux", explique le groupe, qui s'adresse davantage ici aux parents qu'aux enfants.

La première surprise tient au son. Ceux qui répètent que Tagada Jones fait toujours le même disque vont devoir réviser leur jugement : des claviers, des nappes, des sifflements électroniques viennent se glisser dans la mécanique punk hardcore, sans jamais la gripper tout à fait. L'exemple le plus frappant est 'Hors Normes', qui assume une épure presque pop, rehaussée d'électro, pour défendre ceux que la société range dans les marges, en particulier les personnes handicapées. Le pari est risqué, il est plutôt gagné : le refrain s'imprime dès la première écoute et le propos, que le groupe dit avoir longtemps mûri, échappe au pathos.

'La Marionnette' pousse plus loin la noirceur, avec des synthés inquiétants posés sur des riffs métal, pour traiter un sujet lourd inspiré du courage réel d'une femme, tandis que 'Wake Up' plonge franchement dans l'electrocore pour sonner l'alarme climatique. Sur ce dernier, l'urgence du message prend parfois le pas sur la musique, et le morceau convainc davantage par son intention que par sa construction.

Cette ouverture n'empêche pas le groupe de cogner là où on l'attend. 'Les Flammes de la Fête' lance le disque en montée progressive, allégorie festive d'une révolte populaire contre les puissants, et installe le motif du feu qui reviendra en clôture avec 'L'Enfer des Flammes', final martial qui referme la boucle.

Le morceau-titre lorgne vers le hardcore new-yorkais, quelque part entre Biohazard et Sick Of It All, et martèle un refrain qui interpelle directement les aînés. 'O.P.L.C.E.M' renoue avec le punk le plus pur et reprend un slogan né au Chili en 1973, qui sonne comme un hymne de manif universel. 'Je Suis Fou' joue la démence au premier degré avec une insolence très hardcore, et 'Qui Sait ?' déroule un punk rock direct, porté par une basse bien en avant, dans la plus pure tradition du rock alternatif français engagé.

Entre ces deux pôles, 'Contre Vents et Marées' surprend : c'est une chanson d'amour, mais sans la moindre mièvrerie, lancée à toute allure avec des guitares nerveuses et un débit vocal qui file comme une rafale. 'L'Enfant Héros' est le titre qui divisera le plus : sa mélodie plus rock, presque new wave en fait l'un des moments les plus touchants pour certains, un léger creux pour d'autres. Il a au moins le mérite de casser la routine.

Niko se montre d'ailleurs plus souple qu'à l'accoutumée, modulant sa voix d'un couplet à l'autre au point d'en devenir parfois méconnaissable, sans jamais perdre cette véhémence qui fait sa signature. La section rythmique fonctionne en rouleau compresseur, batterie malmenée, riffs massifs, et la production parvient à faire cohabiter ces éléments électroniques avec la brutalité habituelle sans que l'ensemble paraisse décousu.

"A Fleur de Peau" est un disque qui a le mérite rare de déplacer les lignes d'un groupe installé depuis trente ans sans trahir ce qu'il est. Il est plus court, plus varié et plus ouvert que ses prédécesseurs, avec une poignée de titres qui comptent parmi les plus marquants de sa période récente, 'Hors Normes', 'O.P.L.C.E.M' et le morceau-titre en tête. Tagada Jones prouve qu'il a encore envie de se mettre en danger, et c'est déjà beaucoup.