« A Dark Poem, Part II : Sanguis » confirme la singularité de Green Carnation dans le paysage du metal progressif. Entre sensibilité et maîtrise technique, le groupe livre une œuvre dense et profondément humaine.
Avec « A Dark Poem, Part II : Sanguis », Green Carnation poursuit son œuvre ambitieuse entamée voilà environ six mois. Ce deuxième chapitre s’inscrit dans la continuité directe de « A Dark Poem, Part I : The Shores of Melancholia », tout en affirmant une identité plus introspective et dépouillée. Le combo norvégien choisit ici d’approfondir son approche narrative et émotionnelle.
Pour décrire cet opus, le chanteur Kjetil Nordhus parle de quelque chose de « plus calme […] très doom » et qui « invite les auditeurs dans nos recoins les plus sombres avec des chansons parmi les plus brutes et les plus vulnérables que nous ayons jamais écrites ». Pour le bassiste et parolier Stein Roger Sordal, certaines paroles étant tellement personnelles il a d’abord hésité à les adoucir pour finalement les laisser aussi authentiques que possible ».
Musicalement, la grande force de l’album réside autant dans la richesse des compositions proposées (Au nombre de six et allant de 4 à 9 minutes) que dans sa capacité à varier les ambiances. La puissance doom couplée à des élans progressifs en ouverture ('Sanguis') se font renversés par la ballade conclusive où se mêlent piano, violoncelle et flûte (la sublime 'Lunar Tale'). Quelques marqueurs ont été subtilement glissés par endroits pour faire le lien avec le skeud précédent, renforçant l’idée que tout a été pensé comme un ensemble de trois parties et non autant de disques indépendants (l’entêtant 'Sweet to the Point of Bitter').
Malgré une atmosphère globalement sombre, les arrangements, notamment l’usage de l’orgue et des claviers, apportent de la profondeur (l’aérien 'I Am Time'). Les transitions entre passages acoustiques et électriques se font avec intelligence et fluidité. L’interprétation suave et posée de Kjetil est particulièrement habitée (l’acoustique 'Loneliness Untold, Loneliness Unfold'). Le chant clair domine largement avec, ici et là, de très rares growls pour accentuer certaines tensions.
« A Dark Poem, Part II : Sanguis » confirme la singularité de Green Carnation dans le paysage du metal progressif. Entre sensibilité et maîtrise technique, le groupe livre une œuvre dense et profondément humaine. Si elle demande des écoutes attentives, elle récompense largement l’auditeur par la richesse de ses émotions et de ses nuances. Vivement dans quelques mois pour la conclusion de ce triptyque.