Green Carnation s’est (re)reformé en 2014, après huit piges de séparation. Cela étant, avant de livrer du nouveau matériel (l’EP « Leaves Of Yesteryear »), les norvégiens nous ont fait poireauter jusqu’à mi-2020. Dans l’intervalle (en 2017), le sextette s’est engagé avec le label Season of Mist. Au moment de la signature avec ladite maison de disque, le groupe avait déjà à l’esprit son ambitieux futur projet studio mais, dixit les musiciens, ils devaient « se donner les moyens et du temps » pour tout mettre à bien.
Ainsi, en 2021, les natifs du pays des fjords ont publié une réédition remastérisée de « The Acoustic Verses » (agrémentée de bonus) à l'occasion du 15eme anniversaire de cet opus. Présentement, voilà donc « A Dark Poem, Part I : The Shores of Melancholia », premier chapitre d’une trilogie (sorties étalées sur 2025-2026). Bien que découpée en trois albums, l’œuvre a été pensée pour fonctionner comme un tout. Cette première salve de chansons est parfaitement résumée par son titre.
Ce « Sombre poème » nous emmène effectivement sur « Les rivages de la mélancolie » ('As Silence Took You', 'The Shores of Melancholia'). Le bassiste-compositeur Stein Roger Sordal parle d’ailleurs « de morceaux qui explorent le sentiment d’aliénation, entre questionnements existentiels et intériorité profonde ». Les six compos proposées - allant de quasi 6 à plus de 9 minutes – mélangent le progressive metal ('In Your Paradise'), des inspirations Pink Floyd-iennes ('Me My Enemy') et le black death ('The Slave That You Are' en duo avec Grutle Kjellson). Le chant en douceur de Kjetil Nordhus se voit confronter aux vocaux rauques et brutaux du frontman de Enslaved.
Une fois encore, le guitariste fondateur Terje Vik Schei (alias Tchort) et ses camarades ont portés beaucoup de soins aux mélodies vocales et aux arrangements. La fusion de riffs lourds et de claviers est parfaitement maîtrisée. Enrichies par les interventions inspirées de la flûtiste Ingrid Ose (sur deux plages) et du percussionniste Henning Seldal ('Too Close to the Flame'), les compositions sont élaborées sans être trop complexes.
Soigné, dense et intense, « A Dark Poem, Part I : The Shores of Melancholia » est un premier acte réussi. Green Carnation l’affirme : « Nos ambitions sont immenses. Ce projet (= triptyque) a demandé un travail colossal [...] Nous pensons sincèrement qu’il marquera un tournant dans notre carrière ». C’est en tous cas bien parti.