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Forteresse : “Métal Noir Québécois” fêtera bientôt ses 20 ans

ENZO FABREGAT
Journaliste
Créé le 06/10/2026
Il pleut depuis trois jours. Pas la petite pluie romantique qui donne envie de marcher sous un parapluie en écoutant Bob Dylan. Non. Une pluie grise, insistante, vaguement hostile, le genre de pluie qui transforme une ville en salle d’attente et vous donne envie de rester chez vous pour lire une nouvelle de Stephen King. Je sors d’une rupture. Je suis à la ramasse. J’ai du mal à écrire, du mal à bosser, du mal à faire à peu près n’importe quoi qui nécessite plus d’énergie que de se lever pour aller pisser. Ce matin, je suis allé chez le coiffeur parce que j’avais atteint ce stade où même mes cheveux semblaient avoir abandonné l’idée de me sauver. Je n’ai pas mangé. J’ai fait le ménage... événement suffisamment exceptionnel pour mériter d’être signalé dans URN, puis j’ai ouvert une Red Bull ! Et maintenant, j’écoute Forteresse... Ça tombe plutôt bien ! Dans un peu plus de deux mois, Métal Noir Québécois, le premier album du groupe québécois, fêtera ses vingt ans. Vingt ans ! Ce qui signifie que ce disque est désormais assez vieux pour avoir connu des gens qui avaient encore des lecteurs MP3 et qui pensaient sincèrement que MySpace allait changer le monde...

Bref ... Sorti le 19 décembre 2006, Métal Noir Québécois n’arrivait pourtant pas avec la gueule du disque appelé à devenir une référence. À l’époque, Forteresse est encore un nom pratiquement inconnu. Pas de longue discographie derrière lui, pas de réputation déjà installée : simplement Athros au chant et Moribond aux instruments, et un album qui va contribuer, avec d’autres, à donner une identité plus nette au black metal québécois. Vingt ans plus tard, le plus intéressant est peut-être de constater que le disque n’a toujours pas besoin d’être poli. Il est crade. Très crade ... Mais comme j'aime tout ce qui est cassé ( petite réf à Renaud ) cela suffit à me toucher ! Et c’est précisément pour ça qu’il fonctionne pour la plus part des fan d'ailleurs ! La production de Métal Noir Québécois n’a rien de spectaculaire. Les guitares ne cherchent pas la performance, le chant ne vient pas vous expliquer la vie depuis une chaire en marbre et la batterie possède cette sécheresse presque brutale des vieilles productions de black metal Norvégienne. La caisse claire, surtout, semble avoir développé une haine personnelle envers l'humanité...

Et il y a quelque chose d’assez parfait à remettre Métal Noir Québécois en rotation au début d’un mois d’octobre où le ciel ressemble à une mauvaise nouvelle qui aurait décidé de rester plusieurs jours. Le black metal est souvent associé à l’hiver, à la neige, aux forêts mortes et aux paysages qui donnent envie de disparaître pendant six mois. Forteresse fonctionne aussi très bien sous la pluie. Peut-être même mieux. La caisse claire martèle pendant que les gouttes s’écrasent contre la fenêtre. Les riffs tournent. La Red Bull est presque terminée. Je réalise que je n’ai toujours rien mangé. Le ménage est fait, ce qui constitue probablement ma plus grande victoire de la journée. Quant à la rupture, elle est toujours là.... Certaines choses ne peuvent manifestement pas être réglées avec du black metal. Dommage. Mais il y a des disques qui arrivent au bon moment, même vingt ans après leur naissance. Métal Noir Québécois en fait partie. Alors si vous ne l’avez jamais écouté, c’est peut-être le moment. Et si vous l’aviez oublié, remettez-le dans votre playlist spotify ! Laissez les riffs tourner jusqu’à l’épuisement. Montez le volume. Acceptez la production rêche, la batterie frénétique, les répétitions interminables et cette sensation de froid qui finit par vous gagner. Après tout, il pleut non ? Et dans un peu plus de deux mois, Forteresse aura vingt ans. Certains vieillissent mal. D’autres deviennent simplement plus noirs. Comme le Black en général. Ou comme moi.
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