Report Stygian Bough / Incantation / Wolves In The Throne Room à La Machine Du Moulin Rouge le 02/11/2022
« Stygian Bough a magnifiquement ouvert la soirée avec pureté avant qu'Incantation ne déchaîne sa force brute ! Wolves In The Throne Room a conclu le concert en s'appuyant sur la force évocatrice et émotionnelle de ses compositions. »
En ce mercredi 2 octobre, Garmonbozia Inc. et Doomstar Bookings nous proposent une affiche totalement américaine à La Machine Du Moulin Rouge avec Stygian Bough (Funeral Doom Metal, USA), Incantation (Death Metal, USA) et Wolves In The Throne Room (Atmospheric Black Metal, USA). Si vous n’êtes pas familiers avec la première formation, il s’agit en fait du projet commun d’Erik Moggridge d’Aerial Ruin et de Dylan Desmond et Jesse Shreibman de Bell Witch dont le premier album est paru en juin 2020 via Profound Lore Records. Incantation est un groupe à la réputation nettement plus établie puisqu’il existe depuis 1989. Cette tournée est l’occasion pour eux de présenter l’album « Sect of Vile Divinities » (août 2020, via Relapse Records) à leur public européen. Enfin, la tête d’affiche, Wolves In The Throne Room, s’est rapidement affirmée sur la scène Black Metal mondiale et vient revendiquer ses droits en Europe autour de l’album « Primordial Arcana » (août 2021, via Century Media Records).
STYGIAN BOUGH
Si, au premier regard, la setlist vous semble un peu courte, détrompez-vous puisque ‘The Bastard Wind’, qui ouvre cette performance, dure près de vingt minutes, tout comme ‘The Unbodied Air’. A ce rythme-là, le temps sur scène accordé au groupe risque de passer vite, ce qui explique sans doute l’absence totale de communication jusqu’à la toute fin de leur passage. Le public de La Machine est clairsemé mais malgré tout bien présent et, chose appréciable, très réceptif à la musique atmosphérique et profonde de Stygian Bough. La batterie de Jesse Shreibman occupe le centre de la scène, avec le bassiste Dylan Desmond à jardin et le guitariste et chanteur principal Erik Moggridge à cour. Sa voix, parfaitement juste et chargée en émotions, s’élève dans une salle apaisée qui se laisse bercer par ce groupe solennel de Funeral Doom. Les orchestrations sont bien composées et la qualité globale du son permet de les apprécier à leur juste valeur.
Avant de poursuivre avec ‘The Unbodied Air’, le public applaudit et acclame le groupe qui reste néanmoins concentré sur son jeu. Sur les passages qui lui laissent les mains libres, Erik Moggridge n’hésite pas à brandir le poing et agiter les bras à la manière d’un obscur prédicateur annonçant des tourments à venir. Les nombreux interludes qui ponctuent le titre voit la salle se transformer en une cathédrale où chacun reste parfaitement silencieux de peur de briser la magie du moment. Tout en accélérant le rythme derrière sa batterie, Jesse Shreibman assure les passages screamés qui apportent un nouveau dynamisme à la composition. Stygian Bough nous offre un set d’une immense richesse sensorielle qu’on apprécie d’autant plus qu’elle est présentée avec sobriété et pudeur. Après un simple : « Thank you very much, we were thrilled to be here with you Paris. We are Stygian Bough. Incantation and Wolves in the Throne Room are next. », le trio sort de scène.
Setlist de Stygian Bough :
1. The Bastard Wind
2. The Unbodied Air
INCANTATION
Après un changement de set d’une quinzaine de minutes mené d’une main experte par des roadies contraints de tout ranger et installer dans le noir afin de maintenir une atmosphère crépusculaire, une voix masculine enregistrée résonne dans La Machine. Sous la lumière verte des projecteurs, parfois entrecoupée d’éclats lumineux blancs comme des éclairs pendant une nuit d’orage, cette voix de scientifique dément nous explique comment rappeler un mort à la vie. Le cadre est posé, les musiciens d’Incantation peuvent entrer en scène, se rassembler autour de la batterie et brandir le poing à la manière d’une société secrète se retrouvant pour réaliser quelque sombre dessein, puis démarrer avec ‘Carrion Prophecy’. Seule une petite partie des fans agite la tête mais il est évident que le groupe était plus attendu que Stygian Bough tant des bras se lèvent en direction des musiciens pour espérer les effleurer. ‘Propitiation’ arrive alors, après un « Thank you Paris! We are Incantation and we came here to kick your f*****g ass with some Death Metal! » expédié d’une voix caverneuse. Le moins qu’on puisse dire c’est que le changement de style entre le premier groupe et Incantation est brutal. Rien ne pouvait nous préparer au déferlement d’énergie brute, de riffs assassins, de blast déchainé et de visages déformés par des rictus carnassiers qui nous tombe désormais dessus.
Chuck Sherwood à jardin et Luke Shively à cour haranguent le public et agitent furieusement la tête. Au centre, John McEntee se tient droit et déclame les paroles des morceaux de son scream caverneux si reconnaissable. Ses longs cheveux et sa barbe blanche le font ressembler à un des patriarches de la Genèse. Sur ‘Demonic Incarnate’ et ‘Ascend Into the Eternal’, il parcourt la scène à grandes enjambées, n’hésitant pas à s’approcher autant que possible de ses fans. La setlist ne laisse pas une seconde de répit au public ce qui crée une sorte de transe générale puisque de plus en plus de personnes se laissent prendre au jeu et se mettent à headbanguer, lever les bras et hurler. Le reste du set se compose de ‘Christening the Afterbirth’, ‘The Ibex Moon’, ‘Impending Diabolical Conquest’ et ‘Siege Hive’. Très en retrait à l'arrière de la scène, le batteur, Kyle Severn, manifeste sa présence en martelant sa batterie à pleine puissance. John McEntee annonce chaque morceau à venir, ne s’exprimant qu’en screamant alors que le bassiste et le guitariste montrent les dents d’un air menaçant devant un public conquis. Avant de laisser la scène à la tête d’affiche, le frontman brandit sa guitare au-dessus des premiers rangs comme pour les bénir.
Setlist d’Incantation :
1. Carrion Prophecy
2. Propitiation
3. Demonic Incarnate
4. Ascend Into the Eternal
5. Christening the Afterbirth
6. The Ibex Moon
7. Impending Diabolical Conquest
8. Siege Hive
WOLVES IN THE THRONE ROOM
C’est une nouvelle fois dans la pénombre que la scène est préparée pour Wolves In The Throne Room au rythme de la musique tantôt atmosphérique, tantôt mystique de groupes comme Osi And The Jupiter ou Vévaki. L’attention portée à ce genre de détails est intéressante tant elle témoigne de la valeur ajoutée que des groupes d’ambiance, comme Stygian Bough ou Wolves In The Throne Room davantage que Incantation, doivent apporter au live. Il ne fait en effet aucun doute que certaines personnes considèrent que leur musique est plus appréciable chez soi sur des enceintes de qualité et sans l’inconfort du concert (rester debout, problèmes de son, etc.) ; cela contraint donc ces formations musicales à réfléchir à comment inciter leurs fans à venir les voir se produire sur scène. L’industrie musicale est au cœur des réflexions sur l’ère de l’expérience où il faut, pour se différencier, mettre en scène pour produire des souvenirs indélébiles. Le concert de ce soir l’illustre bien tant rien ne doit venir briser l’impression d’être plongé au cœur de la nuit pour un rituel encore à découvrir.
Celui-ci débute d’ailleurs lorsque de la fumée commence à monter de la scène en même temps que des effluves de romarin. Des son organiques résonnent autour du public, comme si la salle se transformait en une immense matrice. Puis Aaron Weaver, le batteur, et Kody Keyworth, le guitariste, entrent sur scène devant un public plutôt timide. Après avoir effleuré quelques cymbales, Aaron Weaver laisse une rythmique lancinante s’installer pour l’arrivée du reste du groupe alors que le public brandit le poing en rythme. ‘Mountain Magick’ donne le ton de la performance sous des lumière rougeoyantes. En introduction à ‘Spirit of Lightning’, les sons d’une nuit d’orage agrémentée de hurlements de loups nous parviennent. De manière générale, les orchestrations sont trop mises en avant par rapport à la musique live mais le son reste de bonne qualité. Suivant les morceaux, Galen Baudhuin (membre live, basse) et Kody Keyworth se passent le relai pour les parties screamées en complément de celles assurées par le frontman, Nathan Weaver.
Après cette nuit d’orage, Wolves In The Throne Room annonce ‘Angrboda’ par les crépitements du feu. Côte à côte, bassiste et guitariste agitent la tête lentement, nous donnant l’impression de voir double tant ils se ressemblent. Avant ‘Prayers Of Transformation’, le guitariste pose son instrument pour revenir avec des herbes séchées enflammées qu’il brandit en se promenant sur scène, remplissant la salle de fumée odorante. L’éclairage ne permet pas de voir beaucoup plus que des silhouettes fantomatiques mais cela correspond plutôt bien à l'atmosphère que groupe instille depuis quelques morceaux. Ces derniers sont d’ailleurs de plus en plus longs (5 minutes pour ‘Mountain Magick’ et ‘Spirit Of Lightning’, 10 minutes pour ‘Angrboda’ et ‘Prayers Of Transformation’, 12 minutes pour ‘Vastness And Sorrow’) ce qui permet au groupe de construire tout un récit qu’il déploie sous nos yeux, de laisser planer des airs à la force évocatrice indéniable. Cette construction du set permet à ‘I Will Lay Down My Bones Among The Rocks And Roots’ de culminer devant un public ébahi et qui ose à peine profiter des pauses entre les titres pour rendre au groupe des honneurs plus que mérités et qui seront finalement pleinement exprimés une fois cette dernière chanson achevée.
Setlist de Wolves In The Throne Room :
1. Mountain Magick
2. Spirit of Lightning
3. Angrboda
4. Prayer of Transformation
5. Vastness and Sorrow
6. I Will Lay Down My Bones Among the Rocks and Roots
Après être passé par toute la palette d’émotions que des groupes aussi différents que ceux de ce soir pouvaient provoquer, le public est conquis. Petite note sur un point malgré tout essentiel : le volume sonore était très élevé pendant la soirée, même ceux qui portaient des bouchons en ont souffert. Mais revenons-en aux performances des groupes ! Stygian Bough a magnifiquement ouvert la soirée mettant la pureté et la simplicité au cœur de son jeu pour un impact encore plus grand alors qu’à l’inverse, Incantation ne s’est épargné aucune peine pour fédérer le public autour de ses hymnes dévastateurs. En conclusion, Wolves In The Throne Room est parvenu à bien retranscrire ses compositions et leur force émotionnelle en live sans rien perdre en honnêteté ni en intensité.
Stygian Bough a magnifiquement ouvert la soirée avec pureté avant qu'Incantation ne déchaîne sa force brute ! Wolves In The Throne Room a conclu le concert en s'appuyant sur la force évocatrice et émotionnelle de ses compositions.