Report Puscifer, Existential Reckoning@Live at Arcosanti
Anibal BERITH
Journaliste

«Puscifer réalise un show remarquable et une promotion incroyable pour la sortie de leur troisième opus "Existential Reckoning" !»

Créé 30/10/2020
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En créant Puscifer, Maynard James Keenan a voulu se détacher de ses deux autres groupes principaux, à savoir Tool et A Perfect Circle, afin de se permettre plus de liberté artistique. Profitant de la créativité de son protagoniste charismatique, le groupe officie dans un rock alternatif expérimental et propose un univers électro/indus/sci-fi intéressant permettant de satisfaire les envies musicales de l'artiste/frontman de la formation.

Pour la sortie officielle du troisième opus du groupe intitulé "Existential Reckoning", Puscifer propose un live stream tourné dans l'ecovillage d'Arcosanti en Arizona, imaginé par l'architecte Paolo Soleri suivant ses concepts de l'Arcologie, dont ce dernier souhaitait démontrer qu'un développement urbain harmonieux peut être compatible avec le respect de l'environnement.

Connecté à mon ordinateur une dizaine de minutes avant la retransmission du show en streaming, je constate que le groupe diffuse une série de vidéos musicales de leurs titres permettant aux télé-spectateurs de patienter jusqu'à l'heure H, 23h CET.

A 23h passées de quelques minutes (c'est ainsi pour tous les live stream, le petit retard qui fait monter l'adrénaline), on assiste à un road movie dans lequel les musiciens sont mis en valeur. Une sorte de court remake de "The Hit", réalisé par Stephen Frears et sorti le 31 octobre 1984 (tiens, juste pour les 36 ans du film...hasard calculé ?...) et de "Reservoir Dogs", de Quentin Tarantino paru le 2 septembre 1992. Pour info, ces deux films ont la particularité de réunir le même second rôle en Tim Roth....Beaucoup de coïncidences mais pas surprenantes vu l'imagination débordante du leader de Tool.

Je vous passe tous les détails du court métrage, mais ce dernier permet de mettre succinctement en valeur le désert d'Arizona et de téléviser le show démarrant sans surprise par le premier titre du disque 'Brad and Circus'. En effet, le quintette a décidé d'interpréter l'intégralité de leur dernier disque, sans surprises, et jouant strictement l'album, pas plus, pas moins, enlevant, pour ma part, toute spontanéité et tout enthousiasme liés à l'ambiance d'une prestation live physique.

Particulièrement bien millimétré, la prestation est parfaitement orchestrée dans un décor que l'on découvre au fil du déroulement de la setlist, tracklist pourrait-on dire ici. Démarrant dans une obscurité ténébreuse enveloppée de fumée et faiblement illuminée par quelques lights rouges et blanches, on découvre chacun des membres au coeur de l'écovillage, grâce à un cadrage précis des cameramans puis des plans plus larges et aériens ! C'est clairement de toute beauté et la réalisation permet de s'immerger rapidement dans l'univers du quintette.
Le son est parfait, le rendu électro/sci-fi est distillé avec précision, le tout dans cette atmosphère épurée et hors du temps donnant cette sensation d'assister à un spectacle extra-terrestre.

Comme le dit Maynard lui-même sur la présentation de l'event :" Si vous ne connaissez pas Arcosanti, je vous recommande vivement de venir sur le site. C’est l’un des exemples d’architecture le plus significatif dédié aux artistes, acteurs, musiciens, écrivains et poètes. A des gens qui ne sont pas nécessairement de l'Arizona, mais qui sont venus ici et qui ont trouvé cette tique créative qui s'incruste sous votre peau. Ici, il y a quelque chose qui se met en mouvement pour répondre à cet environnement que je considère comme étant à la fois inspirant et hostile. Ce n’est pas facile de survivre ici. Il y a déjà un diable de poussière qui vous fouette en permanence, des serpents à sonnette, des fourmis rouges qui ont essayé de dévorer mon chien. Nous avons l’impression d’être au bout du monde. Imaginez que si vous étiez un voyageur extra-terrestre et que vous atterrissiez dans le sud-ouest et que vous vouliez assumer une nouvelle identité et vous fondre dans la masse, ce serait probablement un bon endroit pour le faire. "

On constate que le décor évolue au fil du temps et ce, dès le second titre 'Apolyptical'. Maynard secondé de façon équilibrée par la frontwoman, Carina Round, avec qui il partage la scène et le chant, adopte, tout comme sa partenaire, une posture très mécanique les faisant passer pour des robots derrière leur costume à la "Blues Brothers" (encore une référence cinématographique tout à fait légitime, Maynard s'étant essayé par deux fois au 7ème art).
C'est à ce moment que les interprètes quittent la scène triangulaire de l'amphithéâtre, sur laquelle ils ont démarré le show, pour se diriger vers la serre de béton du site et continuer ainsi le live où chacun des musiciens est parqué dans son univers, séparé par des paravents digitaux et par conséquent, ne pouvant pas s'observer...C'est dire si ce doit être difficile et déroutant. Je le vois comme une sorte d'interprétation artistique de la situation de pandémie mondiale actuelle où malgré les barrières, malgré les distances, malgré les privations momentanées de liberté, l'humain doté de son esprit libre et créatif peut et doit continuer d'exister et de s'exprimer.

Ce changement de lieu et de décor s'opère sous nos yeux sans même que nous nous en rendions compte ! C'est particulièrement astucieux et j'en suis à me poser la question si ce live n'a pas été enregistré en amont dans les conditions du direct pour une diffusion en différée et montée pour l'occasion. Il n'empêche que ça n'entache en rien la prestation qui se déroule sans rupture et professionnalisme.

C'est avec ce nouveau décorum que Puscifer entame le troisième titre de la galette fraîchement disponible via le label BMG, 'The Underwhelming'. Sur un fond vert, maintenant, pour les lights, les deux chanteurs dominent la scène sur une colonne métallique surplombant le reste des installations. C'est le terrain de jeu qui est adopté pour le reste du show pour lequel on assiste au reste de l'album interprété brillamment tant par le jeu des artistes dans leur posture et musicalement que techniquement dans la réalisation, le cadrage et l'ambiance.

Plus on avance dans cette retransmission, plus l'atmosphère s'éclaircit tout en gardant la "sombriété" du noir et blanc avec pour exemple les incrustations vidéos prises du court métrage introductif sur 'Theurem'. On vient de dépasser la moitié de la diffusion et on se laisse ainsi guider, embarquer par l'univers déjanté et sans limite de Maynard au rythme de son nouveau disque et de son interprétation des dangers du monde moderne et connecté.

'Personal Prometehus' montre une nouvelle évolution du décorum puisque celui auquel nous sommes habitués depuis près de la moitié du show se voit déplacé plus profondément dans le désert délaissant ainsi le site dans lequel nous évoluions jusque-là. Bien que le groupe soit encore plongé dans l'obscurité, on voit bien que l'environnement est plus hostile par les plans de camera laissant découvrir un sol aride, cactus et arbres asséchés par les rudes épisodes de sécheresse de la région. C'est tout naturellement que le groupe amène son auditorat télévisé vers la fin de l'album et en particulier vers une lueur d'espoir par l'interprétation du dernier titre de la rondelle 'Bedlamite' au cours du levé du soleil sur la terre aride de l'Arizona....et c'est là que l'on constate que la scène s'est déplacée tout au long du live !

Belle surprise que d'assister à une telle réalisation et à une telle prouesse technique sans rupture musicale ! Ca conforte toutefois mon idée sur le fait que ce live a été enregistré en amont car à la fin du show, il était 16h30 heure locale. Ca ne minimise pas pour autant la qualité de la prestation des artistes/musiciens qui ont réalisé un show remarquable et une promotion incroyable pour la sortie de leur troisième opus.

A défaut de live en salles, festivals, stades, le live stream reste une alternative intéressante et permet de continuer à rester connecté au monde du spectacle avec une approche plus intellectuelle qu'émotionnelle mais riche de sensations, d'enthousiasme et d'envie de pouvoir fouler à nouveau et prochainement le sol des sites musicaux qui nous manquent à tous. C'est très personnel mais je vois en ce nouveau format, quelque chose de temporaire et l'espoir de me mélanger à nouveau à une foule de gens devant mes groupes préférés !

Setlist / Tracklist :

1 Bread and Circus
2 Apocalyptical
3 The Underwhelming
4 Grey Area
5 Theorem
6 UPGrade
7 Bullet Train to Iowa
8 Personal Prometheus
9 A Singularity
10 Postulous
11 Fake Affront
12 Bedlamite