En dehors des horaires du fest, le Cask & Keg Scarborough accueille les festivaliers du Fortress. C’est un pub live d’une capacité de 150 personnes en sous-sol pour les lives et 150 autres personnes pour le pub à proprement parler. Le vendredi soir, un before qui met en scène trois groupes de 19h à 23h, puis le samedi et dimanche soir, un after (en mode clubbing si j’ai bien compris, mais avec de la musique appropriée au Fortress nous promet-on) du dernier concert jusqu’à 3 heures du matin (et plus si affinité). Bon, pour le before, nous n’avions visiblement pas eu le mémo et les afters, ce n’est plus de notre âge, mais l’info est là pour ceux que ça intéresse. On nous indique d’ailleurs de ne pas traîner si on est intéressés, car la capacité du pub peut vite faire défaut, d’autant que l’entrée est gratuite, sans condition.
Bref, on (ma compagne et moi) n’a pas fait long feu la veille, mais il est 9h et des brouettes lorsqu’on s’extirpe du lit en ce dimanche.
BOn petit programme pour ce matin : D’abord, direction le Greensmith Coffee pour un petit déjeuner sain et équilibré (on vieillit quand même). Ensuite, et notamment car le bracelet du festival donne une réduction substantielle (25 ou 30%, sur un billet de presque 15£ par personne), on va aller visiter le château de Scarborough. Apparemment, la responsable du château est fan de metal et s’est entendue avec le festival pour proposer cette réduction. Belle opération marketing, parce que la moitié des visiteurs que l’on croise sont habillés en noir et on en croise même qui arborent un petit corpse paint. Le château en lui-même est en ruine, mais ça ne manque pas de choses à voir et un petit guide audio est disponible moyennant un supplément (avec réduction lui-aussi). le point de vue depuis le haut de la falaise en bord de mer est très sympa et on peut prendre quelques photos stylées avec des mouettes et des corbeaux.
Il faut ensuite environ 25 minutes sans trop se presser pour se rendre à pied depuis le château jusqu’au spa. On pourrait aller jeter une oreille à A Forest of Stars, mais on a une interview de prévue à 13h et on se retrouve plutôt dans la salle presse du festival à s’occuper des détails de dernière minute. Cette dernière se déroule très bien et on discute même un peu trop longtemps, ce qui nous fait louper This Gift is a Curse en intégralité.
Lorsqu’on ressort, il est donc l’heure pour Abigail Williams, qu’on ne veut pas louper. En effet, le groupe, qui n’avait pas tourné en Europe depuis un moment, a communiqué qu’ils ne prévoyaient pas de revenir au Royaume-Uni dans un futur proche et on soupçonne que c’est également vrai pour l’Europe dans son ensemble. Les ricains sont contents d’être là et ça se voit. Ils donnent tout et on prend une sacré claque.
Tellement qu’à la fin, plutôt que d’aller se serrer dans l’Ocean room pour Darkenhold, on décide d’aller essayer le restaurant du spa, où on trouve assez facilement de la place assise. Le menu est classique pour un bistrot anglais, avec commande au comptoir et pas de service en salle. Il fait plutôt chaud donc on s’oriente vers des salades mais je tente l’aubergine parmigiana (oui, ce séjour dans le yorkshire est sous le signe de la gastronomie italienne). La qualité et la quantité sont au rendez-vous, si bien qu’on rechigne à lever nos fesses de nos chaises.
Lorsqu’on finit par se motiver, Fluisteraars a déjà bien commencé dans le grand hall. On écoute la fin et c’est très sympa. Je me répète, mais le son est impeccable dans cette salle. C’est entièrement notre faute car on est arrivés après le début, mais ça laisse un petit goût de trop peu. Je prend une note mentale d’écouter les néerlandais plus tard, au calme.
À peine le temps de commander à boire au bar (on notera qu’on n’a jamais fait la queue plus de quelques dizaines de secondes pour la boisson) et on se retrouve confronté à notre premier vrai conflit : Antrisch dans l’Ocean room et Emyn Muil dans la Theatre room. Je ne connais que peu l’un et l’autre et c’est finalement la curiosité de la salle qu’on a pas encore découvert qui me fait trancher (ça et le fait que j’adore tout ce qui a trait à Tolkien). Cette dernière a une capacité de 557 places assises, réparties entre le parterre et le balcon, seule configuration qui existe.
La file d’attente s’étire sur une grande distance, jusqu'au-delà des portes du spa, mais lorsque les portes ouvrent, l’attente est très raisonnable. Nous n’étions pas sûr de pouvoir entrer, mais notre inquiétude était infondée. On est vite confortablement assis au sixième ou septième rang du parterre et on ne tarde pas à voir entrer sur scène le trio italien. Le son est excellent et le show conforme à ce que je connaissais d’eux : une musique très atmosphérique chargée d’émotion, même si je n’ai pas bien compris le rapport avec la région de la Terre du Milieu. Je confesse avoir un peu piqué du nez durant une petite chanson au début, mais étant donné les circonstances, je suis enclin à l’auto indulgence.
À la fin du set, les portes s’ouvrent sur tout le côté droit de la salle, permettant la sortie par le balcon du spa. La sortie est obligatoire, pas moyen de piquer un petit roupillon sur les confortables sièges… dommage.
D’un autre côté, le Sun court, avec les food trucks, nous fait de l’œil. Je sais, on a mangé il y a moins de 3 heures, mais vous allez voir, on a de bonnes raisons.
Bon, d’abord, que je vous parle un peu de l’offre “bouffe” du Fortress (comme promis dans le jour 1).
de droite à gauche, en regardant vers la mer :
Le food truck Thaï, dont l’offre se résume à près d’une dizaine d’options de barquettes très généreuses. Je n’ai pas retenu les noms des plats (je suis assez nul pour ça et je ne connais pas grand-chose en gastronomie thaï), mais samedi après-midi, j’avais pris des nouilles au curry qui étaient fort goûtues. Très copieux, à la fois sur la quantité globale comme sur la garniture de légumes, c’est une option nourriture très honnête avec des options végé (voire peut-être véganes, mais je ne suis pas certain).
Juste à côté, le truck “goth burger” propose… des burgers, dont les buns sont noirs (comme nos âmes de blackeux, probablement un colorant genre charbon). Petite orginalité, ils ne sont pas proposés avec des frites, mais avec des tater tots (pensez gallettes de pomme de terre, format petite bouchée), qui peuvent être assorties de garniture de burger si on les prend seuls (ça permet d’éviter les buns si on veut limiter les féculents ou qu’on est pas assez goth. Le tout est vraiment bon, sans non plus être transcendant, tout en restant à un tarif raisonnable.
Plus loin, on trouve le truck “german sausage”, qui fait de la bratwurst, sans surprise, au format hot-dog. Pas d’option currywurst, malheureusement pour les aficionados. Je n’ai pas eu le temps de tester, mais ça avait l’air assez honnête. J’ai également aperçu une petite ardoise “kebab german style”, mais elle avait disparu deux heures plus tard, lorsque je suis revenu avec l’intention d’essayer.
Enfin et c’est l’option qu’on nous a déconseillé à peine quelques heures après le début du fest : le truck de pizza. Les quatres options sont basiques (margherita, reine, quatre fromages et pepperoni de mémoire), ce qui ne serait pas un problème si ce n’est que la pâte est apparemment molle et fade et que la garniture ne rattrape pas vraiment le coup.
En somme, c’est assez sommaire, mais avec le restaurant du spa, c’est assez aligné avec un festival d’un peu plus de 1500 personnes sur 2 jours. Un gros bémol à prendre en compte, cependant : si on se pointe après 21h, c’est déjà en train de remballer. En effet, la veille, avant le set de Old Man’s Child, on a voulu se faire un petit casse-croûte. Sauf que trois des quatre food trucks étaient fermés. Le dernier restant était le thaï, qui était bien trop copieux pour moi à ce moment. Heureusement, on a pu se rabattre sur l'option dont je n’ai pas encore parlé, un frigo contenant quelques sandwiches et salades à côté du bar. On se sert, on paie au bar et on ingurgite. Ça ne casse pas trois pattes à un barreau de chaise (le wrap que j’ai choisi avait plus de wrap que de garniture), mais ça permet de remplir l’estomac pour tenir.
Pour éviter de se retrouver à nouveau le bec dans l’eau, on se dirige donc vers le sun court, où on prend un burger. Une fois rassasiés, direction le Grand hall, pour Misthyrming, qui était pour moi l’un des principaux arguments de vente de ce festival. J’adore ce que font les islandais et je suis bien content de les voir progresser encore et encore vers les meilleurs créneaux des festivals, ils méritent bien cette réussite.
Ça n’est pas une surprise, mais là encore, on prend une grosse claque et une leçon de black metal. C’est tour à tour sombre, énervé, atmosphérique, agressif, ambiant, haineux (et j’en passe, mais je n’ai pas assez de vocabulaire pour leur faire justice… peut-être que je suis biaisé, tiens !). Ils sont suivis immédiatement par Mortiis dans la Theatre room, ce qui pourrait poser la question d’opérer un déplacement stratégique avant la fin pour s’assurer une place, mais d’une part on a vu la file d’attente dissuasive pour Mortiis avant même le début de misthyrming et d’autre part, Mortiis nous a préparé un set Dungeon synth “Era 1”, qui bien qu’inscrit dans une sorte de “sous-thème” de la journée, correspond moins à ce que je préfère dans son œuvre. Et surtout, on est tellement occupés à en prendre plein les esgourdes devant Misthyrming que toute cette réflexion nous échappe.
Lorsque le groupe se retire après leur dernière note, je mets quelques secondes à me souvenir d’où je suis, comment je m’appelle, etc…
On finit pourtant par se déplacer vers la Theatre room et sa redoutée file d’attente, qui ne s’avère pas si importante finalement, puisqu’on n’attend même pas avant de rentrer dans la salle. Pourtant, il apparaît vite qu’il n’y a pas assez de places assises pour tous ceux qui sont déjà présents. Après quelques va-et-vients infructueux, le personnel de sécurité, qui s’efforçait jusque-là de diriger les festivaliers errants vers les quelques places libres, nous informe qu’il n’est pas autorisé de rester debout et qu’on doit sortir. On s’exécute mais on est interpellés dès la sortie par celui qui doit être le chef d’équipe sécurité. Il nous dit en ces termes (approximativement traduits par mes soins) : “Vous retournez à l’intérieur et si on vous fait chier, vous dites que Ben, le mec avec les côtés du crâne rasé et la veste orange, vous a dit d’y retourner et que c’est ok d’être debout” (OK, il ne s’appelait peut-être pas “Ben”, mais ma mémoire des prénoms est catastrophique). Ça ne met pas en évidence une bonne communication au sein des équipes, mais tout s’est passé dans la bonne ambiance et aimablement, donc je prends ça comme un bon point au final.
C’est ainsi qu’on est retournés dans la salle, qu’on a passé environ trente secondes debout avant que des sièges ne se libèrent (sans doute des fans de Mortiis qui n’avaient pas eu le mémo au sujet du set Dungeon Synth). Le set de Mortiis était très sympa. Je ne me répand pas en éloge car ce n’est pas ma période préférée, mais il était objectivement très bon (la preuve, je n’ai pas piqué du nez une seule fois !). Au final, au-delà d’être pertinent avec le sous-thème, j’ai trouvé le set très cohérent avec la sortie prochaine de son nouvel album Ghosts of Europa (le 26 juin). J’ai eu l’occasion d’écouter ce dernier en avant-première et je trouve que sans être du Dungeon Synth du tout, il puise dans toutes les racines de Mortiis, y compris cette période plus lointaine. Ce qui fait beaucoup de mots pour vous dire : “c’était très cool, allez écouter son nouvel album le 26 juin !”.
Ce n’est pas tout, mais on n’a pas le temps de se reposer, car immédiatement après débute le set de Gallowbraid dans le Grand hall. Il s’agit là du tout premier live EVER (traduction leur tout premier live tout court pour ceux qui sont fâchés avec la langue de Shakespeare) du one-man-band. Étonnant pour un groupe qui accuse quand même 20 ans d’existence. Oui, mais quand on voit qu’il n’a sorti qu’un EP d’un peu plus d’une demi-heure, on comprend mieux. D’un autre côté, ça soulève d’autres questions, étant donné qu’il a été programmé sur une heure complète.
La réponse vient progressivement, au fil du set. D’abord, deux nouvelles chansons inédites “Leafdance” et “Stormcould Memory” (peut-être même composées à l’occasion de la tournée ?) viennent s’ajouter.Le set se termine sur Stone of Remembrance, chanson bonus d’une réédition de l’EP et que je ne connaissais pas (très très bon !).
Le tout est très cohérent, avec un mixage différent de ce qu’on peut entendre sur l’EP (notamment le chant assuré live par Sven Smith qui est nettement plus mis en avant), ça ne semble pas faire l’unanimité, mais pour moi c’est super réussi. En clôture de ce festival, on ne pouvait pas espérer mieux !
Comme la veille, bien qu’il ne soit que 23h, on est rincés. Or, on a le réveil assez tôt le lendemain, car il faut refaire la route jusqu’à Manchester et rendre la voiture de loc avant de monter dans l’avion. On rentre donc se doucher et dormir, épuisés mais heureux.
C’est l’heure du bilan sur le Fortress Festival. Est-ce que je recommande ? Qu’est-ce que j’ai aimé ? Qu’est-ce que j’ai détesté ? Répondons dans l’ordre :
Le Fortress est en passe de devenir un incontournable du black metal. La programmation est aux petits oignons, l’organisation est globalement bonne et de ce qu’on a pu en voir, le festival a l’air très safe (peut-être une conséquence de la pléthore d’options sans alcool, notamment ?). Le cadre est très atypique, mais se prête très bien au thème. Nous avons eu très beau temps tout du long, mais je soupçonne que les espaces intérieurs ne seraient pas totalement saturés s’il pleuvait. En résumé, si on a le budget (car, oui, ça représente une belle somme au total pour 2 jours de fest), je recommande chaudement. Cela-dit, je ne pense pas y retourner l’an prochain (sauf séduction déloyale par affiche interposée) en effet le seul nom annoncé pour l’instant EMPEROR, s’il est prestigieux ne constitue pas un incontournable pour moi. Ça fait très “faites ce que je dis, pas ce que je fais”, mais je pense clairement que je retournerai au Fortress à l’avenir, donc ça n’est pas si hypocrite que ça !
Ce que j’ai aimé dans ce fest, j’en ai déjà parlé : sans ordre particulier, l’offre de boisson, la météo anglaise (une canicule avec 5 à 10 degrés de moins, c’est plus facile à vivre), les horaires de fest (globalement de midi à 23h, ce qui colle très bien avec mon rythme de vieux avant l’heure), les belles découvertes (Groza et Mesarthim en tête), le quatuor qui m’a fait venir : Old Man’s Child, Abigail Williams, Misthyrming et Gallowbraid, la ville de Scarborough…
Je n’ai pas détesté quoi que ce soit, dans les bémols, on compte l’offre en nourriture qui n’est pas hyper fournie (mais je chipote) et surtout qui ferme près de deux heures avant la fin des concerts, la sonorisation de l’Ocean room (à relativiser car les deux autres salles étaient parfaites sur ce point).
En somme, c’est un très bon festival, une expérience encore meilleure et je remercie chaleureusement toute l’organisation du festival !
Ps : si vous êtes séduits, n’hésiez pas à vous décider rapidement, les billets sont déjà en vente, et plus de 60% est vendu !