Menu principal
Accueil(current) News Live Reports Interviews The Wall Chroniques Groupes Concerts

Report journée 1 du Fortress Festival

«Report journée 1 du Fortress Festival»
STEPHANE MASSON
Journaliste
Festival
30/05/2026
58 vues
Fortress festival jour 1 by Denis LAGRANGE

30 mai 2026, Scarborough, North Yorkshire. C’est le début du Fortress Festival. Un festival de black metal qui se tient tous les ans depuis 2023, dans le spa de la ville côtière de Scarborough en Angleterre. Mais revenons un peu en arrière : Le Spa de Scarborough, c’est un complexe qui date de l’époque victorienne (environ 1830-1900, à la louche). Ouvert en 1858 pour être précis, C’est un parfait spécimen de la grandeur de son époque. OK, on me dit dans l’oreillette que ça fait quand même un sacré bond en arrière, on va essayer de rester dans notre siècle.

Aujourd’hui, le Spa est utilisé comme salle de conférence, de théâtre et de concerts de toutes sortes. En effet, au moment de notre visite, plutôt que du black metal, ce sont plutôt des sosies d’Elvis ou Freddy Mercury, d’humoristes et d’artistes locaux qu’on voit sur les panneaux d’affichage publicitaires. Pourtant, en ce dernier week-end de mai, l’endroit se teinte de noir, avec une touche de corpse paint. Ça faisait un moment qu’on louchait dessus et on s’est finalement décidé à aller jeter une oreille cette année, voir ce que ça donnait.

Comme on ne fait rien comme les autres, c’est une semaine plus tôt qu’on est arrivés sur place. Car à et autour de Scarborough, il y a un paquet de choses à voir et à faire (notamment Whitby et son abbaye en ruine, incontournable pour tout fan de Dracula). On le dit et on le redit, l’Angleterre, ça ne se réduit pas plus à Londres que la France ne se réduit à Paris (je dirais même que c’est encore plus flagrant outre-manche). On a donc pris l’avion depuis Paris pour atterrir à Manchester. Les clés de la voiture de loc en poche, on se met en route vers l’est. Par facilité, on n’a pas exploré l’option transport en commun, mais pour avoir vu un certain nombre de festivaliers s’en satisfaire, il semblerait que ce soit largement possible.

Bref, on est arrivés à Scarborough le dimanche précédent le festival, ce qui nous a laissé le temps de nous balader. Si on me demandait de décrire la ville, je dirais que c’est typiquement la station balnéaire historique à l’anglaise, qui s’est conservée de manière inégale. L’endroit ne “craint” pas, mais on voit dans pas mal de rues des maisons ou immeubles laissés en décrépitude, au point où on peut voir des pigeons squatter l’intérieur des lieux à travers les fenêtres encore intactes. En parlant de volatiles, l’un des aspects qui frappe lorsqu’on découvre la ville, c’est l’omniprésence des mouettes. Visiblement bien nourries, elles sont chez elles. On trouve d’ailleurs des panneaux un peu partout indiquant de ne surtout pas nourrir les mouettes, sous peine d’empirer le phénomène. À l’opposé des oiseaux blancs, on trouve les metalleux, même une semaine avant le festival. Soit on n’est pas aussi originaux qu’on l’a cru, soit il y a un paquet de fans de metal ici ! On en croise à tous les coins de rue.

Le logement qu’on a loué pour la période est un petit trois-pièces dans une maison de ville typique à environ un quart d’heure à pied du Spa. Assez bien aménagé, notre programme de vadrouille ne nous incite pourtant pas à cuisiner et on teste un certain nombre de restos, notamment pour le petit-déjeuner. La plupart étaient corrects, mais on a quand même eu quelques bonnes surprises. Notre premier dîner à Scarborough se fait au Cowshed Burger. Petit resto de burgers moderne dont le staff est super sympa et les burgers bons et originaux. LA pépite de notre séjour (en dehors du festival), c’est le Pomodoro. Un resto italien très quali (et le patron parle en italien avec une bonne partie des serveurs, sans que ce soit pour insulter la clientèle, ce qui est bon signe). Je sais, aller en Angleterre et manger italien un soir sur deux, pour quelqu’un qui défend l’idée que la gastronomie anglo-saxonne est sous-cotée, c’est ironique. Mais je recommande vraiment l’adresse si vous allez à Scarborough. Enfin, au niveau du petit-déjeuner, après quelques errances, c’est sur le Greensmith Coffee que finit par se jeter notre dévolu. Au moment de notre passage, ils avaient un chocolat au lait glacé au peppermint qui était apparemment à tomber et du très bon café, en plus des options de nourriture qui ne sentent pas la friture au saut du lit.

Depuis tout à l’heure, je tourne autour du pot, alors que c’est du festival que vous voulez entendre parler. Alors on va parler du festival. Le billet 2 jours se vend pour un peu moins de 200£, soit environ 220€ au moment d’écrire ces lignes (le billet 2027 monte à 229£, mais d’après l’orga, c’est exceptionnel pour une affiche exceptionnelle et est amené à redescendre les années suivantes “s’ils le peuvent”). Mais attention, à moins de posséder une propriété de vacances là-bas, il faut rajouter le coût du logement. En effet, pas de camping ici, la plupart des festivaliers logent à l’hôtel ou dans des locations de vacances (ce qui pourrait avoir un effet positif sur les odeurs corporelles, mais ça ne semble pas unanime, on en reparlera). Les parties extérieures du Spa ne sont pas fermées aux visiteurs durant le festival, ce qui nous aura valu quelques questions de passants curieux (“il se passe un truc, ici ?”). Seuls l’accès aux trois salles du complexe et le restaurant du Spa sont réservés aux festivaliers. On peut récupérer son bracelet dès le vendredi, de midi à 17 heures, sur place directement.

Le premier concert débute à midi le samedi, c’est donc à midi passé de dix minutes qu’on se pointe comme des fleurs pour échanger nos bracelets. heureusement le processus est ultra-rapide et en cinq minutes, on est rendus dans le grand hall, la plus grande des trois salles et notre “main stage” pour ce festival. D’une capacité debout qui frise les 2000 personnes, elle est très classique dans sa répartition avec un balcon sur les trois côtés qui ne sont pas occupés par la scène. Au rez-de-chaussée, la fosse, organisée autour de la console et un espace PMR sur la droite en regardant la scène. Sur celle-ci, Groza, un groupe de black metal bavarois que je ne connaissais pas (et en même temps, je me suis un peu pointé en touriste aujourd’hui), est en train de tout donner. Ma première impression est “waouh, le son est vachement bon !” avec un coup d’œil vers la console. Ça restera une constante pour le grand hall sur l’ensemble du festival, mais là, ça me permet d'apprécier la performance scénique. C’est donc une bonne surprise (comme souvent les groupes d’ouverture, ne faites pas comme moi, arrivez à l’heure, ça vaut le coup !), même si on me glisse à l’oreille que c’est étonnant que je ne connaisse pas déjà, apparemment ça fait un moment qu’ils sévissent. Je qualifierai leur style de black prog capuche, qui n’est pas sans rappeler Gaerea, les sigils en moins. Très vite, le set se termine (eh oui, quand on arrive à la bourre), sur une chanson hommage à l’ancien bassiste du groupe décédé il y a deux ans et demi.

Le concert suivant se déroule dans l’Ocean Room, située un peu plus loin. Pour y accéder, il faut traverser la partie allouée au merch et au market (qui permet aussi d’accéder au “Sun court”, une cour intérieure à ciel ouvert où on peut se poser sur des chaises), monter un escalier extérieur et potentiellement se faire refouler à l’entrée. Car oui, sur le papier peu de concerts se chevauchent (dont un total de zéro ce samedi), mais il faut prendre en compte que l’Ocean Room, c’est une capacité de 700 personnes, pour près de 2000 festivaliers. Si vous tenez à voir un concert là-bas, je recommande d’anticiper. Nous, on fait l’impasse sur Black Cilice, d’autant qu’il faut qu’on jette un œil au merch et qu’on évalue les offres de restauration.

D’ailleurs, sur ce dernier point la bonne surprise, c’est la présence d’une célèbre bière noire originaire de Dublin, en version zéro. Pour ceux qui ne connaissent pas, c’est moins de 0.05% d’éthanol, quand on veut ralentir sur l’alcool, c’est une vraie alternative avec le goût de la stout (et il faudrait en boire plus de cinquante litres avant d’être positif en soufflant dans le ballon). Sa présence ne se limite d’ailleurs pas au festival et sur l’ensemble de la semaine, je n’ai trouvé que deux endroits qui n’en servaient pas (ou étaient à court), alors qu’on a visité un paquet de pubs ! Quand on sait à quel point cette boisson peut être difficile à trouver en France, ça fait plaisir d’en trouver dans tous les bars. C’est d’autant plus vrai quand on regarde les prix (2 à 3£ pour une pinte, soit moins cher que le cola !).

Pour la restauration solide, je vous ferai un topo avec le jour 2, ça vous fait une raison de plus d’aller lire la suite et ça me permet d’éviter de tartiner des pages sans parler musique !

Le temps de faire notre tour du market, papoter un peu avec des gens et on retourne dans le Grand Hall pour le début de Mesarthim. Je ne connais pas non plus ce groupe australien (toujours touriste, rien de mieux pour faire de belles découvertes) et je suis immédiatement bluffé. Le set est épique et je sens un frisson me parcourir durant pas loin de trois quarts d’heure. La combinaison habile du black atmo et des sonorités trance ne me laisse pas indifférent, je sais que je réécouterai plus tard, au calme. Le groupe est actif (albums et EP) depuis 2015, mais cela fait moins de 2 ans qu’ils se produisent en live. Pourtant, ils semblent très à l’aise, la synergie sur scène est très agréable à regarder et mon oreille de philistin ne repère pas de fausse note.

Sortis de là, c’est l’heure de retourner au bar (effet secondaire du prix réduit et de l’absence d’alcool, on n’a plus aucune raison de ne pas y retourner 15 fois par jour).
On en profite également pour tester le stand de burgers, sans prendre de burger pourtant mais je parlerai du verdict dans le report du jour 2, pour les même raisons qu’évoquées plus haut.

Concert suivant, Ossaert. Pour une fois, j’avais écouté un peu, décidé que ça n’était pas ma came, mais on va quand même voir ce que ça donne. Encore une fois, le son est nickel, c’est globalement très qualitatif et objectivement bon. Simplement, ça ne me fait pas plus vibrer que ça et je repars après quelques chansons.
On papote un peu, mais on ne tarde pas à se déplacer vers l’Ocean room, car on ne veut pas louper les aussies de Midnight Odyssey. On rentre assez facilement (en même temps, avec le pass presse, on triche un peu) dans la salle par le côté et on découvre les dimensions : Toute en largeur, avec un espace bar et quelques tables à l’autre extrémité. On se trouve une petite place au fond, juste devant la console et on attend.

Comparé au grand hall, niveau son, c’est une autre histoire. Les basses, voire les infrabasses sont omniprésentes. Ça donne un cocktail assez déséquilibré à mon goût, qui n’empêche pas d’apprécier la musique, mais gâche un peu l’expérience. D’autant qu’on s’aperçoit assez rapidement (enfin, on entend des gens en parler et ça attire notre attention), que le clic du métronome est audible dans le mix global. Bref, l’expérience n’est pas géniale et on voit les ingés son échanger avec un air désespéré derrière la console. On apprendra par la suite qu’il y avait une incompatibilité matérielle indéterminée entre le matos du groupe et celui de la salle qui a rendu leur travail infernal. En l’état, on finit par lâcher l’affaire au bout d’une trentaine de minutes. On marque tout de même un temps d’arrêt juste avant de quitter la salle, car depuis le côté, le son est étonnamment bon. On imagine que c’est aussi le problème avec ces salles à la géométrie inhabituelle, où on est obligés de faire des compromis sur la sonorisation. On écoute pas tout à fait une chanson de plus et on redescend car nos verres sont vides.

Détour par le food court, où on constate que le rush hour pour les food trucks est à l’heure anglaise (comprendre : dîner entre 17h et 18h). C’est encore l’occasion d’une session papote avec d’autres festivaliers, qui sont globalement très sympas et intelligibles (on avait un peu la crainte de l’accent du yorkshire, qui sans être l’accent écossais ou irlandais peut être un peu difficile à maîtriser). Une part non négligeable n’est pas du tout anglaise, mais vient des quatre coins du monde. On entend en effet parler français, espagnol, portugais, des langues slaves et germaniques que je n’ai pas identifiées formellement. Mais on a également des représentants anglophones plus ou moins lointains (de l’Écosse aux États-Unis, en passant par quelques groupes australiens qui profitent du festival en plus de se donner sur scène).

Un petit passage aux toilettes s’impose et me permet de vous parler de ce genre de détails du fest. Elles sont en dur, avec l’eau courant, suffisamment nombreuses, même si la répartition n’est pas idéale. On trouve presque systématiquement du papier toilette, même si le ménage n’est clairement pas fait toutes les heures (sans être précieux, certaines cabines côté homme sont assez rapidement dégueulassées au point de décourager de les utiliser). Les toilettes sont juste à côté de l’Ocean room, ce qui me donne l’occasion de passer une tête sur Totenwache. Je ne connais pas du tout le groupe mais le nom fait beaucoup rire mon gamin intérieur. En très résumé, c’est du bon black à corpse paint, bien rythmé, que je trouve sympa sans plus accrocher. Je n’écoute qu’une chanson et je retourne au sun court pour taper la discut’.

La causette est prenante et le cadre suffisamment sympa pour ne pas voir l’heure filer jusqu’à 19h. On se dépêche donc d’avaler une barquette de curry thaï et on file se placer pour Dodheimsgard.

Bon, Dodheimsgard, ça a un peu un côté bœuf entre potes. Le line-up a changé quasiment autant de fois qu’un metalleux change de caleçon dans sa vie et une bonne moitié de la scène du black metal norvégien en a fait partie à un moment ou à un autre. Voilà, tout est dit. Après, on ne va pas se mentir, ça reste très bon et depuis le balcon où on a profité des sièges pour poser nos fessiers fatigués, on passe un excellent moment. Comme annoncé dans l’appli du fest (qui n’est pas trop mal conçue, par ailleurs), le groupe joue l’intégralité de l’album Black Medium Current, ainsi que quelques autres pépites. Le tout est très perché, avec des visuels assez ubuesques (qui ne sont pas sans rappeler certains visuels d’Igorrr)

Puis, après la dernière note, c’est l’heure de Whoredom Rife. C’est une institution, je sais, mais deux ou trois morceaux plus tard, on quitte la salle et on va plutôt prendre l’air sur le bord de mer. C’est assez simple, il suffit de repasser les portes du spa et on est sur la digue, avec les mouettes comme bande sonore. Ceci mis-à-part, c’est assez paisible, d’autant plus qu’on bénéficie d’une météo particulièrement clémente. On disserte un peu sur le sens de la vie, puis on retourne à l’intérieur, dans le grand hall, où on met le cap sur le balcon pour pouvoir se poser tranquillement.

Quelques minutes plus tard, avec une ou deux minutes d’avance, c’est le dernier concert qui commence. Ça fait à peine un an que Galder a recommencé à tourner avec son bébé Old Man’s Child et je n’ai pas encore eu l’occasion de le voir en live. Bien vissé dans mon siège, j’attend donc le clou de la soirée. Bon, ne nous mentons pas, ça va rappeler très fort un groupe auquel a participé Glader pendant un bon moment (comme d’ailleurs certains de ses musiciens live, coucou Tjodalv !). Mais on ne s’en plaint pas ! Après quelques imprécisions au niveau des balances (notamment les cœurs qui sont d’abord trop faibles, puis trop forts), rapidement réglés, c’est pêchu, épique et lourd à la fois. Je ne vois pas l’heure passer (et en même temps, il n’est pas encore 23h10, donc ils n’ont peut-être pas joué l’heure entière) et la dernière note me laisserait presque sur ma faim. On ressort lentement, en échangeant sur la journée et on s’accorde sur le fait qu’on ne regrette pas d’être venus. Mais même s’il n’est que 23h et quelques, on est fourbus, donc après un quart d’heure de marche et une petite blague en passant devant le restaurant Pomodoro, on prend une douche et on va se coucher.