Beyond the Gates arrivée et jour 1 By Denis Lagrange
Amateur de noir metal, bonjour. Le Beyond the Gates (Béton the Gates pour les intimes) est un festival qui nous fait de l’œil depuis quelques années maintenant. Avec une programmation très qualitative année après année, il s’agit tout de même d’un voyage à Bergen, en Norvège, où le coût de la vie est connu pour être particulièrement élevé. A cela s’ajoute un ticket d’entrée (pass silver) dont le prix équivaut presqu’à celui d’un pass 4 jours Hellfest. Pour un peu plus de 3500 couronnes norvégiennes (environ 300€), le Beyond the Gates propose une vingtaine de groupes sur quatre jours, complémentés par onze groupes en before et after lors des jours 2 et 3 (day shift et night shift inclus dans le pass gold, mais à acheter en sus pour le pass silver). Si ce n’est qu’en 2024 que l’on s’y essaie, c’est donc avant tout à cause de la barrière financière. Malgré la saison, il ne s’agit pas d’un open air. Les concerts ont lieu dans trois salles différentes (une pour les day et night shift, une pour les jours 1 et 2, la dernière pour les jours 3 et 4).
Tout d’abord, petit point sur le coût de la vie en Norvège, puisque je l'ai mentionné. Globalement, les prix sont plus élevés que dans l'hexagone, mais c'est sur l'alcool que cette différence est la plus flagrante. L'état norvégien s'est lancé dans une campagne assez poussée pour réduire la consommation d'alcool (qui présente des points communs avec ce qu'on a pu connaître en France avec le tabac). En résulte un alcool dans les supérettes qui est entre deux et quatre fois plus cher, et entre 20 et 50% plus cher dans les débits de boissons. De plus, tout ce qui dépasse 4,7% de volume d’alcool est soumis à un monopole étatique et n’est par conséquent vendu que dans les « vinmonopoliet », sortes de supérettes qui ne vendent que de l’alcool. Au niveau nourriture, on peut s'en sortir pour des prix similaires à ce que l'on connaît chez nous en faisant attention, mais ça peut également vite grimper dans des établissements que l’on n’aurait pas soupçonnés.
Tant qu’à se déplacer jusqu’en Norvège, autant en profiter pour visiter. On arrive donc avec deux jours d’avance, le lundi midi, alors que le premier concert n’aura lieu que le mercredi à 17h30. Après la prise de possession de l’appartement de location, on se ballade un peu en ville, notamment dans le quartier de Bryggen, véritable vitrine hors du temps qui représente la ville telle qu’elle était autrefois. Le soir, on expérimente l’Apollon, un bar/disquaire partenaire du festival, à l’ambiance très sympa. Nous ne sommes clairement pas les seuls à venir en avance et on croise des blackeux de toutes origines.
Le mardi, nous partons en expédition à Fantoft et sa fameuse Stavkirke (église en bois debout). Celle-ci a été reconstruite en 1997, après avoir été incendiée en 1992 (l’Inner Circle du black metal étant fortement soupçonné à ce sujet). Les ruines de l’édifice original figurent d’ailleurs sur la pochette de l’album Aske de Burzum, et l’endroit constitue donc une sorte de pèlerinage de black metal. On y accède en environ quinze minutes de tram pour 66 couronnes (environ 5€50) aller-retour par personne depuis le centre, puis environ quinze minutes de marche. Nichée au cœur des bois, on peut en apprécier l’aspect extérieur gratuitement, mais l’entrée coûte 80 couronnes et nous faisons donc l’impasse sur la visite de l’intérieur (même si ça fait environ 6€66, gloire à Satan !). La forêt en elle-même est très sympa, avec une vibe trve black metal norvégien telle qu’on en profite pour se faire un petit photoshoot en mode pochette d’album à un endroit qui s’y prète (c’est assez fun de prendre la pose et faire des grimaces pendant que des non-metalleux passent non loin). L’après-midi, nous partons en reconnaissance pour repérer l’emplacement des différentes salles où auront lieu les concerts. Celles-ci sont toutes accessibles à pied en moins d’un quart d’heure. Le kulturhuset, où se déroulent les day et night shift le jeudi et le vendredi, est d’ailleurs ouvert pour la pose des bracelets et on en profite pour y procéder. Un petit verre et une pizza plus tard, on prend le funiculaire pour apprécier le coucher de soleil depuis le Floyen panorama, qui surplombe la ville et le fjord. On ne s’y essaie pas de nuit, mais c’est aussi le point de départ de nombreuses randonnées en forêt. On y trouve un restaurant, un bar, un café et pas mal de biquettes que l’on peut gratouiller.
Vient enfin le mercredi, premier jour officiel du festival. Tel que mentionné plus haut, les concerts ne débutent qu’à 17h30, même si le lieu ouvre à midi, notamment pour l’accès au « Beyond the Ink », convention de tatouage au sein du festival. On fait quand même un détour par Kjellersmauet, fameuse ruelle qui a servi de cadre à une célèbre photo de Kvitrafn (Gorgoroth, Wardruna…) par Peter Beste. Là aussi, ça fait partie du pèlerinage (ou du bingo selon si on se prend au sérieux ou pas) et on se retrouve à faire la queue (pas bien longtemps, mais d’autres attendent vite derrière nous) pour reproduire cette photo, en prenant notre air le plus aimable.
USF Verftet, le lieu qui accueille les deux premiers jours du festival, est un ancien chantier naval, reconvertie en lieu culturel (d’après un poster qu’on y a vu, USF signifierait « United Sardine Factories », mais on garde un doute). Deux scènes sont utilisées pour l’évènement, « Hallen » (le hall) et « Rokeriet » (le fumoir), séparées par le « backyard », un espace couvert qui sert de food court. Mais celles-ci sont fermées lorsque nous arrivons et seul l’espace tatouage est accessible. Plus de 15 artistes sont présents pour l’occasion, chacun avec une belle identité visuelle, mais tous dans une veine black metal, qui sied bien au festival.
C'est Whoredom Rife qui ouvre le festival à 17h30. J'y vais un peu la fleur au fusil, n'ayant jamais écouté auparavant. Certes, j'ai pu voir que leurs visuels sont assez bien léchés, mais reste à voir ce qu'ils donnent sur scène. Le set des norvégiens débute à l'heure, dans le "Hallen", sorte de grand entrepôt. On y rentre par le côté, on trouve un bar au fond et la fosse a une forme quasi-carrée. La sonorisation est très bonne, quand on considère que le bâtiment est en tôle. À l'opposé de l'entrée, un bar VIP.
Pour ma part, Whoredom Rife, c'est une assez bonne première impression. Du corpse paint, un black metal assez efficace, même si j'ai parfois du mal à me faire un avis lors d'une première écoute en live. Bref, ça mérite peut-être que je me repenche dessus à tête reposée une fois rentrée. Ce n'est pas un coup de cœur, mais ça fait très bien le taff !
On se déplace ensuite pour Manbryne, qui joue dans le Rokeriet, l'autre salle du lieu (les concerts alternent d'une salle à l'autre, avec 10 minutes de battement). La circulation est difficile et même si les salles sont assez proches, 10 minutes ne suffisent pas à tout le public pour se déplacer. On piétine et on arrive finalement dans une salle plus petite, presque comble, à laquelle on accède par un côté du fond. Heureusement pour nous, quelques marches nous permettent de prendre de la hauteur pour voir la scène (les norvégiens sont grands). Au fond de la salle, un escalier permet d’accéder à un balcon, info que l’on note pour plus tard. Lorsqu'on prend place, le set a déjà commencé, mais on entre immédiatement dedans. Le groupe arbore un maquillage noir orné d'une croix rouge qui leur prend tout le visage, le chanteur, assis dans un fauteuil roulant devant un autel garni de cierges, semble animer une messe aux allures martiales. C’est très entrainant et plus encore que Whoredom Rife, il va vraiment falloir que j’écoute à tête reposée. Malheureusement pour cette nouvelle découverte, le prochain groupe, c’est Watain et on veut être bien placés. On quitte donc Manbryne une quinzaine de minutes avant la fin du set (donc on loupe sans doute les deux dernières chansons).
Au sujet de Watain, on est toujours 666% objectifs, demandez à Madame. Et en étant objectifs, Watain, c'est simple, sobre, minimaliste... Donc comme d'habitude, on retrouve les uppsalien (est-ce ainsi qu'on appelle les habitants d'Uppsala ? Google n'avait pas la réponse, donc on va dire que oui), au milieu d'une scène un tantinet surchargée, assez de feu et de fumée pour qu'un incendie passe inaperçu (hello Fantoft !). Avant même l'arrivée de ces derniers sur scène, on a le plaisir de recevoir (à plusieurs reprises) du sang sur la tronche. Mais ça vient des disciples dans la fosse, pas de la scène (d'ailleurs on n'y aura pas droit de la part d'Erik durant le set, on est à ça d'être vexés...). Le groupe joue pour Satan, pas pour nous, mais on est loin d’être laissés pour compte. On a droit à une setlist sans point faible (mais en même temps, y a-t-il des chansons qu’on n’aimerait pas entendre en live ?), qui se renouvelle par rapport aux derniers shows qu’on a pu voir d’eux. Plus proche de la scène que nous sommes, le son gagne une teinte « garage » (en raison du bâtiment en tôle ?), mais qui fonctionne très bien pour le son des suédois. Juste devant nous, un mosh pit très actif, mais peu suivi. Les participants tentent à plusieurs reprises de nous foncer dessus (sans doute pour qu’on vienne jouer avec eux, sans succès). Le set s’achève sur Malfeitor, au bout d’une heure et ça parait un peu court. Mais la journée pourrait s’arrêter là, on est satisfaits.
Sur la petite scène, c’est Black Anvil qui prend le relai. Il nous faut une pause cependant et on se dirige vers le market pour voir ce qu’il y a. Ce dernier n’est pas gigantesque, mais présente des produits de qualité, pour un prix assez raisonnable. Quelques portants sont chargés de t-shirts de seconde main et des bacs de vinyles d’un côté, des patchs, des cassettes et artworks de l’autre. On en fait le tour en une petite demi-heure, puis on va se chercher un verre au bar.
Lorsqu’on revient au niveau du backyard, c’est avec l’intention de manger. On se dirige vers l’un des deux stands de nourriture, qui fait des gyros à la grecque. C’est bon et le prix est raisonnable (195kr porc ou poulet, 185kr pour la version végé à la fêta), même si ça nous fait louper la fin de Black Anvil. Rassasiés, on retourne dans la grande salle pour Mayhem.
Mayhem, c'est une institution. Mais, malgré le nombre de fois où je les ai vus, j'y reste assez imperméable. Il m'est donc difficile de jauger la qualité de leur prestation. Je saurai juste dire que le "Hallen" est assez bien rempli et que ça gesticule pas mal au premier rang. On notera aussi une apparition en guest de Kjetil Manheim, à la batterie, qui avait notamment joué pour Deathcrush. Nous, on est au fond, une bière hors de prix (108 kr, soit environ 9€ les 40cL de pilsner) à la main et on attend Trelldom.
Le problème, pour Trelldom, c'est que lorsqu'on se déplace pour les voir, on se retrouve bloqués par la sécurité avant d'accéder à la salle. On nous annonce que celle-ci est comble, au point d'avoir atteint la jauge de sécurité. Il s'avère donc que le festival vend des billets au-delà de la jauge de cette salle, ce qui nous paraîtrait acceptable, n'étant le prix du billet. En bon français, on tente de passer par l'autre entrée, mais c'est le même topo et on doit attendre quelques minutes que des gens sortent pour pouvoir entrer à notre tour. On finit par réussir et on se faufile à travers la zone merch pour atteindre les escaliers qui montent au balcon.
Treldom, c'est un peu le fils aîné de Gaahl (de Gorgoroth, qui a eu beaucoup de projets différents). Il s'agit là de leur premier concert, qui démarre une tournée de seulement quatre dates, qui s'achèvera juste avant la sortie de leur nouvel album "... By the Shadows..." en septembre. Ce dernier rompt avec plus de 15 ans sans nouvelles (l'album précédent datait de 2007). Très atmosphérique, Trelldom nous envoûte à coup de rythmes lancinants et de sonorités expérimentales. Gaahl explore de nouvelles pistes avec sa voix et il faut avouer que le résultat est très bon. Ça clôture bien le premier jour, très positif de notre point de vue.
Retour à l’appart, car on est quand même sur les rotules. Le chemin de retour est agréable, il ne fait pas chaud, mais c’est tout à fait supportable. On est accompagnés de tous les autres festivaliers, donnant des allures d’exode de black metalleux. Arrivés dans notre chez nous temporaire, on prend quelques note et au dodo, demain il y a d’autres concerts !