On est ici bien sûr pour parler de ''Looking for Trouble'', le nouvel album blues des Dead Daisies. Qu’est-ce qui a inspiré cet album de reprises ? C’était une décision spontanée ou un projet de longue date ?
Non, c’était en fait assez spontané. Ce sera peut-être une réponse un peu longue, alors désolé d’avance.
Le studio dans lequel on enregistre habituellement à Nashville appartient à notre producteur, Marty Frederickson. Si vous avez déjà vu un documentaire sur le Muscle Shoals Sound sur Netflix, le studio où nous sommes allés s'appelle Fame. C'était le premier studio, avec le groupe maison les Swampers. Puis certains ont quitté pour créer un autre studio à Muscle Shoals, qui est aussi devenu célèbre, et ensuite ils sont partis à Nashville, dans le studio que possède Marty.
Donc, on a regardé ce documentaire et on s’est dit : "Ce serait génial d’enregistrer un jour à Muscle Shoals." On y est allé, on travaillait sur Light Up la journée, et le soir on buvait un peu de vin, on fumait, et on regardait les photos d’Otis Redding, Aretha Franklin, Duane Allman, etc. Ça nous a vraiment inspirés. Le soir, on improvisait : “Tu connais quoi ?” “Moi Born Under a Bad Sign”... Et Marty enregistrait tout. Il a dit : “C’est bon, ça.” Alors on a dit à notre manager : “Tu sais quoi ? On fait un album blues.”
Comment avez-vous choisi les chansons ?
C’était surtout des morceaux que tout le monde connaissait. Perso, je connais beaucoup d’artistes blues, mais je suis entré dans le blues un peu par la porte de derrière : Led Zeppelin, Rolling Stones, Clapton, Delaney & Bonnie... Ces groupes influencés par le blues m’ont ouvert la voie. Donc on a commencé par Born Under a Bad Sign, Walking the Dog, etc. Et on a dit : “Ça sonne bien. Qu’est-ce qu’on connaît d’autre ?”
Moi, je voulais absolument faire In My Time of Dying, qui est en fait Jesus Make My Dying Bed. On ne les a pas rejouées à l’identique, on les a arrangées pour qu’elles sonnent “comme nous”.
On plaisantait en se demandant : “Qu’aurait fait Led Zeppelin ?” Et on a essayé de faire nos propres versions. Par exemple, pour Crossroads, on a ajouté un pont pour expliquer la légende de Robert Johnson à ceux qui ne la connaissaient pas. Le passage dit : “Je me souviens du jour où j’ai perdu mon chemin, j’étais au fond du trou, j’ai vendu mon âme...”
Ma femme regarde la série Supernatural, et il y a des épisodes appelés Crossroads, Hellhounds on My Trail... Elle m’a dit “Mais c’est dans la série !” J’ai répondu : “Non, non, la série vient de là.”
Combien de temps avez-vous mis à enregistrer l’album ?
Il y a 10 chansons, et on a tout fait (écriture, enregistrement, mixage, mastering) en 29 jours, y compris Light Them Up et Looking for Trouble.
C’était très live, très brut. Parfois la première prise est restée. Marty disait : “J’aime bien ce que t’as fait là.” Ok, c’est toi le producteur.
Comment avez-vous réarrangé les classiques ?
Encore une fois, on s’est demandé “Comment faire que ça nous ressemble ?” Pour Crossroads, il y a plein de versions : Robert Johnson, Cream, Lynyrd Skynyrd... Nous, on a ajouté un pont pour expliquer la légende à ceux qui ne la connaissent pas.
Y a-t-il eu des morceaux difficiles à interpréter ?
< class="font14 bold-weight">Oui, Little Red Rooster m’a posé problème. J’avais la version de Mick Jagger dans la tête. J’aurais aimé avoir plus de temps pour la réinterpréter.
Et aussi Black Betty. Tout le monde pense à la version de Ram Jam, mais l’original vient de Lead Belly, un chant de prisonniers ou de travailleurs. On ne voulait pas refaire Ram Jam. Alors on a improvisé un rythme façon Trampled Underfoot de Zeppelin, et Marty a dit : “Ça, c’est bon.” Et c’est comme ça qu’on l’a construite.
Penses-tu que cet album peut ouvrir des portes comme celui de Slash avec son disque blues ?
Si c’est le cas, tant mieux, mais franchement, je ne cours pas après les prix. Je n’ai jamais compris les Grammys, les Oscars... L’art, c’est subjectif. Tu peux me dire “Écoute ça, c’est génial” et je peux ne rien ressentir. Donc je m’en fous complètement des récompenses.
Si tu pouvais collaborer avec une légende du blues, vivante ou morte ?
Robert Johnson. Tous ses morceaux ont été repris. Il serait fascinant à rencontrer, juste pour lui demander “Tu as vraiment vendu ton âme ?” Et je pense qu’il est aussi à l’origine du Club des 27...
Allez-vous jouer ces morceaux en live en France ou en Europe ?
J’adorerais faire des festivals blues avec Joe Bonamassa, Marcus King, Eric Gales, Kingfish... J’ai un vieux CD d’Alligator Records avec des artistes comme Koko Taylor. J’aimerais plonger davantage dans cet univers.
Est-ce que cette expérience blues influencera les futurs albums des Dead Daisies ?
Je ne sais pas. On ne planifie jamais nos albums. C’est toujours très spontané. On va en studio, on boit un peu, on regarde autour de nous, on dit : “Oh, c’est ici que les Allman Brothers jouaient ?” Et on improvise. J’étais dans la cabine avec du whisky, une cigarette, et une photo d’Aretha Franklin au même micro. Je me suis dit : “Putain, c’est génial.”
Donc, non, on ne planifie pas, on se laisse porter.