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HURAKAN, l'interview promo de ''Via Aeterna''

United Rock Nations
Brutal Deathcore (early); Symphonic Deathcore (later)
15/02/2022
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Interview réalisée par Emilie Calas / Des milliers de mots
Des milliers de mots

À quelques semaines de la sortie de leur troisième album, ''Via Aeterna'', chez Lacerated Enemy, nous avons discuté avec les membres de Hurakan, qui officient dans le style slam/deathcore. Créé il y a cinq ans, le groupe se compose de Maxime aux guitares, Raphaël à la basse, Danny au chant et Thomas à la batterie. De leurs débuts à leurs aspirations en passant par les changements de line-up et de style, les quatre garçons nous racontent leur parcours.

Pour ceux qui ne vous connaissent pas, pouvez-vous nous présenter le groupe ?


Maxime : Hurakan existe depuis 2017. À la base, c’était un groupe de brutal death/slam. C’était pas fait pour faire de la scène, on avait pas de batteur. C’était juste pour le fun, mais la sortie du premier album a plutôt bien marché. Je l’avais publié sur la chaîne YouTube SlamWorlwide et j’ai été étonné du retour des gens, pour un groupe qui sort de nulle part. En France à cette époque, il n’y avait plus beaucoup de nouveautés dans ce genre. Ça nous a boostés. J’ai voulu recruter Thomas à la batterie mais il venait de rejoindre Ceild à Avignon, et il a pu rejoindre le groupe pour le deuxième album. Raph est venu remplacer notre premier bassiste. Ça nous a débloqué plein de choses d’avoir un vrai line-up pour les live. Quentin (chant initial) est parti au début de l’écriture du 3e album et on a recruté Danny.

De quel univers musical venez-vous ?


Danny : Le métal extrême, tout ce qui est « core ». J’aime bien le rap US aussi, mais le rap français, pas du tout.

Thomas : Moi c’est le métal extrême, le death metal. Gojira a changé ma vie. C’est ça qui m’a forgé en tant que batteur. Avec le temps, mes goûts sont devenus plus bourrins : Aversion Crowns, Humanity’s Last Breath, tout qui est rapide et technique.

Raphaël : Oui, le métal extrême, et aussi tout ce qui est stoner, doom. Avec Max, on s’écoute parfois des trucs jazz-rock en rentrant de grosses sessions métal. Le rap hardcore et l’électro, c’est avant d’aller en concert.

Maxime : Pour moi, c’est métal extrême, mais plus je vieillis, plus j’écoute du rap français et aussi d’électro : hardcore, techno.

Avec une pointe d’humour, vous vous êtes toujours réclamés du « fake slam », par opposition au « true slam », pouvez-vous nous expliquer la différence ?


Maxime : C’est une bêtise dont le groupe Within Destruction a pas mal joué. Ça vient du fait que beaucoup de personnes disaient que telle ou telle musique n’est pas du « true slam » parce qu’il n’y a pas ceci ou qu’il y a cela. On a toujours aimé troller gentiment les gens avec ça. Sur le 2e album, la musique était plus sérieuse, mais l’image restait drôle. Le slam, c’est de toute façon un univers où personne est sérieux. On marchait là-dedans pour rire, et les gens aimaient bien. Avec l’arrivée du 3e album, on change de style, on a bien calmé le jeu sur notre image.

Thomas : Voilà, dans le slam, y a pas de breakdowns. Thy Art Is Murder, par exemple, c’est du deathcore pur et dur : que du breakdown à la deathcore, les guitares qui jouent en même temps, etc. Alors que le slam (« to slam » en anglais, c’est marteler), c’est de la double et du blast beat tout le temps, de la grosse voix. Le « true slam » sonne pas moderne, ça va très vite, et c’est pas ultra léché, pas ultra produit, c’est vraiment « années 2000 ». Quand on rajoute du slam sur du brutal death, on a ce truc très lent. Et oui, le côté troll est arrivé avec Within Destruction, qui a fait un mélange en mettant des éléments ultra violents dans du deathcore pour un résultat très moderne : le « fake slam ». Ça apporte un coup de jeune dans le slam.

Quentin était le chanteur du groupe depuis sa création. Qu’est-ce qui a le plus changé maintenant que Danny est à ce poste ? L’écriture des paroles est-il différent ?


Danny : Les paroles de Quentin étaient très tirées de la SF. Ça parlait d’invasions planétaires, ce genre de choses. Moi, c’est un univers qui me parle pas. Je préfère me concentrer sur l’être humain. Là, l’album parle des différentes maladies mentales. Quand je suis arrivé, j’en ai parlé aux autres, pour ne pas écrire des choses qui ne seraient pas utilisées, et ils ont été d’accord.

Maxime : Danny a quand même fait une transition avec la SF sur le premier single du 3e album, « Umbra », et sur « Abyssal », qu’on a pas encore sorti. Quentin avait commencé à écrire des textes, et avec son autorisation, Danny et moi les avons utilisés comme base pour les tourner avec le style d’écriture de Danny.

Thomas : Quentin était très « slam » au niveau vocal et scénique. Danny a été formé par Aaron Matts, ex-Betraying the Martyrs donc il a une voix typée deathcore, il a beaucoup travaillé ses growls très gras et très puissants, et aussi ses aigus donc en termes d’esthétique vocale, l’arrivée de Danny a beaucoup apporté pour le nouveau style de Hurakan. Au niveau des paroles, je participe davantage maintenant. Je suis incapable d’écrire un texte entier, mais j’adore améliorer un texte existant. Danny a de très bonnes idées et on les structure ensemble. Pour « Resurgence », Max m’a envoyé le texte en français qu’il a écrit. C’est un texte génial, mon préféré de l’album, qui parle de cette maladie d’avoir besoin de la validation des autres, et je l’ai traduit en anglais. Max et Danny me font confiance.

Danny est vidéaste et s’occupe des clips du groupe, et Thomas est ingénieur-son et s’occupe de toute la production. Quels sont les avantages et les inconvénients à travailler pour son propre groupe ?


Thomas : L’avantage principal, c’est que ça permet au groupe de ne pas sortir d’argent et de bénéficier pourtant d’une prestation professionnelle. L’inconvénient, c’est que je voudrais faire plaisir à tout le monde, mais que tout le monde n’a pas la même vision : y en a un qui veut mettre ceci en avant, un autre qui veut mettre autre chose. Je dois donc voir au-delà des préférences individuelles, y compris les miennes, pour favoriser les choix les plus pertinents objectivement.

Danny : pour moi, l’avantage c’est que je suis tout le temps en contact avec les gars donc j’ai leurs idées et leurs avis très rapidement. Et l’inconvénient c’est que comme c’est mon métier, le temps que je prends pour Hurakan, c’est du temps que je prends pas pour un artiste avec lequel je travaille. Je trouve que c’est plus simple de faire comme ça. Après, un jour, on pourrait carrément travailler avec un autre réal mais là, avec notre budget on pouvait pas se permettre de payer quelqu’un très cher donc on a fait de notre mieux avec ce qu’on pouvait et ce qu’on avait. « Asmodeus » c’est pas moi qu’il l’ait réalisé, c’est un autre artiste, Diamondtusk. J’ai fait « Umbra » et « Void ».



Comment définiriez-vous votre 2e album et en quoi le 3e est-il différent ?


Thomas : Le 2e album était assez slam. Sur le 3e, beaucoup de choses ont changé. Au niveau musical, c’est bien plus recherché, le style est plus « mature ». Pour la composition des orchestrations, on a collaboré avec Philippe Parickmiler, qui réalise les drum covers de ma chaîne YouTube. La vision extérieure qu’il nous a apportée a été très bénéfique. Il y a aussi plus de détails dans la production. Au-delà de la musique, c’est aussi notre image qui a changé, on est plus sérieux, on s’éloigne un peu du monde slam. Je pense que le nouvel album est un album de transition pour Hurakan, une étape dans notre évolution vers un nouveau style plus consistant et plus travaillé.

Maxime : Il y a pas mal d’atmosphères. Niveau composition, dans le 2e album, il y avait que deux guitares rythmiques et de temps en temps des lead mais c’était très rare. Il y avait qu’une lead à certains moments pour que ça soit pas trop répétitif. Sur le nouvel album, il y a toujours les guitares rythmiques mais il y a des guitares en clean, une, deux, voire trois guitares lead, qui vont pas trop s’entendre mais qui vont poser une atmosphère, une intention sur des passages. Sur la moitié de quasiment tous les morceaux, il y a des guitares lead « atmosphériques ». Ça a été vachement plus recherché. L’autre grosse différence de composition, c’est que sur le 2e album, j’ai écrit un peu ce que j’avais envie : parfois, je sortais des gammes, il y avait des trucs pas très cohérents musicalement parlant. Sur le 3e album, chaque morceau a été écrit avec des guitares dans une gamme et j’en sors pas pour qu’il y ait pas de « fausses notes », qu’il y ait pas de trucs à l’oreille qui fasse dire : « C’est bizarre ce moment-là ». (Raph : Ouais, on a arrêté le free jazz). Quelqu’un qui sait lire le solfège, il pourrait lire la partition et dire : « Oui, tout est cohérent ». Y a rien qui choquerait, que ce soit sur les clés, ou autre.

Raphaël : On a toujours eu une base deathcore mais dans l’album précédent il y avait des slam parts. On faisait du death/slam ou du slamming deathcore. Là, on est sur du deathcore un peu blackened dans la lignée de Lorna Shore, Mental Cruelty, Aversion Crowns. Et oui, au niveau de la compo, c’est moins simple qu’avant. Y a plus d’ambiance, plus de couches.

Pour la basse aussi ? Tu as senti que ton travail était plus complexe ?


Raphaël : Non, parce que c’est pas le rôle de la basse. Les lignes de basse, y en a une. Je me sens très bien dans mon rôle de bassiste qui fait le lien entre la guitare et la drum. Je suis pas un bassiste/guitariste frustré. Je fais ce qu’on me demande et j’essaie pas d’en sortir et d’en faire trop parce que j’ai peur de m’ennuyer. Je fais simple, efficace. En général, je vais plus faire gaffe à la guitare, mais il y a des moments où je fais plus attention à ce que fait la batterie. La batterie, bien souvent, c’est elle qui apporte l’énergie, et il y a des passages où tout ce qu’on veut c’est de la patate, du coup je viens appuyer ce côté-là.

Maxime : Souvent, la basse sur Via Aeterna suit le kick de la batterie. Sur les moments assez patate, où il a plus beaucoup de kick ou sur les temps forts, même si la guitare joue en tremolo assez rapidement, la basse va plutôt appuyer la batterie pour accentuer ces temps forts-là.

Raphaël : J’essaie d’aller aussi vite que la main du guitariste plutôt que la grosse caisse.

Sur le premier album, vous aviez plusieurs feat au chant, dont Rok Rupnik de Within Destruction, et sur le prochain, apparait Filip Danielsson, de Humanity’s Last Breath. Comment s’est passée cette dernière collaboration ?


Maxime : Thomas est un grand fan d’HLB, nous aussi, donc on s’est dit : « Pourquoi on lui demanderait pas ? On aime tous ce qu’ils font, ça va bien coller avec le nouvel album. On pourrait essayer de voir si le morceau sur lequel on veut le faire poser l’intéresse ». On lui avait laissé presque carte blanche. Il avait juste les lyrics.

Thomas : J’avais eu l’occasion de discuter avec lui lors de concert et sur les réseaux. Quand je lui ai proposé le feat, il a accepté à condition que la musique lui plaise. On l’a laissé choisir entre les refrains et/ou le breakdown final. Il a choisi le breakdown parce que les paroles collaient vraiment bien avec l’idée du démon externe. Bon, j’ai dû le harceler car il était très occupé, je l’ai relancé régulièrement pendant des mois. Il s’est excusé du délai quand il nous a envoyé la démo mais on l’a trouvée tellement parfaite qu’on l’a utilisée telle qu’elle. Et ça donne une dimension géniale au morceau.

Danny : C’est justement ces lyrics qu’on a adaptées à partir de celles de Quentin. Il avait carte blanche pour le placement de la voix, et au final il a repris mon flow. C’est pas un mec qui feat beaucoup donc avoir un oui de sa part, on était contents.

Raphaël : Et il a pas accepté juste parce qu’il discute avec Thomas. Avant de nous dire oui, il nous a dit : « D’abord, je vais écouter le morceau et je vous dis si ça me tente ou pas. » C’était pas juste, je prends vos thunes et je le fais.

Hurakan sort son troisième album. Quels sont les éléments qui vont ont permis de faire votre chemin aussi vite ?


Maxime : Moi, je le vois pas comme ça. J’aimerais bien que ça aille plus vite. Sans prétention, parce qu’il faut aussi par rapport à la musique qu’on sort, quand on écoute le nouvel album par rapport au 2e, il y a une étape nettement supérieure qui a été franchie.

Raphaël : Tu peux le sentir dans la réponse de Max : on en veut. On se donne beaucoup pour que ça marche. On se compare toujours aux groupes plus gros, y a toujours des groupes qui montent plus vite.

Thomas : Si on remet les choses dans leur contexte, on est un groupe français avec peu d’historique, et on a quand même fait le Deathfeast par exemple. Je trouve qu’on a une bonne évolution, mais oui, on aimerait aller encore plus loin. Max a su créer une fanbase les premières années, on a su faire de bons concerts, on a su se donner les moyens. Sur les réseaux, Max partage aussi des choses drôles, qui attirent les gens. En concert, on est sérieux et pro sur scène, les organisateurs voient qu’on propose des shows vraiment propres et bien ficelés. Et en dehors de la scène on est proche des gens, on discute. On travaille notre communication, on s’investit personnellement, on regarde ce que font les plus gros groupes que nous qu’on admire.

Vos meilleurs souvenirs de concerts en tant qu’artistes ?


Maxime : Parmi ceux avec Danny au chant, la Suisse, en août 2020.

Raphaël : Oui, c’était au tout début du Covid donc c’était plus zen, il y avait beaucoup de monde, on était tous là. Le Deathfeast, en Allemagne, ça a été plus compliqué à organiser, c’était au moment où le Covid remontait donc y avait moins de monde et surtout Thomas ne pouvait pas être là. Mais c’était quand même bien la classe. Il y a des gens qui nous ont vus à un an d’intervalle qui nous ont dit que l’arrivée de Danny nous a encore fait passer un level. C’était son premier concert, il avait seulement deux répètes dans la gueule et c’était la 2e fois qu’on le voyait.

Danny : J’avoue que je connaissais pas toutes les paroles. C’était même pas du yaourt, c’était du Yop.

Thomas : Le Deathfeast, en Allemagne. La prod nous a appelés une quinzaine de jour avant la date pour remplacer un groupe qui avait annulé. C’était un gros festival, avec sur l’affiche Humanity’s Last Breath, Aborted. On arrivait sur la première marche du monde des grands.


On en a un peu parlé au début, mais quels sont les styles musicaux les plus éloignés du métal que vous écoutez ?


Danny : J’aime bien la playlist « Chill » sur Spotify. Ça fait une bonne ambiance quand je bosse. Je fais du metal, je travaille avec beaucoup d’artistes qui font du metal, et au bout d’un moment, ça me gave, j’aime bien passer à autre chose. Et j’écoute aussi beaucoup d’Henry Dès, mais ça c’est pas de ma faute, c’est ma fille !

Thomas : J’écoute énormément de post-rock, mais le plus éloigné du métal c’est le classique, surtout Hans Zimmer (BO de Dune, No Time To Die), le Carmina Burana de Carl Orff mais aussi d’autres versions. J’ai eu aussi une grosse période rap, dernièrement, avec Dr Dre, Snoop Dog, Eminem, des trucs de gangsta. Et j’ai découvert Lorn récemment, un mec qui fait de l’électro très expérimental, assez sombre et assez gras. C’est pas violent, c’est ambiant, avec des synthés, des percu saccadées. L’album c’est Renmant.

Raphaël : J’ai quelques noms à donner : un Français qui s’appelle FKJ, un Anglais qui s’appelle Tom Misch. Ils font des trucs très calmes, très posés. C’est un peu de la musique Instagram, lifestyle. Sinon Snarky Puppy, j’adore ça, ça défonce, ils sont onze, un truc comme ça. Vulfpeck aussi. C’est beaucoup plus calme, tu sens que tu as affaire à de vrais musiciens, tu lui mets un instru dans la main en disant : « Vas-y, improvise », et tu regardes et t’apprends, c’est que des mecs comme ça.

Maxime : Techno pour le sport, et rap français quand je bosse, mais c’est des trucs mainstream en général, ça vient pas de la scène underground, contrairement au metal.

Magré le contexte sanitaire compliqué, vous avez des dates prévues ?


Maxime : Oui. Il y a des dates annoncées et d’autres pas encore. On est en train d’organiser une tournée en avril, principalement en France mais aussi dans les pays limitrophes « hauts ». De confirmés, on a le Rocksvel en Suisse en mai, c’est un report. En juin on a le Flesh Party Open Air en Slovaquie, mi-août on a les 10 ans Death Coffee Open Air en République Tchèque.

Dernière question : quel serait le feat ultime, pour chacun d’entre vous ?


Raphaël : Trevor, de Black Dalhia,
Danny : feat ultime : Corey Taylor.
Thomas : Corey, oui. Mais en feat ultime : Jo Duplantier, mais pas de Fortitude, de The Way of All Flesh. Ben Duerr, de Shadow of Intent et le guitariste de ce groupe, Chris Wiseman, qui fait des back en cris chantés. Lui, ça serait la folie. Et Fit For An Autopsy.
Maxime : Chris McMahon, de Thy Art Is murder. (Danny : Ah oui ! Y a God, et après y a CJ). Mais il me semble qu’il y a deux ans de ça, il était déjà à 1 500 dollars le feat…

Merci à vous pour le temps que vous nous avez consacré, et nous souhaitons un excellent accueil à Via Aeterna le 15 avril.
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