''Year One'', Unto The Wolves s'est imposé un projet trop ambitieux et peine à faire face à ce défi qui semble se transformer en boulet à traîner au fil des chansons
Unto The Wolves est un projet musical porté par le chanteur et multi-instrumentiste John « Gage » Sifuentes et créé en septembre 2016. Le but de celui-ci est d'inspirer un message de tolérance de toutes les religions, origines et croyances, ce qui se retrouve dans chaque chanson de ce nouvel album, « Year One », mais ne s'agit-il pas d'un sujet un peu trop vaste pour un si jeune artiste ?
On débute tout en douceur avec « Edge Of The Forest » qui s'articule avec une voix en chant clair avec quelques effets sur une ligne très discrète à la guitare acoustique. Le ton est mélancolique et étrange, avec quelques dissonances, mais l'ensemble est agréable et apaisant, parfait pour les longues soirées solitaires d'hiver. « Witness (Christianity) » prend la relève et, après quelques notes au piano, les guitares électriques et la batterie font leur entrée dans une atmosphère plus légère. Le chanteur joue ici sur le timbre de sa voix en saturant plus ou moins selon l'intensité des passages. Le contraste entre la voix qui évoque parfois des chanteurs de Metalcore et une ligne musicale plutôt légère crée une mise à distance bien maîtrisée. Malgré tout, le groupe ne parvient pas à m'emporter dans son univers sur ce morceau qui manque cruellement de dynamique. La fin du morceau, accompagnée par un violoncelle, me semble plus intéressante. La suite est plus rythmée et lourde avec « From Within (Wicca) » et le chant clair s'accorde bien mieux sur la composition instrumentale sombre mais entraînante, la mollesse du titre précédent est presque oubliée. Quand on sait que seul John « Gage » Sifuentes assure l'ensemble des instruments et le chant, on ne peut qu'être impressionner et pardonner les maladresses d'un premier album auto-produit.
La suite se trouve dans « Don't Follow Me (Shinto) » et ses sonorités japonisantes. Comme vous l'avez remarqué, chaque titre est porteur d'un sous-titre évoquant une religion et, comme l'artiste le dit lui-même, la tolérance de toutes les cultures et pensées religieuses est au coeur de son projet dont chaque morceau se veut une incarnation. Malheureusement, l'originalité de ce morceau est rapidement noyé dans une composition plus classique et je me demande si l'introduction ne servait pas qu'à justifier le titre avant d'être mise de côté… Heureusement, un court passage vient rappeler cet esprit qui apportait une touche de fraîcheur à un album un peu classique et qui manque parfois de rythme. C'est ensuite au tour de l'hindouisme d'être étudié par Unto The Wolves avec « The Mind (Hindouism) » et je dois encore une fois faire remarquer qu'à part le nom de la chanson, je ne retrouve presque rien de cette culture dans le morceau, quel dommage. L'ambiance change radicalement avec « Reverence (Vodun) » puisque le morceau est bien plus tendu que les précédents et tourne autour d'une rythmique agressive et d'une basse présente à souhait. La voix saturée mais pas totalement screamée est mise à l'honneur.
La voix est presque parlée sur « Transgression (Islam) », un morceau relativement lent et mystérieux. Une colère sourde est presque perceptible à travers ce titre bien plus chargé que les autres. La guitare semble s'enfermer dans des riffs de plus en plus tortueux et inquiétants. Il se joint ensuite à Bjorn Strid (Soilwork, The Night Flight Orchestra pour ne citer que ces deux groupes) pour « Ragnarok (Norse) » qui s'ouvre sur des voix masculines graves chantant en choeur sur une rythmique. La voix est ici totalement screamée et donne une nouvelle perspective à cet album qui a bien besoin d'un coup de pied aux fesses pour se lancer… La magie opère un peu plus sur ce titre mais, soyons honnêtes, rien de transcendant. « Something More (Greek Mythology) » met en avant une ouverture aux cordes, solennelle et aérienne jusqu'à un énorme break qui pourrait presque me réconcilier avec Unto The Wolves. Le morceau se rapproche plus de ce qu'on peut entendre dans le Metalcore à influences Hard Rock avec parfois des touches presque Industrial. Finalement, ces deux atmosphères musicales se mêlent, les cordes se superposant à la rythmique de la batterie.
Ce même choix d'associer deux styles musicaux, et donc deux ambiances très différentes, se retrouve sur « Full Of Darkness (Catholicism) » où des chants religieux se devinent sous la ligne mélodique à la guitare, autour de riffs relativement simples. La voix s'essaie à des screams plus variés que sur les précédents titres mais aucun ne me convainc réellement, alors que la voix claire, doublée de choeurs, est plus plaisante. On opère un retour dans le passé grâce à « Origins (Egyptian Mythology) » qui met cette fois en avant des sonorités orientalisantes que vient occulter un passage basse-batterie. Vous savez à quel point j'aime lorsque les musiciens laissent une vraie place à la basse, pourtant ici, cela n'était absolument pas nécessaire, et cela casse plutôt le rythme qu'autre chose, à moins que ce ne soit encore l'occasion pour l'artiste d'occulter le thème de son morceau. L'album n'oublie personne puisque le morceau suivant s'intitule « Ancestors Of War (The Maori Tribe) ». Si l'idée est effectivement belle, il me semble que l'auteur s'est imposé un cadre et une ligne directrice pour cet album, sans pour autant être à même de la suivre. Chaque titre semble être un prétexte pour un nouveau morceau de Metalcore au scream souvent douteux. Je ne comprends pas les six minutes de ce titre qui se répète sans fin. L'album s'achève sur une bonus track : « Addiction », que je vous propose de découvrir par vous-mêmes si Unto The Wolves vous plait ou vous intrigue !
En conclusion, je n'adhère pas à l'univers de cet album, sans pour autant le jeter à la poubelle. Il me semble que l'artiste s'est imposé un projet trop ambitieux, en tous cas à ce jour, et qu'il peine à faire face à ce défi qui semble se transformer en boulet à traîner au fil des chansons. En dehors des introductions des morceaux, généralement bien travaillées, on ne retrouve que peu l'esprit de la religion présentée dans le titre, était-ce donc nécessaire d'autant s'enfermer dans ce carcan ?