XXenty
Chozo Tull
Journaliste

MINDFEELS

«Besoin d'un shot d'AOR à la Toto ? Les Mindfeels sont les dealers qu'il vous faut.»

11 titres
AOR/Rock
Durée: 54 mn
Sortie le 17/11/2017
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Loin des success stories bâties en une nuit alors que le bon producteur était dans la bonne petite salle de concert devant le bon groupe, Mindfeels nous vient de loin : leur premier album, ''XXenty'' (qu'on prononcera ''twenty'', je suppose ...), s'intitule ainsi car ils ont commencé à faire de la musique ensemble ... il y a vingt ans ! Officiant alors sous le nom de Mindfields, du nom de l'album de Toto, le quatuor italien était d'ailleurs un cover band des ultra-connus rockeurs américains. Dans ''XXenty'', on ne s'étonnera donc pas d'entendre de fortes influences AOR du groupe fétiche de Mindfeels. Alors, fanatisme creux ou groupe porté par son amour de la musique ?

Si il fallait résumer cet album là, tout de suite, je dirais ''la force tranquille''. ''XXenty'' est certainement un album de rock, mais un album de rock posé, soutenu par la basse de Roberto Barazzoto aux accents jazz fusion (dans le mixage) et la batterie d'Italo Graziana, qui tape sur ses fûts avec goût et classe sans en faire trop, mais aussi sans donner dans le minimalisme. On sent l'expérience. Luca Carlomagno officie aux claviers et à la guitare (et au violon, mais il y en a moins), et fait un excellent boulot : les textures de synthé, si elles sonnent digitales et un peu datées, sont souvent intrigantes en début de morceau, et plantent bien la couleur du CD, tandis que son jeu de guitare, imbibé de Steve Lukather, respire l'élégance. Davide Gilardino à la voix rentre dans les canons du genre, ni grave ni fausset, et a du coffre. Le travail est fait, et les performances sont convaincantes.

Oui, mais qu'en est-il de la musique ? Sans surprise, on retrouve toutes les caractéristiques de l' AOR côte ouest que Toto a porté aux quatre coins du globe. N'étant moi-même pas un énorme fan de ces derniers, je vous préviens tout de suite : si il y a repompage de pépites de la part de Mindfeels, je ne saurais en rendre compte. Mais je connais les grands tubes, ''Rosanna'', ''Hold The Line'' et consort, et c'est avec plaisir que je me suis rendu compte que le quatuor italien avait su trouver sa voix (et sa voie) sans tomber dans l'imitation bête. Sur ''XXenty'', Mindfeels nous propose du gros rock (enfin, pour de l'AOR !) dans ''The Joker'' (qui a un côté Deep Purple très prononcé) et ''Fear'', des moments mélodiques pur rock US en début de galette avec ''Soul Has Gone Away'' et ''Don't Leave Me Behind'', et des power ballads ''These Words'' (un peu sirupeux là les gars quand même !) et ''Skyline'' - exercice indispensables au genre. Mais le groupe sait également se faire plus jazzy et groovy comme sur le très sympathique ''Hidden Treasures'', qui est peut-être mon morceau préféré de l'album, avec son côté lounge - cela dit, grosse concurrence avec ''Touch the stone'', l'avant-dernier morceau, qui malgré son refrain un peu convenu, offre un couplet un peu fusion et surtout avec des stabs de claviers torturés qui parlent immédiatement à mon petit coeur de proggeux, sans parler de l'interlude de clavier entre jazz et néo-classique.

Si il y a un reproche à faire à Mindfeels sur cette première sortie commerciale, c'est peut-être d'ailleurs cette facilité d'écoute qui parcourt l'album. A aucun moment on ne se sent pris aux tripes ou un peu agressé, ce qui est un peu dommage dans un album de rock'n roll. La faute peut-être un peu à mes oreilles qui accueilleraient volontiers un peu plus de violence, mais aussi à ce mix qui place tout le monde dans le champ sonore sans faire de faux pas, mais qui du coup perd en intensité et en énergie. Si la tête bouge au rythme de l'album, le reste du corps à du mal à partir - Mindfeels s'écoute plus au bord d'une piscine avec un vodka martini que dans une cave crade avec les potes. Comme Toto, vous allez me dire. Oui, mais dans Toto, il y avait quand même un peu plus de pêche dans les performances. Evidemment ça n'est pas très sympa de comparer nos compères italiens à leur grand manitou musical, mais il est dommage d'entendre des morceaux formellement réussis et exécutés avec talent aplatis par une production un peu trop aérienne et confortable. Cela retire aussi de l'urgence aux refrains, par exemple.

Pour qui est cet album ? Clairement, pour ceux qui, comme Mindfeels, ont la nostalgie des 80's californiennes et des épées sur les couvertures d'albums, mais aussi pour ceux à la recherche d'un classic rock mélodique et un peu sentimental. Rendez-vous au prochain album !