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Witch

CARMZIOFA
Rédacteur en Chef

In This Moment

''Witch'' est finalement un album de sorcière plus qu'un album de sorcellerie !
11 titres
Alternative Metal / Metalcore
Durée : 50 minutes
Sorti le 28/08/2026
24 vues
BETTER NOISE RECORDS
Avec ''Witch'' que Maria Brink présente comme l'album le plus intime de sa discographie, In This Moment y entame une nouvelle vie de label : signé chez Better Noise au printemps 2025, le quintette de Los Angeles tourne la page BMG et celle de ''Godmode'', son précédent disque paru en 2023. Autour de la chanteuse, rien n'a bougé, Chris Howorth et Randy Weitzel aux guitares, Travis Johnson à la basse, Kent Diimmel à la batterie.

Le vrai mouvement s'est produit en cabine : Kevin Churko, qui façonnait le son du groupe depuis une décennie, cède la place à trois producteurs qui se partagent les onze titres. Brink, elle, tient son cap conceptuel : "Être une sorcière, c'est être une créatrice, reliée à l'univers." Sorti le 28 août, l'album précède de quelques semaines une tournée Taste Of Chaos partagée avec Hollywood Undead.

Ce que le groupe sait faire, il le fait toujours très bien. 'Shame' démarre sur des harmonies vaporeuses avant que la dissonance ne tombe d'un bloc dans un pur mode Mansonien, et Brink y passe du chant tendu au raclement de gorge avec cette aisance qui reste sa meilleure arme. 'Crawl' installe un piétinement industriel, basses en avant, nappes électroniques hypnotiques, et monte jusqu'au cri sans jamais lâcher son tempo de défilé.

'Sleeping With The Enemy' pousse le curseur ailleurs, couplets à la limite du rap, refrain élargi, un morceau qui n'a jamais autant flirté avec le nu metal et qui trouvera sa place en concert dès les premières mesures. Le trio fonctionne, mais selon une recette unique : martèlement, montée, refrain géant. Mis bout à bout, ces titres finissent par se donner la réplique plutôt que par se compléter.

'Heretic' est l'endroit où le disque prend le plus de risques, et celui qui divisera le plus. Trois minutes à peine, synthés griffés, chuchotements venimeux, explosions de hurlements : la structure est volontairement bancale, et l'apport de Kim Dracula relève autant du numéro de cirque que de la collaboration. Selon l'humeur, on y entendra un accès de folie bienvenu au milieu d'un album très cadré, ou un maniérisme dont In This Moment n'avait pas besoin.

Le versant intime, lui, est la vraie nouveauté et la plus belle réussite. 'Father' répond ouvertement au 'Mother' de 2020, mais là où celui-ci célébrait, celui-là pleure : pas d'artifice, pas de mise en scène, juste une interprétation qui rappelle que Brink est d'abord une chanteuse. 'Without Me There's No You' avance sur des claviers glacés et une batterie presque rituelle, la voix exposée, et ne pèche que par sa fin, qui annonce une déflagration qui ne vient pas.

'I Want To Believe', duo avec Rory Rodriguez de Dayseeker, joue le contraste entre une clarté fragile et la menace théâtrale de Brink ; c'est l'un des refrains les mieux tenus du lot, même si l'habillage électronique et des samples de batterie trop visibles lui retirent un peu de chair.

Le ventre mou se situe dans les plages lentes. 'Into The Dark' étire une ballade électronique atmosphérique qui n'accroche jamais vraiment, et la reprise du tube de The Police, 'Wrapped Around Your Finger' installe un climat tournoyant, obsessionnel et finalement assez réussie.

L'autre reprise - Pink Floyd - 'Another Brick In The Wall' est passé à la moulinette dystopique, synthés froids, beat dansant, growls : l'idée colle au propos de l'album sur l'endoctrinement, mais l'exécution est mécanique et la participation de Kat Von D s'entend à peine. En clôture,

'Something I Can Never Have' de Nine Inch Nails est de loin la plus convaincante des trois reprises : sept minutes de retenue où Brink chante presque à voix basse, au point qu'on oublierait volontiers qu'il s'agit d'une reprise.

''Witch'' est finalement un album de sorcière plus qu'un album de sorcellerie : la figure est brandie, revendiquée, mais le sortilège n'opère que par intermittence. Il faut aller y chercher 'Father', 'Shame' et 'Crawl', trois titres qui rappellent pourquoi ce groupe compte depuis vingt ans, et accepter qu'un tiers du temps de jeu soit occupé par des chansons écrites par d'autres. Les fidèles y trouveront de quoi patienter et un ou deux morceaux à hurler en salle ; ceux qui attendaient le disque capable de remettre In This Moment au centre du jeu devront attendre encore.