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Weirdo

CELINE DEHEDIN
Journaliste

The Rasmus

The Rasmus revient avec Weirdo et signe un manifeste sans complexe: un album qui transforme la différence en étendard, la mélancolie nordique en pop nocturne.
10 titres
Metal
Durée : 33
Sorti le 12/09/2025
1401 vues
BETTER NOISE RECORDS
The Rasmus revient avec Weirdo et signe un manifeste sans complexe: un album qui transforme la différence en étendard, la mélancolie nordique en pop nocturne, et les refrains en refuges pour âmes à contre-jour. Le quatuor, toujours emmené par la voix immédiatement reconnaissable de Lauri Ylönen, ne cherche pas la réinvention radicale; il affine ce qu’il sait faire comme peu d’autres: des hymnes de outsiders, taillés pour les nuits trop longues et les souvenirs qui piquent.

Dès les premières mesures, on retrouve ce tir à double détente qui fait leur marque: guitares anguleuses et un soupçon de vernis électronique, basse mélodique qui serpente en contrechant, batterie nette et sèche, prête à s’ouvrir grand quand le refrain explose. L’arrivée d’Emilia “Emppu” Suhonen au poste de guitare, confirmée depuis la tournée précédente, donne à l’ensemble un grain plus incisif: riffs qui mordent, arpèges au clair-obscur, échos de post‑punk qui se glissent entre les couches plus pop. La production est lisse sans être aseptisée; elle laisse au groupe la place de respirer, et surtout à Lauri celle de jouer de sa palette, du murmure presque chuchoté au cri lumineux, cet aigu légèrement voilé qui demeure leur signature.

Weirdo, au fond, parle d’appartenance. Pas de celle qu’on hérite, mais de celle qu’on se fabrique. Derrière les accroches imparables, les textes reviennent sur des masques qu’on choisit, des cicatrices que l’on porte comme talismans, l’idée qu’on finit toujours par être “l’étrange” de quelqu’un. Le morceau‑titre, placé en pivot, assume cet ADN: tempo nerveux, refrain qui s’ouvre comme un rideau de théâtre, pont qui s’embrase en chœurs, larmes au coin de l’œil et poings serrés dans la poche. Ailleurs, les mid‑tempos font mouche: berceuses fissurées où quelques cordes et un piano glacé soutiennent une mélodie qui refuse d’abdiquer; titres plus rapides, presque dansants, où les synthés dessinent un néon discret autour d’un battement rock.

Sur le plan des couleurs, l’album marche sur la ligne qui relie Dead Letters à Black Roses: noir satiné, accroche immédiate, lueurs dramatiques, mais moins de surcharge que sur leurs penchants les plus emphatiques. On sent la leçon de Rise: l’envie de resserrer l’écriture, d’aller droit au but sans perdre l’ombre au coin de la pièce. Le groupe sait quand lever le pied pour laisser une phrase flotter, quand asséner le hook qui restera, quand rappeler la noirceur par un simple glissement d’accord ou un chœur spectral.

Tout n’est pas irréprochable. Par endroits, l’architecture couplet-pré-refrain-refrain semble trop sage, et deux ou trois titres se fondent dans une même silhouette. Mais même quand la formule affleure, The Rasmus compense par ce sens du détail et du motif: un break qui surprend, une ligne de basse chantante, un contre‑chant de guitare qui ouvre la fenêtre. Et lorsque le groupe se risque un peu plus – textures plus rêches, batterie plus organique, final en montée progressive – Weirdo déploie ses plus beaux plumages.

Au bout du sillon, ce disque n’a pas vocation à bouleverser l’histoire du groupe: il la prolonge avec une assurance tranquille et une main tendue aux cœurs en marge. Weirdo est un album d’accueil: on y entre avec ses bizarreries, on en sort un peu plus droit, un peu moins seul. The Rasmus y rappelle pourquoi ses corbeaux continuent de voler au-dessus de la mêlée: parce qu’ils savent faire chanter la nuit.