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Vlad The Impaler

Baptman
Journaliste

Holter

''Vlad The Impaler'' n'est pas un mauvais album de power métal mais il ne tient pas ses promesses en termes de narration et d'immersion, faisant passer ce qui aurait dû être son concept pour un simple vernis cosmétique
10 titres
Power Metal Symphonique
Durée : 45
Sorti le 09/11/2018
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Une fois n'est pas coutume, commençons cette chronique par un petit test de culture générale. Ah, je vois que vous avez tiré le thème : « la Roumanie au XVème siècle », bonne pioche ! Donc si je vous dis : Vlad III Basarab, vous n'aurez aucun mal à me dire de qui il s'agit ? Ok, et si je vous dis maintenant : Vlad Tépès ? Toujours pas ? Allez, faîtes un petit effort, que diable ! Bon...et si je vous dis à présent : Vlad Dracula, là, ça vous parle sans doute un peu mieux non ?

Et oui, Vlad Tépès, de son sympathique sobriquet « L'Empaleur » en roumain, était aussi appelé affectueusement Vlad Draculea, le ''Petit Dragon'' ou ''Fils du Diable'' (du roumain dracul : ''dragon'' ou ''diable''). Ce nom lui vient de son papa le très sympathique Vlad II qui faisait partie de L'Ordre du Dragon. Et surtout, c'est bien lui qui a inspiré de manière assez libre le nom et la légende du fameux comte vampire Dracula, inventé par Bram Stoker en 1897 dans le roman éponyme. Tout s'éclaire comme par un soir de pleine Lune.

Vlad Dracula fut voivode (prince) de la Valachie, l'ancienne partie sud de la Roumanie adjacente à la Transylvanie, trois fois entre 1448 et sa mort en 1476.
Il fut un grand chef de guerre et bâtisseur de forteresses mais surtout, si l'on en croit les nombreuses légendes à son sujet, un être d'une cruauté sans limites.

Son CV (Crudelitas Vitae) est impressionnant. Par exemple, de retour sur le trône princier dix ans après le meurtre de son père et de son frère, il se venge d'une atroce manière des 500 boyards, les aristocrates orthodoxes de Valachie, Moldavie et Transylvanie ayant trempé dans le complot. Les attirant dans un piège le dimanche de Pâques 1457, il les fait arrêter et en empale une bonne partie devant son Château de Targoviste formant ainsi une forêt de suppliciés agonisant pendant des jours sur leurs pieux. Les autres seront condamnés à marcher une centaine de kilomètres sur des chemins escarpés à flanc de montagne pour construire sa nouvelle forteresse, perchée au sommet du mont imprenable de Poienari, un point de vue stratégique. On rapporte aussi qu'il trempait son pain dans le sang de ses ennemis, faisait bouillir vivantes certaines de ses victimes, empalait des femmes avec leurs nourrissons, dînait devant ses « forêts de pals » et aurait cloué sur leurs crânes les turbans des émissaires turcs qu'il recevait…bref, il ne valait mieux pas lui chercher des noises, au Vlad.

Cette introduction historique étant terminée, vous pouvez maintenant fermer vos cahiers et ouvrir grand vos oreilles.

Holter est un projet de power métal opéra venu du pays des fjords. Il est nommé d'après son créateur, le guitariste Trond Holter, connu pour son travail dans Wig Wam, un groupe de glam métal au début des années 2000.

A l'origine de ''Vlad The Impaler'', il y a ''Dracula : Swing of Death'', le premier concept album sur le thème de Dracula réalisé par Holter avec l'appui du chanteur Jorn Lande (Yngwie Malmsteen) et sorti en 2014. Cet album, conçu comme un opéra rock destiné à être joué sur scène comme une comédie musicale, a remporté un certain succès en Norvège.

Centré autour du vampire de Bram Stoker, l'album ne relatait selon Holter que la moitié de l'histoire qu'il avait en tête. Son plan était de proposer un show complet en l'honneur du célèbre vampire et prince des ténèbres. ''Vlad The Impaler'' est donc à concevoir à la fois comme un successeur et comme une préquelle à ''Swing of Death''. Dans la même lignée générale et avec un certain nombre de musiciens du line-up original, Vlad se veut le recueil des idées narratives et musicales qui n'avaient pas encore pu être exprimées sur le premier.

Ce choix paraît tout à fait cohérent : revenir aux sources de la légende de Dracula en traitant cette fois-ci de l'homme, bien réel, qui l'a inspirée, explorer la légende avec ''Swing of Death'' et l'Histoire dans ''Vlad The Impaler'', présenter Dracula d'un côté et Vlad L'Empaleur de l'autre comme deux facettes d'un même personnage entre réalité et fiction…concept intéressant.

Là où ''Swing of Death'' nous conviait chez le célèbre vampire, ''Vlad The Impaler'' est donc censé nous plonger dans la froideur et la brutalité de la Valachie du XVème siècle, à l'époque ou Vlad Dracul règne en maître absolu et défend sa province contre ses adversaires ottomans, tout en s'accordant des petites pauses empalement les week-end.

Et c'est précisément là que se trouve la principale faiblesse de l'album : l'évocation du concept. Mis à part certains morceaux et passages de morceaux, rien ne fait vraiment penser à Vlad Dracul, ni à l'idée qu'on peut se faire de cette époque. Holter nous livre en effet un ensemble de titres dont les ambiances générales plutôt classiques pour du métal épique, le choix des sonorités limitées à une formation guitare/clavier/orchestration/basse/batterie et surtout l'aspect chanson de comédie musicale, sont un peu trop génériques et sentent un peu trop la recette pour vraiment traiter le sujet.

Du point de vue de l'immersion et de l'ambiance, l'album ne tient pas ses promesses. Quand on voit la pochette on s'attend avec excitation à découvrir une fresque mythologico-historique épique et brutale, à revivre une époque légendaire le temps d'un voyage musical, à éprouver frisson, peur, fascination, à se plonger dans une histoire dont chaque morceau serait un chapitre…rien de tout cela.

Musicalement, on est déçu. Où sont les orgues, les chants guerriers, les instruments traditionnels, les harmonies classiques, les cors et oliphants de guerre, pourquoi pas même les passages chantés ou parlés en roumain ? Bref, tout ce qui aurait pu nous faire penser à Vlad Dracula, chef de guerre et terreur de ses ennemis ? Quand on prétend s'attaquer à un personnage historique et à retracer une époque, même de façon romancée et surtout dans un style musical tel que le métal qui offre tant de possibilités de faire voyager son auditeur, il est dommage de ne s'en tenir qu'à quelques cordes par-ci par-là et à un sample de marche martiale libre de droit ('The World's On Fire'). Tant de formations sont allées jusqu'à chanter dans des dialectes oubliés, jouer d'instruments inconnus, bref, se donner vraiment le mal de retranscrire une époque musicalement, que, du coup, en écoutant ''Vlad The Impaler'' on se dit que cela ne suffit pas, qu'on n'y croit pas vraiment. Fans d'Ayreon, prenez à droite de la forêt de cadavres empalés et passez votre chemin.

En fait, en poussant le constat à l'extrême, on se dit que la plupart des morceaux pourraient tout à fait bien se passer du thème de Vlad L'Empaleur. Prenez 'Under My Skin' par exemple, c'est un titre power métal tout ce qu'il y aurait de plus normal : on a la petite intro avec la voix en coupe-bas, les grosses guitares rythmiques, le refrain porteur en voix féminine et les nappes de synthé en filigrane sur les refrains. Rien de spécial. On pourrait très bien remplir un album de power métal classique très correct sans thème spécifique avec des titres comme celui-ci, mais ce n'est pas l'ambition de ''Vlad The Impaler'', qui se veut opéra rock.

L'aspect comédie musicale se ressent d'ailleurs particulièrement dans des titres tels que 'I'll Die For You' qui se présente comme un question-réponse entre Nils K Rue (Pagan's Mind), successeur de Jorn Lande au micro et Eva Iselin Erichsen, son acolyte, ou 'Save Me Part II', la suite de la danse ragtime-macabre de ''Swing of Death''. Ou encore l'agressif Drums Of Doom que l'on imagine assez bien représenté sur scène avec une section percussive. De ce point de vue-là, c'est cohérent. On ressent bien les influences du premier album, les guitares et la production se veulent plus lourdes dans Vlad par rapport à Swing, Holter voulant y mettre plus d'énergie et aller vers plus d'efficacité.

Mais à réécouter ''Swing Of Death'', le grand frère de ''Vlad The Impaler'', on se dit que le cadet aurait pu faire mieux et prendre exemple sur son aîné.

Ecoutez par exemple sur le premier, 'Save Me', cette danse au rythme ragtime/swing. Les bruits de claquettes font penser à des ossements qui s'entrechoquent, on imagine des squelettes danser dans le hall d'un château à la lueur vacillante des candélabres. Ou 'Hands of Your God' et sa mélodie qui fait penser à une légende chantée, ses harmonies macabres à la guitare, le vent glacial sur l'intro, le glas qui sonne au loin…on y est ! 'Masquerade Ball' avec ses bruits de souliers qui courent et son rythme de respiration haletante, sa mandoline exotique en pizzicato, la guitare classique façon renaissance à la fin, le piano et même les bruits de succion malsains accompagnés de gémissements suaves…on a un tableau, une histoire, un mélange de séduction et de frayeur. Bref, on a du Dracula.

Là où Swing pouvait se suffir à lui-même, Vlad aura bien besoin de chorégraphie, de lumières, de costumes, de décors et même de dialogues en plus de la musique pour parvenir à nous faire voyager. Si une oeuvre a pour ambition de retranscrire tous ces éléments narratifs avec juste le son pour pinceau, elle se doit de jouer, c'est le cas de le dire, avec toutes les nuances, ajouts et idées à disposition. Malheureusement, ''Vlad The Impaler'' déploie une palette trop restreinte et trop terne pour surmonter ce défi. Pris seul, il apparaît insuffisant, incomplet, un peu vide. Malgré le thème macabre et sinistre qu'il est censé illustrer, on reste sur sa faim…

Attention, ''Vlad The Impaler'', n'est pas un mauvais album, loin s'en faut.

On appréciera notamment son côté rentre-dedans, efficace, « pop » version power métal et brutal. En particulier le rythme binaire bien efficace sur l'instrumentale éponyme qu'on imagine ponctué des « hey,hey » d'une foule de chevelus en délire. Cette même instrumentale pourra rappeler Maiden dans les solos doublés à la fin. Un morceau plutôt réussi dans l'ensemble.

L'album flirte aussi ouvertement et avec succès avec le métal symphonique à la Nightwish dans son titre phare : 'The Last Generation', un des singles de l'album, très efficace et porteur, dont il est sans doute le meilleur titre, à mettre à plein volume. Il y a une bonne dose de tout dans ce morceau: on apprécie tout au long la lourdeur des guitares adoucies par la mélodie au piano, Eva nous montre qu'elle est capable d'être pleine de grâce tout en envoyant une sacrée pêche…On ne peut s'empêcher de penser à la bande à Tuomas sur ce titre : la structure pop, les voix doublées, l'orchestration juste ce qu'il faut et les riffs bien heavy, le passage drums'n'bass et l'ambiance épique se concluant par une outro bien énervée…tout cela nous rappelle des compositions entendues déjà une fois, il y a si longtemps.
En conclusion, ''Vlad The Impaler'' n'est pas un mauvais album de power métal. En revanche, en tant que concept album sur Vlad Dracul, il laisse clairement à désirer.

Il est dommage que Trond Holter n'ait pas mieux tiré parti de ce personnage si particulier et des légendes qui l'entoure. Ce qui aurait pu être un très bon concept album entre Histoire et mythe n'est tout au plus qu'un album de power métal symphonique pas mauvais en soi certes, bien exécuté, mais pas exceptionnel. Anecdotique, voici donc l'adjectif, un peu dur peut-être, mais hélas assez proche de la réalité, qu'on est tenté de lui attribuer. Et pour l'appréciation générale, un bon vieux « peut mieux faire » ne paraît pas déplacé. Pour être clair, si vous adulez Arjen Lucassen abstenez-vous. Par contre si vous êtes un aficionado du genre métal opéra et que vous adorez Tobias Sammet encore plus qu'il ne s'adore lui-même, et/ou si vous êtes tout simplement curieux(se), vous y trouverez sans doute votre compte.