L’Italie n’en finira jamais de nous surprendre. Après Fulci, qui emprunte son nom au regretté Lucio, voici Tenebro, qui rend hommage au maestro Argento. Fondé en 2020, mais réellement actif depuis peu suite à de nombreux problèmes internes, le combo se stabilise autour du binôme Il Becchino (chant, guitare) et Il Beccamorto (guitare, basse, batterie).
Après deux premiers longs consacrés à tout un pan du cinéma d’horreur transalpin, le duo nous revient avec ''Una Lama d’Argento'', entièrement dédié à l’œuvre du grand Dario. Oubliez de suite la subtilité du dernier Uncle Acid And The Deadbeats, qui mettait en musique l’âge d’or du giallo. On a affaire ici à un bon vieux death metal d’obédience floridienne comme le pratiquaient les ténors de la scène au début des 90s.
'Inferno' attaque direct les hostilités avec un up-tempo brutal aux guitares gravement saturées. Le chant, d’une insondable profondeur, est plus proche du Balrog que de l’humain. L’auditeur se voit plongé dans un cauchemar sonore mêlant larmes, soupirs et ténèbres. Les frissons de l’angoisse le submergent, il ne ressortira pas indemne de ce trauma.
'L’angelo Caduto tra le Luci del Teatro' et 'Impaccata' enchainent riffs baroques et saturations colorées quand 'Lo Specchio… Omicida' distille une atmosphère rouge profond.
La grande force du combo réside dans sa capacité à digérer ses influences pour proposer des compositions solides et accrocheuses, suffisamment concises pour ne pas lasser sur la durée.
Le duo sait aussi composer des ambiances inquiétantes voire malaisantes comme sur le break ultra malsain de 'Sangue Sui Muri' ou la partie centrale de 'Lo Specchio…Omicida'.
Fort de sa thématique (et à l’image de sa délicieuse pochette), Tenebro aborde dans ses textes la filmographie du Maître de l’horreur transalpin. De nombreux samples parsèment l’œuvre à l’instar du meurtre inaugural (et superbement mis en scène) du référentiel Suspiria sur 'Impiccata'. 'Jennifer', qui vient refermer l’opus, débute par le thème original de Phenomena (que l’on doit à Goblin), et se voit progressivement métallisé jusqu’à muter en un death écrasant.
Le son, compressé à mort, semble tout droit sorti des Morrisound Studios et sied parfaitement à des pièces qui combinent lourdeur et vélocité ('Il Corpo Come Spartito', 'Appare La Bambola, Poi La Lama').
''Una Lama D’Argento'' démontre une fois encore la capacité des Italiens à s’approprier un matériau extérieur pour en faire une œuvre personnelle et de qualité. Tout un savoir-faire que l’on croyait disparu mais qui semble perdurer, à notre plus grande satisfaction.