Décidément, l’Italie n’en finit plus de nous abreuver de musique fuzzée. Rejoignant les States et la Scandinavie dans le tournoi des nations psychédéliques, il n’est que de compter les sorties de qualité émanant de la Botte pour s’en convaincre. Il faut dire qu’avec le navire Heavy Psych Sounds, qui compte dans son roster des pointures telles que Yawning Man, Nebula ou 1000Mods, nos amis transalpins bénéficient d’une belle rampe de lancement pour leur production locale.
C’est aujourd’hui au tour des florentins Lord Elephant de venir transformer l’essai marqué avec leur premier album « Cosmic Awakening », et l’on peut dire que les fans de jams enfumées vont se régaler.
Que ce soit avec « Smoke Tower » fleurant bon le Earthless, le final cosmique de « Astral Crypt », ou le Hendrixien « Mindnight », il y a de quoi rassasier les amateurs de soli psychédéliques. Nos amis transalpins cultivent l’art de l’improvisation efficace (entendre par là : la juste note au bon moment, le phrasé travaillé dans le détail, et le rejet de toute démonstration technique).
Le quatuor n’oublie pas d’où vient leur idiome, en citant pèle-mèle les bluesmen originels (via les riffs à la gloire de la tierce mineure tordue de « Mindnight ») ou les fondateurs Led Zep (via une réappropriation du riff de « Black Dog » sous peyotl dans "Black River Blues"). Enfin, il eut été inconvenant s’agissant d’une musique fondée sur l’improvisation à l’économie mais gorgée d’expressivité, de ne pas faire un clin d’œil au fan de David Gilmour, avec le floydien et élégant « Leave this world with me », dont la seconde partie évolue ensuite vers une matière un tantinet plus sauvage.
La production respire quant à elle le bon gras, il y a de la mâche et de la rugosité, la fuzz est « molto cremosa » et il règne une ambiance très « live » apportée par la réverbération naturelle de la salle d’enregistrement. Là aussi, simplicité des ingrédients et souci du détail habitent l’album, à l’image de la cuisine transalpine.
Au final, LORD ELEPHANT livre, avec « Ultra Soul », une belle galette pour qui aime le Stoner dans ce qu’il a de plus essentiel : du riff gras et hypnotique, de la simplicité dans le discours, de la finesse dans les détails d’exécution. Nos quatre italiens évitent par ailleurs le piège du Rock instrumental, à savoir : étirer à l’infini un discours pour finir par s’enfermer dans un propos répétitif. Leur musique sait se muer subtilement au fil de chaque morceau pour éviter l’ennui de l’auditeur. A l’écoute de cet opus, tel l’on s’écriera franchement (avec la pointe d’accent italien qui va bien, tels Emiliano et Matteo, le duo de youtubeurs chassant les hérétiques de la carbonara à la crème et autres casseurs de spaghetti) : APPROVED !!!