TRUST
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Hard Rock
Chroniques

Fils de Lutte
Fred H
Journaliste

TRUST

«Finalement, ne serait-ce tout simplement pas l'album de la maturité pour notre célèbre Bulldozer français ?. On aime à le croire.»

12 titres
Hard Rock
Durée: 53'40 mn
Sortie le 27/09/2019
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Fred H
Journaliste




Laurent Sage
Journaliste





La Chronique de Fred H



Baptisée « Au nom de la Rage Tour », la tournée de 2017 (que des petites salles + Hellfest) fêtant les 4 décades d'existence de Trust a été un franc succès. Dans la foulée, les très nombreux gigs donnés par le combo sur 2018 pour défendre l'excellent « Dans le même sang » ont également reçus un formidable accueil. Les fans de la première heure mais aussi une génération plus jeune (qui ne les découvrent que maintenant) ont répondu présents. Galvanisés par tous ces plébiscites, quasi 18 mois après leur dernier effort, le quintette est déjà de retour pour une onzième galette.

On prend donc les mêmes et on recommence. Aux côtés du duo fondateur Bernie et 'Nono' (qui arbore désormais moustache et barbe fines), on retrouve à nouveau 'Izo' Diop à la seconde gratte, David Jacob et sa 4-cordes et le jeune Christian Dupuy aux baguettes. Pour le mix, c'est Mike Fraser, déjà responsable du brûlot précédent et connu pour avoir été derrière la console pour AC/DC, Metallica et autres, qui rempile lui aussi. La formule opérée pour l'opus précédent a été reconduite : tout le monde à jouer ensemble, dans la même pièce, les potards à fond, et dans les conditions du Live pour capter l'énergie des concerts et le son « Trust » tel qu'il doit sonner. Toujours dans cette idée de spontanéité, en l'espace de seulement quelques jours, les 5 larrons ont enchaîné compositions de titres, quelques répets' histoire de se « les mettre en mains » et enregistrement de la rondelle. Du vrai rock rock 'n' roll à l'ancienne, sans passer des mois enfermer en studios.

Dès les premiers riffs, on ressent bien ce son brut choppé direct en sorties d'amplis et de micros. Secondé par une section rythmique solide et bien en place, 'Nono' s'éclate littéralement entre ces pistes rock hard ('Portez Vos Croix' et son riff addictif) aux penchants bluesy (le mélancolique 'Delenda'). Le sixcordiste balance ses petits soli inspirés dont il a le secret (l'excellent 'J'ai Cessé De Compter', 'Ce N'est Pas La Corée Du Nord' et ses inspirations ac/dc-iennes). Le trio de choeurs féminins, l'atout de « miel » du méfait précédent, est lui aussi de retour. Présentes sur une grande quantité de chansons ('Les Murs Finiront Par Tomber', 'Tendances', ...), d'aucun (pas nous) regretteront peut-être la sur-utilisation de ces charmantes choristes. Encore que...

Et ce bon vieux Bernie dans tous ça ?. Celles et ceux qui s'imagineraient que le gars de Nanterre s'est assagi et n'a plus rien à dire… et bien, grave erreur. Après avoir étrillé Marine Le Pen (le punkisant 'F-Haine') la fois passée, c'est au tour d'Emmanuel Macron et de nos dirigeants de se faire fustiger. Notre président et de sa clique s'attirent les foudres du chanteur-parolier ('Miss Univers'). Nos politicards se font dézingués sec. A 63 balais, l'interprète de 'Antisocial' a toujours des trucs à balancer. Toute cette soi-disant « élite » en prend pour son grade (le hard blues nerveux 'Le Soleil Brille Pour Tous'). A l'écoute d'une société qui part en vrille ('C' N'est Pas D' Ma Faute'), le sieur Bonvoisin dénonce et bombarde dru. Les phrases chocs pleuvent « Ce monde me terrorise nous sommes tous sous escorte » ('Y'a Pas Le Feu Mais Faut Brûler') ou bien « Nous sommes lâches et sales de la bouche » (le rock pur jus 'On Va Prendre Cher'). Citoyen du monde, le parisien nous parle aussi du « lion du Panjshir » ('Amer Saheb (Massoud L'Afghan)'). Islamiste modéré, résistant déterminé, chef de guerre. érudit, menant une lutte acharnée aux talibans, cet homme complexe fut assassiné par Al-Qaïda deux jours avant les attentats du 11 septembre 2001 alors qu'il essayait de prévenir l'occident (qui l'a superbement ignoré) de l'imminence d'attaques meurtrières.

Inspiré, à l'évidence soudé (les guéguerres intestines du passé semblent bel et bien derrière), libre de ses choix de compositions (un chouia moins diversifiées que précédemment), visiblement très heureux de son nouveau « matériel », Trust accouche avec « Fils de Lutte » d'un skeud foncièrement rock tant musicalement que dans les textes. Finalement, ne serait-ce tout simplement pas l'album de la maturité pour notre célèbre Bulldozer français ?. On aime à le croire.


La Chronique de Laurent Sage


Un nouvel album de Trust est toujours un évènement pour tous les rockers français. Après un album "Dans le même Sang" qui alternait le bon et le "moins" bon, le groupe était attendu au tournant avec leur nouvel opus.

Enregistré dans les mêmes conditions que le précédent, à savoir live en 3 jours, le mixage a de nouveau été réalisé par Mike Fraser.

Pour être franc, je pense que pour pouvoir apprécier pleinement cet album, il faut partir d'un postulat : le Trust des débuts, celui de « L'Elite », « Marche Ou Crève » ou encore « Antisocial » est mort et enterré. Le son, l'agressivité du jeu de guitare de Nono ont disparu au profit d'un son plus blues / rock et cela modifie fortement l'impact des morceaux. Si l'on considère que le groupe est maintenant un groupe de rock hard, alors on pourra apprécier la qualité des compositions de cet album.

Les textes de Bernie sont toujours aussi bien travaillés et ciselés, le côté politique n'est pas mis en berne : une chanson sur Emmanuel Macron, une autre sur Amer Saheb (le commandant Massoud qui résista aux russes et aux talibans). Il a encore beaucoup de choses à dire.

Musicalement, on trouve du mélancolique avec « Delenda », du hard boogie qui balance avec « On va Prendre Cher », du hard syncopé avec un refrain speed, du rock "basique" avec « J'ai cessé de compter », du hard blues rapide avec « Le soleil Brille Pour Tous » et sa section rythmique qui groove.

Mais, il y aussi quelques morceaux qui font penser à du Johnny Hallyday (avec tout le respect que j'ai pour lui) et ce notamment dû aux choeurs féminins présents sur trois/quart des morceaux qui confèrent parfois aux titres des relents de "variété". C'est je pense le point le plus "difficile" à intégrer à l'écoute de l'album. Ce qui nous ramène à la réflexion du début de cette chronique, à savoir que Trust est maintenant un groupe de rock hard inspiration blues. Ce qui se ressent grandement dans le jeu de guitare de Nono et dans son son. Il n'a rien perdu de sa superbe, ses interventions sont toujours aussi classe (c'est Nono quoi) mais si vous vous attendez à un solo rageur tel que celui de « L'Elite », il va falloir penser à autre chose. Le mixage très "raw" de Mike Fraser accentue encore le côté organique du groupe (une batterie pas trop "lourde", un son de guitare sans beaucoup d'effets, la voix de Bernie toujours aussi brute de décoffrage).

De plus, le mix met bien avant la présence de choeurs féminins sur nombre de morceaux et apporte une couleur et une chaleur inattendue (mais que l'on pressentait déjà sur "Dans le même Sang"); c'est sur ce point que nombre de fans de la première heure vont peut-être tiquer.

"Fils de Lutte" marque de manière plus profonde le virage musical du groupe, celui d'un groupe aux racines blues/hard. Cette fois l'album est plus homogène que "Dans le même Sang" et Nono peut enfin laisser libre cours à ses inspirations plus proches du hard/ blues que du métal.

Reste l'épreuve de la scène et le choix des morceaux sera déterminant pour la suite de la carrière du groupe. Si vous avez l'esprit ouvert et que vous avez aimé Trust première époque, donnez-vous une chance de vous laisser emporter par la nouvelle orientation du groupe.