Huit piges pour accoucher d’un nouvel opus, on commençait (presque) à s’impatienter messieurs de Tomahawk. C’est vrai, qu’avec un vocaliste comme Mike Patton toujours entre deux (qui a dit dix ?) groupes/projets (Faith No More, Mr. Bungle, Fantômas, Peeping Tom, Dead Cross) ou à collaborer ici et là dès qu’on le sollicite (avec John Zorn, Jean-Claude Vannier, Kaada, Anthony Pateras/Tetema, etc.), pas facile de poser les valises pour concocter du matériel inédit.
Quoi qu’il en soit, en ce début de 2021, notre Woodywoopecker from Mars préféré et ses comparses Duane Denison (guitariste de The Jesus Lizard), Trevor Dunn (bassiste pour Mr. Bungle, Fantômas), et John Stanier (batteur chez Battles, ex-Helmet) sont de retour. Leur cinquième méfait (deux décennies après la première livraison éponyme) se nomme donc « Tonic Immobility ». Le successeur de « Oddfellows » s’inscrit dans la continuité discographique des américains (Duane le décrit d’ailleurs comme « un résumé de tout ce que Tomhawk a produit »).
Adeptes des grands écarts et contrepieds, les quatre gars mélangent métal alternatif ('Fatback'), rock, punk et autres bizarreries. Avec ce combo, on ne sait jamais trop sur quel pied danser… headbanger. Les étatsuniens s’éclatent entre moments de tensions, riffing appuyé et fulgurances punk (le malsain 'SHHH!' et ses notes de guitare schizophréniques). Nos lascars prennent un malin plaisir à télescoper les passages tranquilles avec des gros riffs directs dans nos faces ('Tattoo Zero').
Entre les rythmiques bien grasses du sieur Denison ('Dog Eat Dog' et son refrain martelé qui vous reste en tête), un Trevor Dunn qui fait groover sa basse (l’entrainant 'Business Casual'), et un John Stanier plus fiable qu’un métronome derrière son kit batterie, la formule marche du feu de dieu. Facétieux, nos gaziers brouillent les pistes avec des ambiances décalées (l’étrange interlude 'Eureka') et des inspirations plus cinématographiques ('Doomsday Fatigue' et ses bruitages de fonds tous droits sortis d’un western spaghettis, référence notoire et récurrente chez Mike et sa clique).
Au micro, toujours aussi déroutant de diversités vocales, Patton passe avec insolence du chant posé aux murmures, des égosillements ('Howlie') aux inflexions rasta (le faux reggae 'Recoil'), et glisse même quelques délires fantomatiques ('Valentine Shine' et ses dissonances Voivod-iennes). Cet homme est juste fou ('Predators And Scavengers'). Les fans de FNM noteront aussi, ici et là, quelques idées (le phrasé de 'Sidewinder') qu’on aurait pu trouver sur l’immense OMNI (Objet Musical Non Identifié) « Angel Dust ». Une fois encore, notre général s’amuse avec ses textes farfelus pour ne pas dire barrés.
Bref, ce « Tonic Immobility » reste dans le style et la continuité des plus récentes offrandes des quatre garçons. Nos zigotos clôturent leur rondelle par un « We are Tomahawk and we approve this message ». C’est sûr, c’est bien eux, ils sont bien de retour et toujours un peu à part. On aime plutôt ça.