Pour la première fois en quarante-trois ans, un album de Stryper ne contient pas une seule note d'Oz Fox. Opéré plusieurs fois au cerveau et désormais dispensé de longues tournées, le guitariste souffrait pendant les sessions de pics de tension qui altéraient sa justesse et son audition. Michael Sweet a donc tenu seul toutes les guitares. Lui-même doit composer avec un cancer papillaire de la thyroïde, diagnostiqué fin 2025, et avec des cordes vocales fatiguées par l'âge.
Depuis ''When We Were Kings'' en 2024, le groupe n'avait publié qu'un disque de Noël, ''The Greatest Gift Of All'', pendant que son chanteur explorait des horizons plus paisibles sur son album solo ''The Master Plan''. Enregistré à rebours, les guitares d'abord et la batterie ensuite, ce dix-huitième album studio arrive donc avec une histoire peu banale.
On pouvait craindre un disque de convalescence. C'est au contraire un retour aux fondamentaux. Les derniers albums penchaient vers plus de lourdeur, ''Throne Of Thorns'' remet la mélodie au centre, avec des refrains faits pour être chantés par des salles entières et des guitares qui s'empilent en harmonies. Le pari du guitariste unique est tenu. "J'ai vraiment essayé de faire sonner ça comme deux guitaristes", explique Michael Sweet, qui multiplie les doublages et les contre-chants pour garder la signature du groupe.
Le versant le plus musclé encadre le disque. Le morceau-titre ouvre sur un couplet pesant, calé sur une rythmique solide, puis s'offre un solo mélodique aux arabesques très Brian May, juste assez théâtral. Tout au bout, 'Shadowbreaker' referme l'album par une charge de power métal à l'américaine. Robert Sweet y cogne la caisse claire en double temps, et le morceau met en scène la dernière bataille entre ténèbres et lumière avec une intensité digne d'un rappel.
Entre ces deux piliers, 'I'm Alright (I'm Okay)' mise sur la vitesse, emporté par une batterie frénétique, tandis que 'Alone Again' serre les dents et avance avec une rage plus contenue, étoffée de percussions supplémentaires, comme un défi lancé à l'adversité.
Le cœur de l'album, lui, regarde ouvertement vers les années 80. 'Carry The Flame' nous ramène à un metal mélodique de pure tradition, qui n'aurait pas dépareillé sur ''In God We Trust'' ou ''To Hell With The Devil''. 'Beautifully Broken' fait revivre le Stryper des tenues rayées de jaune et de noir, qui portait sa foi à coups de chœurs grand format.
'Falling' déroule un mid-tempo classique, bâti sur un refrain comme Struper a toujours su les construire avec en prime des passages en twin guitar. Clairement, tout cela est exécuté avec métier. Le groupe exploite une formule qu'il connaît par cœur et on prend du plaisir à entendre ses riffs calibrés.
'Hollywood' est la grande affaire du disque, avec ses riffs hard rock rêveurs, son air de triomphe venu d'une autre époque, une interprétation affamée et des mélodies imparables. On n'attendait plus un tel titre du groupe à ce stade de sa carrière. 'Here In Your Heart', choisi comme second extrait, emprunte une allure héritée de Judas Priest et glisse des claviers accrocheurs sous un chant qui plane haut et passe parfois par un filtre, la petite touche moderne que le groupe revendique.
Plus inattendue, la ballade 'Ashes To Roses' joue la carte d'une instrumentation dépouillée et d'un parfum de classic rock rétro. Elle marie l'esprit apaisé de ''The Master Plan'' à une charpente typiquement Stryper. C'est l'un des moments les plus touchants de l'album, et la preuve que la voix de Michael Sweet reste un instrument de premier ordre malgré les alertes médicales. Elle passe de la douceur à la colère et garde dans les aigus une puissance et une justesse intactes.
Un guitariste empêché, un chanteur sous surveillance médicale, des sessions menées à l'envers : ''Throne Of Thorns'' avait tout d'un album de rescapés. Et bien non ! Il sonne plutôt comme l'œuvre d'un groupe qui connaît sa route par cœur et la parcourt avec un plaisir évident. Robert Sweet le présente comme un des meilleurs disques de Stryper, généreux et bien construit qui rappelle que le quatuor n'est jamais aussi bon que lorsqu'il assume sa passion pour la mélodie. Et Michael Sweet, seul aux commandes des guitares, n'a pas à rougir de son intérim.