‘’Cryoxyd confronte la déshumanisation systémique, la folie collective, la techno dictature cognitive et l’échec moral de la civilisation. Leurs textes et visuels sont des échos distordus de l’humain piégé dans des forces qui le dépassent : un miroir brisé vers l’abime’’. C’est via ce constat pessimiste que se présente le combo parisien, fondé au début du millénaire par le chanteur et multi instrumentiste Eron. Après une mise en sommeil d’une douzaine d’années, l’entité est réactivée en 2019 et publie ses premiers singles en 2024. Elle nous livre cet hiver son premier long format, un ''This World We Live In….'' au menu consistant.
Après une courte intro inquiétante aux relents industriels, 'Day After Day' entame les hostilités. Riffs tranchants, double grosse caisse, chant écorché, pas de doute, on a ici affaire à du bon vieux death metal à tendance floridienne. Il suffit de fermer les yeux et de se laisser transporter trente-cinq ans en arrière, quand Morbid Angel, Deicide et Obituary dominaient la scène. Le chant d’Eron n’est d’ailleurs pas sans rappeler le John Tardy des débuts. On pense aussi à Jeff Becerra (Possessed) et Martin Van Drunen (Pestilence/Asphyx) sur 'Injected Minds'.
Les guitaristes font montre d’une technique impressionnante. Loin d’être des manches, ils maitrisent les leurs à la perfection entre rythmiques solides et soli généreux que n’auraient renié ni Chris Oliva ('Dismal Fate', 'Bodycell') ni James Murphy ('Injected Minds'). A même de faire rugir leur instrument sur 'Emptiness Of Life', ils s’illustrent également sur des parties plus calmes, en témoignent les jolis arpèges du court instrumental 'For All Whom Suffered' ou le superbe titre éponyme, chargé en émotions.
'Effigy Of The Unknown' passe haut la main le test de l’instrumental addictif avec sa rythmique accrocheuse et ses envolées ‘’soliesques’’ qui risquent de faire pleurer les guitaristes en herbe.
Deux bassistes se partagent ici la quatre-cordes, dont (surprise !) un certain Pascal Mulot, qui semble s’en donner à cœur joie sur plusieurs pistes ('Mindless Human Forms', 'Trapped In A Mirror' et sa basse freestyle). 'Dismal Fate' ose même des parties jazz prog, rappelant le référentiel ''Focus'' de Cynic.
Le groupe sait également distiller des ambiances inquiétantes via des bruitages et effets sonores torturés, ce qui rajoute à l’atmosphère déjà particulière de l’opus.
Idéalement mixée et masterisée par le Danois Kristian Øgir et bénéficiant d’un bel artwork signé Kevirus, cette cuvée 2025 s’avère un grand cru et ravira les nostalgiques de l’âge d’or du death floridien. Pour un premier album, les Parisiens ont mis la barre très haut. Et l’on se prend d’impatience de voir certaines de ces pièces prendre vie sur scène.