L’ami Winston Churchill disait : « La première impression est souvent la bonne, surtout quand elle est mauvaise… ».
De fait, le cap du premier album est un passage crucial lorsqu’une bande de musiciens qui-n’en-veulent souhaite donner de l’élan à un projet. Plusieurs points sont à soigner pour négocier correctement ce départ.
A l’évidence, l’envie est la première case à cocher dans la checklist. De cela, les chambériens de Critical Pint n’en manquent assurément pas. Formé en 2017, le quatuor s’est vite lancé dans le bain des compos, qu’il a dans un premier temps poncé sur le circuit local. Et dans la mesure ou la zone Savoie/ Nord Rhône (Lyon mis à part) n’est pas mille pourvue en clubs, le mérite à travailler la zone géographique n’en est que plus admirable. D’où l’évidence quant à l’envie des gaziers, donc…
Point suivant : le style. A l’écoute de la galette de nos montagnards, là aussi il y a matière. C’est pétri d’influences orientées hard 70, que La Pinte Critique a développé une palette de morceaux variés, piochant ses couleurs tant auprès de Led Zep que de certains de ses rejetons les plus doués. On trouve effectivement un peu de Rival Sons et de Vintage Caravan (« Flying Away »), parfois même du AC/DC première époque (« Shameless Shaman ») voire quelques réminiscences funks du début des années septante, dans certaines rythmiques. Ancré dans une certaine époque, le quartet (histoire de pas répéter « quatuor ») en explore différentes facettes, équilibrant ainsi cohérence et diversité.
Parlons un peu des compositions. De ce point de vue, tant les motifs rythmiques, que les riffs et les arrangements sont bien vus. Il y a de la pulsation, du groove, et les instruments se complètent. Les solos sont bien pensés, sans démonstration ni bavardage : la juste note au bon moment, c’est pertinent.
Reste l’exécution…et c’est souvent là que l’on vérifie l’adage : « le Diable se cache dans les détails ».
Car il y a quelques faiblesses dans cette livraison :
La production, tout d’abord : celle-ci est relativement minimaliste, et l’ensemble sonne comme si cela avait été enregistré dans un petit studio de répétition. C’est très sec et sans aucun overdub. Cela peut rebuter certains auditeurs, aux oreilles plus coutumières de mises en son plus pros.
Le chant, ensuite : celui-ci est marqué par un accent français prononcé (mais c’est un mal assez courant au pays de la baguette), et un rendu assez punk qui jure avec l’orientation hard blues de l’ensemble. Certains chœurs sous-mixés n’aident pas non plus. Par ailleurs, les accentuations mériteraient d'être peaufinées pour soutenir la pulsation des chansons. Il s’agit ici d’un point à travailler tant pour les concerts à venir que pour les prochaines compositions.
Enfin, on note quelques hésitations sur certaines descentes de toms (« Nameless Bastards »)
Ceci dit, les quelques défauts relevés, loin d’être rédhibitoires, sont de l’ordre de la normalité, parlant d’un premier essai. Au-delà de ces quelques bavures, qu’un bon coup de lime fera disparaître assurément, ce premier jet d’un groupe déterminé mérite qu’on lui laisse sa chance. Et pour le coup, on serait en position de mettre en défaut l’adage de l’ami Winston…ceux qui savent sauront.