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...Then You Cannot Love Me

CARMZIOFA
Rédacteur en Chef

Gore.

Gore. termine la phrase entamée un an plus tôt avec un EP plus apaisé, superbement chanté et très beau.
7 titres
Modern Metal
Durée : 25 minutes
Sorti le 09/10/2026
26 vues
Le jour, Haley Roughton prépare des sorties extravéhiculaires pour la NASA. Le reste du temps, elle chante et hurle dans Gore., un quatuor texan qu'elle forme avec le guitariste Alex Reyes, le bassiste Devin Birchfield et le batteur Wills Weller. Depuis sa signature chez Spinefarm en 2024, le groupe suit un rythme bien à lui : pas d'album, mais des EP réguliers. ''A Bud That Never Blooms'' a ouvert la série, puis ''If You Do Not Fear Me...'' a suivi en octobre 2025. ''...Then You Cannot Love Me'' en est la suite directe, jusque dans son titre, qui achève la phrase laissée en suspens. Les deux disques ont été conçus comme des sœurs : au premier la noirceur et le cynisme, au second une forme d'acceptation. Sept titres, vingt-cinq minutes, sortis en pleine tournée aux côtés de Kittie.

Ce changement d'humeur s'entend dès 'What You Paid For'. On attendait l'habituel aller-retour entre couplets écrasants et refrain chanté, mais le morceau s'étire sur un groove lourd, presque espiègle, et dégage une étrange aura de recueillement. L'entrée en matière intrigue plus qu'elle ne frappe, et c'est un choix plutôt courageux pour ouvrir un disque aussi court.

Le versant le plus rugueux de l'EP est ailleurs. 'Lead Me To The Slaughter', le premier extrait dévoilé en juin, s'appuie sur des riffs massifs et une voix à vif pour parler d'endoctrinement et de ces idoles modernes qu'on vénère jusqu'à s'y perdre.

'Walk On Water' passe brutalement du chaos à la grâce, accroche l'oreille avec des rythmiques bien senties, puis plonge dans un final franchement sinistre. On y retrouve la tension qui faisait le mood de l'EP précédent, avec plus de relief dans le contraste.

Dans le registre de la séduction, 'Crucified' s'impose comme un titre phare. Ses grooves sont volontairement lascifs, des touches électroniques les enveloppent, et la construction monte patiemment jusqu'à l'explosion finale. Roughton résume le propos sans détour : "Quelqu'un de si séduisant qu'il vous mène tout droit à la tentation". Le refrain s'accroche facilement. Un tube ? For sure !

On change de registre avec 'Hallowed Ground'. Ce titre rêveur et mélancolique, tourné vers l'introspection, contient peut-être le meilleur refrain écrit par le groupe : la chanteuse s'y élève vers des hauteurs éthérées sans que la chanson se transforme en ballade.

Enfin, 'Alone' referme le disque dans la retenue, avec un chant aux accents presque gospel et une batterie mise en avant. C'est la face la plus douce et la plus irréelle de Gore., et la conclusion reste volontairement ouverte, sans résolution.

Le point fort de l'ensemble, c'est évidemment Haley Roughton. Elle passe des growls rageurs à un chant clair d'une fragilité de porcelaine avec une aisance qui laisse pantois, et sa palette s'est encore élargie depuis l'an dernier.

e problème, c'est ce qui l'entoure. La production est impeccable. Le socle rythmique, entre metal alternatif et syncopes héritées du djent, sonne. L'imagerie biblique, omniprésente, de la crucifixion à la marche sur l'eau, finit aussi par ressembler à une confession. Par rapport à ''If You Do Not Fear Me...'', le groupe a gagné en textures et en maîtrise.

Ce second volet tient sa promesse sur le fond : il apaise, il accepte, il laisse les plaies ouvertes plutôt que de les refermer de force. Avec 'Walk On Water' et 'Hallowed Ground', Gore. signe deux de ses meilleurs morceaux, et sa chanteuse confirme qu'elle fait partie des voix les plus complètes de la jeune scène metal américaine.